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À l’ombre du sommet Afrique-France plus « glamour » : Les « Africains » de France réclament leurs papiers

 

À l'ombre du sommet Afrique-France plus « glamour » : Les « Africains » de France réclament leurs papiers
À l’ombre du sommet Afrique-France plus « glamour » : Les « Africains » de France réclament leurs papiers

La France a accordé l’indépendance à beaucoup de pays africains sans leur fournir le « mode d’emploi ».



C’est sans doute l’un des dommages collatéraux de la « Françafrique » qui commence à battre de l’aile ces dernières années : la situation des ressortissants africains en France. Il étaient près d’un millier de sans-papiers a avoir défilé hier à Nice (sud-est), à la veille d’un sommet Afrique-France, pour demander la régularisation de tous les immigrés sans-papiers vivant en France. Pour la symbolique, il n’y a pas meilleur boomerang pour la France coupable, aux yeux de nombreux Africains, d’avoir abandonné les populations des anciennes colonies à des juntes voraces qui ont privatisé le pouvoir des décennies durant. Et avec la bénédiction des dirigeants français pour qui la démocratie n’est pas une « denrée » recherchée en Afrique.

Les Africains du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Gabon ont été livrés pieds et poings liés à des apprentis dictateurs qui ont installé durablement des régimes dynastiques. Dans beaucoup de pays, l’indépendance dont on commémore aujourd’hui le souvenir sur la Côte d’Azur, est synonyme d’un enfer. La France a accordé l’indépendance à ces peuples sans leur fournir le « mode d’emploi ». Mais elle n’a pas oublié de lier les économies de ces pays à la « métropole ». Résultats de 50 ans d’indépendance : la France continue encore de faire et défaire des despotes selon ses besoins et ses intérêts. « La Françafrique » ou « Afrique-France », c’est du pareil au même ! La rupture tant promise par Nicolas Sarkozy s’est avérée n’être qu’un vain mot.

Bien que militairement nettement moins présente, la France reste la principale bénéficiaire des richesses du sol et sous-sol africains. S’étant assuré de la permanence du soutien des hommes, du genre Ali Ben Bongo, Paris garde la main sur ses « pieds à terre » dans de nombreux pays, moyennant des châteaux et autres boutiques sur les Champs Elysées. C’est un peu contre tout cela que les sans-papiers africains ont voulu marquer ce sommet par une aussi longue marche de Paris à Nice.

Côté d’Ivoire, Côte d’Azur…

L’image est certes moins glamour que les rutilantes limousines déposant les dictateurs africains devant les hôtels luxieux de la Côte d’Azur, mais ces laissés-pour-compte de la « Françafrique » viennent rappeler à la France son péché originel d’avoir abandonné les peuples africains face aux rapaces, et de continuer à ignorer son devoir historique envers les nouvelles générations qui n’ont plus de solutions sinon fuir leurs pays. Une partie des manifestants étaient partis le 1er mai de Paris pour une longue marche à travers la France, s’arrêtant dans plusieurs villes, où d’autres sans-papiers et sympathisants les ont rejoints. Portant une grande banderole, « Paris-Nice à pied pour les sans-papiers », ils ont défilé dans un quartier excentré de Nice, loin des grands hôtels où sont accueillies les délégations africaines au sommet. « Notre but est de demander à la France qui organise ce sommet avec les Etats africains la régularisation de tous les sans-papiers », a indiqué Sissoko Anzoumane, leur porte-parole. Selon lui, 80% des personnes participant à la marche sont des Africains.

Les manifestants, qui se trouvaient dans la matinée à Cannes, n’ont pas été autorisés à entrer à Nice en groupe et à pied. Ils ont dû effectuer la dernière étape de leur périple en autobus. « C’est l’aboutissement d’une marche qui a eu un grand succès ». Mais il n’est pas sûr que les regards de Sarkozy et de ses invités — ses poulains plutôt — croisent ceux de Sissoko ou Mamadou. Les misérables sans- papiers seront tenus à distance respectable de ce conclave de dictateurs qui permet de maintenir le cordon ombilical entre la France et ses anciennes colonies. Eh oui, un demi-siècle après leurs indépendances, de nombreux pays africains continuent de servir de simple tube digestif à la France, moyennant son soutien à des régimes prédateurs des richesses et des libertés. Alors, « Françafrique » ou « Afrique-France », tous les chemins mènent à Nice…



Par Hassan Moali


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