Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

reboublic

  • D’ANCIENS MINISTRES DE L’AGRICULTURE SE CONFESSENT :


    «Ce que j’aurais dû faire»     toz

    Approchés ce jeudi, au palais de la culture Moufdi-Zakaria à Alger, où une cérémonie a été organisée en leur honneur à l’occasion du cinquantenaire de l’Indépendance, les ministres qui se sont succédé à la tête du département de l’agriculture ont livré leurs impressions sur les avancées et les insuffisances du secteur. En évaluant les 50 ans de l’agriculture algérienne, chacun y est allé de son point de vue pour mettre le doigt sur les virages ratés et les choses qui restent à parfaire. Quelques-uns ont accepté de se prononcer sur ce qu’ils regrettent le plus de ne pas avoir fait durant leur passage à la tête du secteur.

    SAÏD BARKAT (1999-2008) :
     «Je n’ai pas réussi à lutter contre la jachère»
    «L’agriculture algérienne est revenue de loin. L’agriculture de la pauvreté a été abolie, laissant place à une nouvelle approche plus moderniste et rationnelle dans notamment l’utilisation du sol, de l’eau et autres ressources. Pour ce qui est de mon passage à la tête du département de l’agriculture, je regrette de ne pas avoir réussi, pendant plus de huit ans, à lutter contre la jachère, c'est-à-dire l’abandon des terres agricoles exploitables. Mais il y a quand même des choses qu’il ne faut pas perdre de vue. La jeunesse a retrouvé l’agriculture lorsque j’avais lancé le développement rural en ayant Rachid Benaïssa à mes côtés, et qui est aujourd’hui ministre en charge du département. Ce qui s’inscrit d’ailleurs dans la continuité.»
    BEN ALIA BOULAHOUADJEB (1997-1999) :
    «Je n’ai pas réussi à concrétiser mes projets sur le terrain»
    «Je pense que l’agriculture algérienne est passée par des périodes difficiles, parce qu’on n’avait pas compris à un certain moment qu’il s’agissait d’un secteur d’avenir. Pour ce qui est de mon passage à la tête du département, je regrette de ne pas avoir réussi à traduire mes projets de développement de l’agriculture sur le terrain, car c’était une période où le terrorisme faisait encore fuir les populations du Rif. Il faut savoir que le projet de développement agricole et rural suivi actuellement par Rachid Benaïssa existait depuis longtemps, sauf qu’on n’avait pas les moyens de le mettre sur chantier. Mais il y a quand même des efforts qui ont été accomplis, et cela doit continuer. Faut-il aussi reconnaître qu’il y a actuellement une avancée qui commence à porter ses fruits. Seulement il reste des petites défaillances comme l’organisation du marché de gros. Il est inadmissible, dans ce sens, que l’on parle de disponibilité des produits alors que les prix demeurent le plus souvent inabordables. Il faudra, à mon avis, relancer la brigade mixte regroupant les départements de l’agriculture, du commerce et de la santé pour réguler le marché et protéger le consommateur. Je citerais, aussi, l’exemple de l’huile d’olive qui est produite aux quatre coins du pays en quantités importantes, mais son prix reste inabordable. Le coût du litre a doublé par rapport à ces dernières années où, pourtant, il y avait une faible production.»
    NOURREDINE BAHBOUH (1994-1997) :
    Je n’ai pas réussi à achever l’organisation de l’OAIC»
    «En dépit de toutes les zones de turbulence qu’a traversées l’agriculture algérienne durant ces 50 ans, je pense qu’elle a tout de même fait un pas assez suffisant. Mais je crois qu’il y a encore beaucoup de choses à parfaire, comme la disponibilité des produits agricoles. Durant mon passage à la tête du ministère de l’Agriculture, je regrette de ne pas avoir achevé la procédure que j’avais engagée pour l’organisation de l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC). Je voulais que les Coopératives des céréales et des légumes secs (CCLS) soient prises en charge par les agriculteurs eux-mêmes. Aujourd’hui, il y a des choses qui sont positives et d’autres qu’il faudra aborder au plus vite. Je citerais comme exemple le contrôle du soutien financier de l’Etat aux agriculteurs, qui doit être plus rigoureux, car lorsqu’il y a subventions, il y a forcément des dérapages.»
    AÏSSA ABDELAOUI, VICE-MINISTRE CHARGÉ DES FORÊTS (1984-1988) :
    «J’aurais souhaité faire plus en matière de reboisement»
    «On peut dire qu’il y a une évolution si on fait une comparaison avec l’état de l’agriculture algérienne au lendemain de l’indépendance. D’autant plus qu’avec les programmes en cours, il y a de l’espoir. Durant mon passage, le secteur des forêts avait son autonomie et je regrette de ne pas avoir eu beaucoup de moyens pour pouvoir le développer. Il ne faut pas oublier que cette période était marquée par une crise financière qui ne nous a pas permis d’établir des projets. Cela dit, j’aurais souhaité faire plus en matière de reboisement.»
    SALIM SAÂDI (1979-1984) :
    «Je regrette que l’on ait détricoté mon projet»
    «L’agriculture algérienne a connu toutes sortes de bouleversements. Il n’y a jamais eu de continuité et de suivi. Et actuellement, il y a beaucoup de choses à faire et on est encore très loin. Pour preuve, sur les étals, les produits algériens font défaut par rapport aux produits étrangers. Mais on peut toujours se ressaisir. Actuellement, le grand danger pour l’agriculture est le morcellement des terres exploitables à travers l’héritage et les successions. Si l’on démembre 10 ha entre les enfants d’un propriétaire, la surface perdra de ses potentialités en matière de rendement. C’est ce que je regrette le plus, car lors de mon passage la tête du département de l’agriculture, j’ai réussi à réorganiser le secteur en remodelant la gestion des terres agricoles qu’on avait dispatchées de manière anarchique. J’ai établi un programme de formation de milliers de cadres, tout en mettant en place un système de gestion moderne. Mais on a détricoté tout cela, après mon départ, suite à une instruction interministérielle datant de 1987 qui a abouti au dépeçage sauvage des exploitations agricoles qu’on avait mis cinq ans à établir.»
    Mehdi Mehenni