Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

africaines

  • Vente de terres africaines à des pays étrangers Second partage de l’Afrique après cinquante ans d’indépendance !

     

    Par : Djamel Bouatta

    Cinquante années après les indépendances, le continent africain vend ses bijoux, ce que pourquoi des générations ont lutté. Au XXIe siècle, des régimes africains vendent des terres, oui des terres, à des États et multinationales… Bonjour la recolonisation de l’Afrique. 

    L’acquisition de terres par des États et sociétés étrangères soulève des inquiétudes. Les chiffres globaux de cette mainmise sont encore imprécis, mais la Banque mondiale indique que les données officielles fournies par certains pays font état de larges transferts : 3,9 millions d'hectares au Soudan et 1,2 million en éthiopie entre 2004 et 2009. Rien que cela ! Qui achète ? Des États ou leurs sociétés, privées, publiques et des fonds souverains qui disent souhaiter garantir leurs approvisionnements en biens alimentaires et agroalimentaires, et ne plus dépendre de marchés hiératiques, trop instables.
    Ces pays, en général, souffrent de pénuries d’eau, de plus en plus récurrentes, et dont les surfaces agricoles utiles sont insignifiantes au vue de leur croissance démographique. En tête de ces acheteurs de terres extraterritoriales, l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe qui manquent totalement d'eau et de potentiel agricole. Le peloton est rejoint par la Libye. Et ce n’est certainement pas l’argent qui manque à ces producteurs d’hydrocarbures, de surcroît peu peuplés.
    D’autres pays  arabes sont également dans la course aux pillages de terres africaines, notamment l’Égypte ou la Jordanie qui ne peuvent répondre aux besoins croissants de leurs populations en perpétuel augmentation. La démographie, c’est aussi l’argument de la Chine, de l'Inde, de la Malaisie, de la Corée du Sud et du Japon, qui importent déjà 60% de leur alimentation. Dans le lot asiatique, qui a dépassé les Arabes du Golfe, Pékin est le champion en la matière, avec une centaine d'accords agricoles avec des pays africains, portant sur le riz, le soja, le maïs et des cultures énergétiques comme la canne à sucre, le mil et le sorgho. Les fermes chinoises font partie du paysage dans l’Afrique subsaharienne. Le commerçant et le trader minéralier sont complétés par le manager agricole. Des entreprises chinoises seraient en train de négocier des contrats portant sur 2,8 millions d’hectares en République démocratique du Congo (RDC), surfaces qu’elles destinent à des plantations de palmiers à huile, et sur 2 millions d’ha en Zambie destinés à la culture du jatropha, pour la production de biocarburant. Le Soudan a pour sa part accepté d’affermer 690 000 ha à la Corée du Sud pour cultiver des céréales. Ce qui remet en cause l’assertion selon laquelle l’Afrique était condamnée à importer sa bouffe. Avec ce rush sur des terres arables, il ne fait pas de doute que le continent noir deviendra, à terme, un des greniers du monde.
    Des experts occidentaux nous apprennent aujourd’hui que le secteur agricole alimentaire africain offre des perspectives insoupçonnées. Et ces révélations sont faites au moment où l'évolution du climat, l'écologie et la crise de l'énergie ont mis à la mode les biocarburants, qui exigent de nouveaux et vastes espaces cultivables pour remplacer le pétrole.
    Les taux de rendement annuels sont élevés en Afrique (+400%), à la spéculation de battre son plein. On retrouve dans ce nouveau dépècement de l’Afrique les grands acteurs traditionnels de l'agroalimentaire qui y avaient mainmise sur les plantations avant leur nationalisation : le suédois Blach Earth Farming, le britannique Lonrho en Angola ou le conglomérat sud-africain, Agri SA, qui règne sur 10 millions d'hectares en RDC, mais aussi de manière plus surprenante des industriels, Hyundai et Daewoo, et des poids lourds de la finance internationale. Les fonds de pension, des fonds d'investissement et les grandes banques ont trouvé de nouvelles valeurs refuges dans les bijoux de famille de populations africaines. Rush sur l’Afrique, jusqu'à la caricature : l'Ethiopie reçoit d'une main l'aide du Programme alimentaire mondial (PAM) et permet, d'un autre côté, à l'Arabie saoudite de cultiver sur son sol blé, riz et orge… Idem au Soudan, au Mali, en RDC, au Mozambique, ces pays en tête de la braderie de terres agricoles. La fièvre s’est propagée, même de plus petits pays comme le Sénégal, la Tanzanie, le Malawi, l'Ouganda, la Zambie, le Zimbabwe s'y sont mis aussi à vendre leurs terres.
    Et dire que le pays de Mugabe avait chassé, il y a à peine deux années, ses exploitants d’origine britannique ! Les objectifs sont quasiment toujours les mêmes : riz, maïs, sésame, huile de palme et agro-carburants. À la décharge de l’Afrique, le mouvement est mondial. Après l'Amérique latine, terre d'élection traditionnelle pour ces investissements, l'Asie constitue également un nouvel horizon : Indonésie, Pakistan, Birmanie, Philippines, Laos, Thaïlande, Vietnam, Mongolie, Kazakhstan, Sibérie et même la petite Papouasie, en passe de devenir un grenier à céréales pour l'Arabie saoudite. Sans oublier la grande Europe continentale, riche en blé et en colza, avec l'Ukraine et la Roumanie. Et ce vaste mouvement de rachat de terres agricole est, comme par hasard, encouragé par la SFI, la filiale de la Banque mondiale pour le secteur privé, qui prêche que les ventes de pans entiers de terres à des pays et transnationales ferait du bien à l’Afrique ! Mais ces ventes suscitent désapprobations et colères au sein des habitants des terres mises en concessions pour au minimum un demi-siècle. Le projet d’affermer 1,3 million d’hectares à la société sud-coréenne Daewoo a été un facteur-clé dans la mobilisation qui a abouti à l’éviction du président malgache Marc Ravalomanana, au mois de mars.
    Au Kenya, le gouvernement peine à surmonter l’opposition locale à la proposition de donner au Qatar le droit d’exploiter 40 000 hectares de terres dans la vallée de la rivière Tana en échange de la construction d’un port en eau profonde. Dans la plupart des cas, elles portent atteinte aux droits fonciers des exploitants locaux qui sont chassés par les nouveaux maîtres et compromettent la sécurité alimentaire en Afrique, dès lors que les nouveaux propriétaires se destinent les productions. On parle de “deuxième partage de l’Afrique”. On est loin des logorrhées de l’Union africaine et de ses membres sur l’impérative recherche de la sécurité alimentaire.
    Pourtant, l’histoire du continent où, jusqu’au siècle dernier, les puissances coloniales et les colons étrangers s’emparaient arbitrairement des terres africaines et déplaçaient les populations qui y vivaient, est toujours présente dans les mémoires. Le néocolonialisme n’est pas une abstraction.