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Lutte des clans à Alger : Bouteflika reprend l'initiative (PREMIERE PARTIE)

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Par le service politique Matindz

Depuis un mois, le  président de la République, Abdelaziz Bouteflika semble avoir repris du poil de la bête dans la lutte de clans qui l'oppose à une partie du DRS (services secrets) du général Toufik. 
C'est un tournant dans les rivalités au sein du sérail.
Comme l'écrit le Monde diplomatique, « les luttes de pouvoir (…) se situent aussi dans la préparation précipitée de l’après-Bouteflika. Ce dernier ne gouverne plus et n’est plus en capacité de le faire. Cette phase d’instabilité et de non –gouvernance peut expliquer que l’on fasse sortir aujourd’hui et en même temps les grandes affaires de corruption, affaires qui étaient dans un tiroir et n’ont pas nécessité de grandes enquêtes tellement l’impunité a prévalu dans le clan Bouteflika et ses périphéries. »
Pour le journal, « L’objectif des services est d’obtenir la démission volontaire (au moins en apparence), pour raisons de santé, de M. Bouteflika. »
Or, depuis le début du mois de mai, Bouteflika donne l'impression de retourner la situation, de bénéficier des appuis étrangers et de reprendre l'initiative à Toufik et Ouyahia.
Trois faits au moins le démontrent : 
- Le président a brisé l'isolement diplomatique international qui le frappait : il est invité par les puissances occidentales et rentre d'une importante tournée dans le Golfe.
- Le président a réintroduit les investisseurs arabes chassés par Ouyahia et s'est de nouveau, emparé du dossier Orascom.
- Le président a repris à convoquer les Conseils de ministres comme pour enlever à Ouyahia l'initiative dans la conduite des affaires.
Jusque là, la virulence des attaques du DRS, marquées par la révélation du scandale de Sonatrach et l'offensive d'Ouyahia contre les investisseurs arabes, l'avait contraint à l'impuissance devant le sort fait à ses alliés (Chakib Khelil impliqué dans les affaires de corruption, Zerhouni empêché par Toufik de nommer un successeur à Tounsi...) et à ses amis arabes ( firmes émiraties  chassées du pays, Orascom poussé vers la sortie...). Incapable de nommer un nouveau gouvernement, il avait opté pour  un "statut quo gouvernemental", boudant le gouvernement et refusant de convoquer les Conseils des ministres.
Retour sur un hiver rude pour le président.

La gifle Cherouati

Ainsi, Bouteflika n'avait pu protéger Chekib Khelil à qui le DRS vient d'imposer  un  nouveau patron en remplacement de Mohamed Meziane, en l'occurence Nourredine Cherouati, enfant de la maison où il était entré en 1971 en tant qu’ingénieur spécialisé dans la monopolisation des hydrocarbures et qui, contrairement à ce qui a été dit, n’a jamais été un proche de Chakib Khélil. Les amis du ministre de l’Energie aimaient même à répéter qu’il ne manquait que le « Képi et les Moustaches » pour que Nourredine Cherouati devienne le représentant officiel de l’armée nationale populaire (ANP) au sein de la « firme ». Une source interne au ministère de l’Energie rappelle que Chakib Khélil a tout fait, en 2001, pour écarter Cherouati de son poste de secrétaire général du ministère de l’Energie et des mines. Mais en vain. Bien au contraire : Cherouati était revenu en force en 2005, décrochant, à la barbe et au nez de son ministre de tutelle, le poste de président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures. Les cadres de la Sontrach soupçonnent cette instance d’avoir servi à collecter les informations à l’origine du scandale qui a emporté Mohamed Meziane et affaibli Khélil.
La nomination de Noureddine Cherouati et le départ de Mohamed Faghouli, jusque-là PDG par intérim constitue un revers cuisant pour Chakib Khélil qui a pu, pour un moment, jouer la carte de Faghouli, un obligé qui assura brièvement l’intérim et, par là, barrer la route à tous ceux qui ne font pas partie de sa « clique » au sein de la Sonatrach.
« On a donc un P-DG fort de ses trente ans d’expérience au sein du secteur de l’énergie qui contrairement à son prédécesseur ne sera pas effacé, écrit le quotidien Liberté. Contrairement à ce qu’on imaginait, ce n’est pas un relais de Khelil, le ministre de l’Énergie, ni un membre parachuté à la tête de Sonatrach. Un signe de la position affaiblie par le scandale du premier responsable du secteur.  Ouyahia aura cependant usé de son influence pour que Cherouati, le président de l’Agence de régulation des hydrocarbures soit nommé P-DG de Sonatrach alors qu’il préparait au regard de son âge (62 ans) son départ à la retraite.
Dans la foulée, le nouveau top management, contrairement à l’équipe de Meziane, décapitée par le scandale ne fait pas partie du clan de Khelil. Ils sont issus quasiment de Sonatrach. »
On sussure même que c'est Cherouati qui a aidé à l'enquête au sujet des sommes faramineuses déboursées dans le cadre de l'organisation de la 16e conférence internationale du gaz naturel liquéfié (GNL16) qu'a abritée la ville d'Oran en avril dernier. L'enquête des services de sécurité vise à démontrer si la somme astronomique de 800 millions de dollars qui été déboursée pour assurer la bonne organisation de la Conférence du GNL16 n'a pas fait l'objet d'une surfacturation.
Selon le quotidien Le Temps, qui cite des "sources dignes de foi", il n'y a pas que les services de sécurité qui enquêtent à ce sujet. On apprend, en effet, que les mêmes investigations ont été recommandées au niveau interne du groupe Sonatrach, et ce, depuis l'installation du nouveau PDG, Nordine Cherouati. Ce qui veut bien dire… Abdelhafid Feghouli, directeur de l'activité «aval» de Sonatrach qui a occupé le poste de président-directeur général intérimaire lors de la tenue de la Conférence sur le GNL, est désormais dans le collimateur des services de sécurité. Il devrait comparaitre dans les prochains jours devant la justice pour s'expliquer.

