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Procès pour fraude ou procès de la fraude ?

 


Par : Mustapha Hammouche
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Le Soir d’Algérie rapporte que le tribunal de Bordj Menaïel a condamné à seize mois de prison le président mal élu du club sportif amateur de Naciria, dans la wilaya de Boumerdès. “La justice l’accuse d’être l’auteur d’une fraude électorale, en 2008, pour se faire élire à la tête de l’association sportive locale”, est-il précisé. Le candidat fraudeur aurait recruté des indus électeurs qui n’ont jamais activé au sein de l’association sportive et qui “ignoraient la réglementation en la matière”.
Il n’est pas certain que le magistrat chargé du rôle du tribunal ait fait exprès, mais le hasard aussi est parfois porteur de messages subliminaux : le verdict, condamnant sévèrement le fraudeur, a été rendu treize ans, presque jour pour jour, après le scrutin législatif du 5 juin 1997 !
L’élection de l’Assemblée nationale de 1997 est restée dans les annales de la démocratie encadrée de l’Algérie : un parti qui n’avait que quelques mois d’existence s’y arrogeait, à la surprise générale, une majorité de 156 sièges sur 380. La contestation s’étant étendue jusqu’aux arcanes du pouvoir, cette même assemblée dut constituer une commission d’enquête sur ce cas de fraude. Les conclusions ont été tenues secrètes et n’ont jamais dépassé l’intimité du pouvoir : c’est une affaire interne au système à laquelle il ne fallait surtout pas associer une opinion qui pourrait prendre goût à ce genre d’inquisitions.
Depuis, la fraude constitue le moyen d’entrave à la volonté populaire et de lotissement clanique des privilèges et du pouvoir. La pratique de l’orientation autoritaire des choix électoraux s’est enrichie de procédés divers et complémentaires, dont le clientélisme et son corollaire, la corruption politique.
C’est Ouyahia qui en fait le constat et appelle, dans une déclaration à la Chaîne II de la Radio nationale, en juin 2007, à “assainir la pratique électorale du business, de l’argent sale et de pratiques qui ne sont pas faites pour honorer ni la démocratie ni les partis politiques algériens, quels qu’ils soient !”
On ne peut pas dire que le Premier ministre ait joint l’acte à la parole pour dépolluer l’activité électorale, puisque, deux ans plus tard, des voix de “grands électeurs” se vendaient, à prix modique d’ailleurs, au profit de candidats sénateurs !
L’efficacité politique de la fraude est telle que le pouvoir se plaît à nous convoquer, pour oui ou pour un non, sans jeu de mots, aux urnes. Même quand il s’agit d’extirper de la Constitution les quelques balises qui entravent encore un peu son arbitraire.
La condamnation d’un fraudeur de club, qui n’appelle pas de commentaire en tant que décision de justice, a symboliquement quelque chose de cynique au regard de la morale politique qui caractérise le contexte général.
Dans un tel contexte, où l’on ne s’embarrasse point de formes, ce type de procès peut tout juste servir à rappeler que la fraude est l’apanage du pouvoir politique et que la magouille de l’ambitieux dirigeant sportif aurait été sans conséquence s’il l’avait utilisée à s’emparer de la mairie, par exemple, en s’assurant le bon parrainage, plutôt que d’un petit club de faubourg.

M. H.

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