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  • force vive .

     Par : Outoudert Abrous

    Elle demeure une force pure, en ce sens qu’elle n’a ni côtoyé ni louvoyé avec le pouvoir. Son énergie et son dynamisme sont au-dessus des mêlées politiciennes.

    S’il y a une frange de la population qui ne lâche pas prise et reste mobilisée, c’est bien celle des étudiants. Pour le moment, leurs revendications restent circonscrites à la prise en charge de leur cursus que vient de perturber un texte anachronique. Même abrogé, ce dernier a fait remonter à la surface la mal-vie de cette population qui court après un diplôme, même si, en fin de parcours, elle sait que les horizons sont bouchés.
    Ce qui est primordial, c’est que cette revendication puisse arriver à une prise de conscience politique pour demander sa place au soleil.
    Au jour d’aujourd’hui, elle a, à son actif, tous les atouts pour pousser et amener le changement. D’abord, elle demeure une force pure, en ce sens qu’elle n’a ni côtoyé ni louvoyé avec le pouvoir. Son énergie et son dynamisme sont au-dessus des mêlées politiciennes, son encadrement n’obéit à aucun clan ni directive et son action est spontanée. Autant d’avantages qui mettent en avant cette force vive, marginalisée jusqu’à l’ostracisme. Auparavant, l’issue de secours restait la harga, mais depuis les révolutions de Tunis et du Caire, les jeunes ont compris que tout est possible et qu’il y a un autre choix : être des citoyens à part entière et participer à la transition dans la gouvernance.
    Leurs armes que les plus âgés qu’eux n’ont pas, facebook, twitter…, sont beaucoup plus efficaces que les procès-verbaux de réunions de partis, votés à main levée.
    Pour le moment, les étudiants battent le pavé de leurs campus et devant le siège de leur tutelle, mais gare au jour où ils décideront de se répandre comme une traînée de poudre. Sans emploi, sans famille à charge, ils n’auront rien à perdre mais tout à gagner, ils seront alors en mesure de prendre le gouvernail du pays.
    L’autre atout et non des moindres, c’est qu’ils auront la sympathie de tous les Algériens qui sont, dans tous les cas de figure, un parent dans l’absolu… Sauf ceux qui ne sont pas concernés car leurs rejetons n’ont jamais fréquenté les amphis lugubres de l’université algérienne.

     

  • zenga -zenga !



  • UNIVERSITÉS, GRANDES ÉCOLES ET FACULTÉS DE MÉDECINE La grogne est toujours là

    Quand l’élite se révolte

    Cela fait plusieurs jours qu’ils crient leur désarroi, mais leur tutelle reste sourde.

    Ils ne demandent pas de logement. Ils ne veulent pas payer le sucre au moindre prix comme ils ne sont pas pour un salaire plus conséquent. Pourtant, ils sont dans la rue. Les étudiants, qu’ils soient aux universités ou dans les grandes écoles, ainsi que les futurs médecins ne se sentent plus à l’aise dans leurs campus respectifs. Et la situation n’est pas plus heureuse du côté des écoles supérieures censées former les futurs éducateurs. C’est l’élite du pays qui crie son désarroi. Et cette donne risque bien de se transformer en exception algérienne. Beaucoup se targuent du fait que l’Algérie ne soit ni la Tunisie ni l’Egypte. C’est une affirmation qui se confirme. La révolte, la vraie, a toutes les chances de prendre naissance chez l’élite et non plus chez les travailleurs. Est-ce pour autant qu’on doit avoir un Mai 68 à l’algérienne? Les étudiants l’ont soutenu dès les premiers jours du déclenchement de leur mouvement. Ils ne veulent pas de tutelle politique. C’est ce qui entrave la jonction entre les mouvements de protestation qui secouent le pays depuis des semaines et la révolte des campus. Les deux mouvements sont distincts. Ouvriers, employés et fonctionnaires accepteront-ils de suivre une marche initiée par des jeunes? Les revendications des syndicalistes et des partis sont d’essence politique. Tout ce que les étudiants ne veulent pas. Du moins dans l’immédiat. Car il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Dans les universités, les jeunes sont très politisés. Mais nombreux sont ceux qui veulent dissocier leurs luttes de celles du reste de la population.
    A commencer par leur tutelle. Des voix commencent à s’élever pour accuser ouvertement des partis de chercher à instrumentaliser les étudiants (selon la formule consacrée) et de les inciter à toutes sortes d’actions. Sans se poser la question de savoir pourquoi, il faut nécessairement opérer une césure si nette entre les deux mondes. La remise en cause de l’ordre établi de manière aussi franche par des intellectuels n’est pas pour plaire. La méthode suscite au contraire le désarroi. Des journées entières de protestation, des sit-in à répétition, des grèves qui durent depuis des semaines n’ont pas été suffisants pour susciter une réaction de Rachid Harraoubia, ministre de l’Enseignement supérieur, en mesure d’apporter un début de réponse aux revendications des jeunes étudiants. Qu’ils soient pharmaciens, médecins ou ingénieurs, ils sont loin de se satisfaire des annonces de retrait de décrets organisant la méthode d’équivalence des diplômes. En fait, des milliers d’étudiants n’en peuvent plus d’être des éternels cobayes. Comme ils ne veulent plus de réformes qui se déroulent sans qu’ils ne soient consultés pour donner leur avis. La crise des universités témoigne d’un profond divorce entre le pays et ses jeunes élites. La crise ne s’arrêtera pas là. Elle aura des conséquences inévitables sur les cadres et les managers de demain. A quelle formation peuvent-ils prétendre? et quel sera leur niveau de compétence lorsqu’ils seront appelés dans 20 ans ou 30 ans à gérer les affaires du pays? Si tant est qu’ils nourrissent encore l’espoir de se débarrasser un jour de la gérontocratie. Justement, s’il y a des points communs à chercher entre les différents foyers de contestation qui agitent le pays, c’est bien cette quête de s’affranchir des carcans du conservatisme. Il ne serait pas étonnant que les universités dont le plus grand nombre est constitué d’étudiantes, soit un jour à l’avant-garde des luttes sociales. Faut-il chercher des précédents? Les étudiants des universités et des facultés de médecine ont participé à Octobre 1988, puis ils ont fourni des bataillons de militants politiques et syndicalistes. Ils ne sont pas près de renoncer à la tradition. Les jours à venir, le confirmeront-ils?

    Ahmed MESBAH