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«Il faut pas sauver le soldat Rayan»

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Ceux qui avaient qualifié les fuites de WikiLeaks de «11 septembre bis» pour les Etats-Unis d’Amérique auront bien raison quand on voit déjà l’onde de choc produite par le déballage des mémos des réseaux diplomatiques US collectés par leurs diplomates en poste partout dans le monde. Même les pays supposés être les alliés les plus proches des Américains ont découvert, avec amertume et consternation, que leurs dirigeants n’ont pas échappé à l’œil du satellite planétaire qui plane au dessus de leurs têtes, à travers l’outil diplomatique investi de la mission secrète de noter les moindres faits, gestes et déclarations des différents acteurs susceptibles de présenter un intérêt pour la diplomatie américaine.

Bien évidemment, le combat étant inégal, les dirigeants des grandes puissances occidentales – dont on a pu apprécier quelques morceaux choisis sur leurs personnalités, leur profil psychologique peu avenant, leur compétence jugée douteuse – ont bu docilement le calice jusqu’à la lie.Au lieu de demander des explications légitimes à qui de droit, à l’Administration américaine, sur ces pratiques où la diplomatie se confond avec l’espionnage, le coupable est tout désigné. C’est, paradoxalement, le patron de WikiLeaks, Julian Assange, qui est accusé de crime contre l’humanité, de vouloir déstabiliser le monde et les relations entre Etats. Une certitude : derrière la raison d’Etat et les intérêts nationaux qui commandent de faire le dos rond, une attitude à laquelle se sont astreints les dirigeants européens cités dans les fuites, tous les hommes politiques et publics qui ont eu les «faveurs» des mémos diplomatiques US seraient bien hypocrites de ne pas admettre, en  privé, que le procédé américain est plus qu’inamical : il constitue un grave précédent dans les relations entre Etats.

Même si, dans une tentative désespérée on s’évertue ça et là, au niveau de l’Administration US et de ses alliés, à minimiser les conséquences de cette sombre affaire pour «sauver le soldat Rayan», le vase de Soissons est bel et bien brisé. Le secrétaire US à la Défense, Robert Gates, a dit tout haut ce que tous leurs partenaires pensent très bas : «Certains gouvernements traitent avec nous parce qu’ils nous craignent, d’autres parce qu’ils nous respectent, la plupart parce qu’ils ont besoin de nous», a-t-il concédé. Les conséquences pour la politique étrangère américaine «seront plutôt modestes» a-t-il prédit. Un optimisme qui est loin d’être partagé. Pour beaucoup, il ne fait pas l’ombre d’un doute que les relations et les usages diplomatiques entre les Etats-Unis et le reste du monde ne seront plus les mêmes à l’avenir.

De la même manière qu’il y a eu, au niveau de la lutte antiterroriste, un avant et un après 11 septembre, il y aura inévitablement, après les révélations de WikiLeaks, une autre façon d’appréhender la diplomatie au niveau des Etats. Chaque citoyen du monde, responsable ou simple quidam, qui met les pieds dans un cadre professionnel ou personnel, dans une mission diplomatique US, voire étrangère, quel que soit le pays, «ami» ou autre, ou qui aurait affaire pour les mêmes raisons à un agent, un fonctionnaire, un diplomate américain ou étranger, devrait désormais tourner sa langue plusieurs fois, surveiller ses faits et gestes. Le monde entre dans une nouvelle ère dominée par le spectre de l’espionite.

Omar Berbiche

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