La défaite Ali Tounsi

Le jeudi 25 février 2010, le directeur général de sûreté nationale (DGSN), Ali Tounsi, un proche du général Tewfik et qui avait des relations tendues avec le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni, est assassiné dans son bureau.
Le tueur serait un certain Oultache Chouaib, directeur de l’unité aérienne de la sureté nationale, (la flotte d’hélicoptères de la police) basée à Dar El Beida. 
Pourquoi Oultache a-t-il tué Tounsi ?  
L'affaire tourne vite au revers pour Bouteflika.
« Affaire personnelle », s’empresse de déclarer le ministère de l’Intérieur dans un communiqué hâtif. Le texte ajoute que « le décès de M. Ali Tounsi, Directeur Général de la Sûreté nationale est survenu lors d'une séance de travail, au cours de laquelle un cadre de la police, apparemment pris d'une crise de démence a utilisé son arme et a blessé mortellement le Colonel Ali Tounsi, après quoi il a retourné l'arme contre lui se blessant gravement et a été transféré à l'hôpital ».
« Faux ! », réagit la famille du défunt, dans un autre communiqué adressé à la presse où elle conteste cette version officielle et affirme que Ali Tounsi a été assassiné devant témoins et « n'avait aucun problème personnel avec son assassin, ni d'ailleurs avec quiconque. » Puis le texte ajoute : « Son épouse et la famille tiennent à préciser que le défunt a été assassine froidement, lâchement et en toute conscience dans son bureau de la Direction Générale de la Sûreté Nationale, alors qu'il s'apprêtait à tenir une réunion avec les directeurs centraux. Il est mort "debout" dans son bureau, en patriote, au service de l'Etat, dans le cadre de la lutte de la criminalité sous toutes ses formes», lit-on dans le communiqué de la famille.
Contrairement à la version du ministère de l’Intérieur qui parle d’acte de démence, nos informations, il s’agirait donc bien d’un acte réfléchi et froidement exécuté. 
Le tueur a-t-il agi pour le compte du clan Bouteflika ? 
Tounsi détenait-il quelques informations compromettantes ? 
Dans un climat de tensions politiques en Algérie sur fond d'un scandale de corruption visant la direction de la compagnie pétrolière nationale, Sonatrach, il y avait tout lieu de le penser.
Et qui pour succéder à Tounsi ?
Dès la première semaine qui a suivi la mort de Tounsi, s’installe un bras-de-fer entre Mohamed Toufik Mediène , patron du DRS, les services de renseignements algériens et Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur et allié indéfectible du président algérien, Abdelaziz Bouteflika.
Toufik, qui n’a pas apprécié  la déclaration de Zerhouni, quelques jours après l’assassinat de Tounsi, dans laquelle il affirmait que «son successeur a été désigné», a réussi à bloquer cette nomination. De surcroit, tous les noms qui lui ont été proposés ont été écartés. Mais ce qui aurait durci le plus la position du patron du DRS, ce sont les messages émis par des proches de Bouteflika affirmant que «seul le président de la République est habilité à désigner le nouveau chef de la DGSN». Cette précision aurait mis le feu aux poudres, incitant Toufik Mediène à attaquer sur un autre front,  en relançant l’ouverture de l’enquête sur les détournements à la Sonatrach où le nom du ministre du Pétrole et des Mines, Chakib Khélil, est cité à plusieurs reprises. Ceci tendrait à prouver que le « gentleman’s agreement » conclu entre le clan présidentiel et le dirigeant du renseignement militaire algérien serait déjà brisé.

Service politique

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