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Le matindz, un « Echourrouk bis » ou « un espace pour berbéro-laico-athéo-islamophobes ? »

  Sans le vouloir, Nabila nous a mis devant un miroir et forcés à un bien salutaire aggiornamento. A nous tous, incroyants, ou supposés tels, hommes de foi qui vivons de la sacralisation du mutisme, journalistes dans ce site qui se pique pourtant d’être le « journal des idées et des débats », elle a imposé un débat passionné sur la religion, un des premiers sans doute sur « l’Algérien et l’islam », loin du tabou liturgique, arrachant aux uns et aux autres quelques vérités refoulées et de vieilles questions troublantes : à quoi croit-on quant on est incroyant ? Suffit-il de la religion pour devenir un vrai croyant ?

Ce n’est pas peu.                                                                                                           

« Le Matindz est devenu un ring de tous les pugilats », se désole-t-on. Alléluia, serait-on tenté de dire, pour rester dans le lexique de Dieu. Enfin la confrontation des idées entre Algériens, au mépris de l’estampille : islamiste, démocrate, athée, laïc, intégriste ! Mais que le chemin reste long !  L'épisode Nabila nous a rappelé que dans un pays sans grande culture démocratique, où l’on a compartimenté les hommes et les esprits pour mieux les mater, on n’a pas encore appris à s’accepter. Tout est fait, nous dit Mouats, « pour que ce pays mille fois meurtri ne parvienne jamais à reconstruire une société de tolérance, de convivialité et de bonne intelligence, celle là même que n’ont cessé de réclamer les plus lucides enfants de cette terre, qu’ils fussent de substance berbère, juive, arabe, française et d’autres encore… » Une société de tolérance, de convivialité et de bonne intelligence ? L’épisode Nabila, vécu comme une « intrusion » dans une « zone réservée », c’est-à-dire comme un acte contrevenant à la loi des compartiments, est le signe qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres.. L’obsession, chez nos compatriotes, est moins de débattre que d’avoir raison contre l’autre, l’outrecuidant qui pense autrement que moi, et que nos lecteurs, pas dupes, s’amusent à démasquer pour mieux l’étriper, « l’autre », tantôt « imposteur siono-marocain et harki », tantôt « agent en service commandé chargé de saper le moral des algériens », quand ce n’est pas « athée extrémiste », peut-être même un terroriste avec sa face de carême, il jeûne c’est sûr, à moins que ce ne soit un athée, pur sucre ou vaguement édulcoré, peu importe, oui, un terroriste, un athée ou, comble de la malédiction, un Marocain ! Un Marocain ? My god ! On n’est plus chez nous ! Le lecteur H, vigilant, nous avertit : « Il va falloir surveiller les espions siono-mekhzéniens et les espions marocains qui squattent ce site.  Ici c'est un forum algérien ! » Ce site qui rêvait d’abolir les barbelés dressés par les régents et les derviches, devient lui-même ilot détachée de son rivage, réservé exclusivement aux gens lucidement anxieux, paisiblement désorientés, mais autochtones et, surtout, d’un même camp ! Anxieux de l’autre bord, quittez le navire ! Notre amie Lila de Berrouaghia, brave et impétueuse, toujours le verbe haut, le rappelle aux « ignorants et provocateurs islamistes » qui se seraient égarés « chez nous » à la faveur du débat Nabila : « Votre discours nauséabond anti humain n'a pas sa place dans ce site démocrate... Les adeptes de la vermine verte et leur propagande à deux balles ne sont pas les bienvenus ici...Allez jouer ailleurs ! » Ailleurs ? Mais où ? L’internaute Oran est catégorique : « Plusieurs me demandent de quitter ce site, ma réponse est définitive. Si la vérité blesse, sachez qu'en même temps elle soulage. Plusieurs internautes prouvent qu'ils ne savent rien du respect de la différence. SI on ne parle, pas comme vous on est mal vu. »  Il reste que Djamel est inquiet de ce que des lecteurs non estampillés se hasardent à s’exprimer dans Le Matindz : « A lire certaines interventions ,on assiste a une talibanisation de notre espace de liberté ; si le Matin devient Echourouk alors là, il y a problème » Avec beaucoup moins de retenue, Farid M., par ailleurs très courtois, lance l’ultimatum : « Le Matin est-il devenu Echourouk Bis? Si oui, on va céder la place à ces intégristes sans retenue. Avis à Mohamed Benchicou. » Voilà qui n’aurait souffert d’aucune ambigüité s’il n’y avait Madjid, « Algérien, Musulman, qui fait le ramadhan et la prière  », et qui revendique, lui aussi, cet espace. « Pourquoi Nabila n'aurait-elle pas le droit de s'exprimer sur son identité, et crier ce qu'elle pense sur les toits ? Ne trouvez-vous pas qu’il y a une atteinte à la liberté de conscience ? » A  l’inverse de Farid M., ou de Kacem Madani qui appelle à compter nos troupes (intellectuelles, bien sûr),sur ce site magique de Benchicou le rebelle ! », d’autres lecteurs « d’en face », comme Mohamed, constatent que « ce site est infesté de sionistes et d’athées qui, sous couvert d'une fausse identité algérienne, déchargent leur haine sur l'islam et sur le peuple algérien » Oro appuie : « Ce site est devenu l'un des principaux points de chute des berbéro-laico-athéo-islamophobes algériens ». Benamar renchérit :  « Cela n'a pas beaucoup changé dans ce site. Il y a toujours des insultes et de la haine envers les arabo-musulmans » Tout cela donne l’aspect d’une controverse sans fin. « J’ai vu l'article et les commentaires, ce n'est pas demain qu'on fera de l'Algérie un pays laïque. L'intolérance règne dans les deux camps » dit Ramzi.    

 Et la question restait posée : Le matindz est-il un « Echourrouk bis » ou « un point de chute des berbéro-laico-athéo-islamophobes algériens ?

Ni l’un ni l’autre.

Seulement un site journal impliqué dans les combats de son temps. On peut dire site de rencontres. Oui, en définitive, un site de rencontre entre gens lucides et désorientés. Les enfants de ce peuple,  « cette majorité castrée par la force, les dogmes religieux, la propagande pseudo post indépendance et soumise par le chantage sécuritaire » comme l’écrit Akavache.  Faire parler les hommes et les femmes de ce peuple. C’est le meilleur hommage à rendre au défunt Matin : le continuer. Il voulait rapprocher plutôt que de séparer, se parler, chercher à plusieurs mains, dans les murs sur lesquels nous tâtonnons, les places encore invisibles où des portes peuvent s'ouvrir. C’est sans doute un combat incertain contre les évènements trop épais et impénétrables de ce temps. Mais il ne nous reste, au cœur d'une époque incrédule, que la persistance de nos obstinations. Nous finirons par affirmer, contre les connivences et les basses lucidités, l'existence de la parole libre dans ce pays.  Ça commence. Bouaziz de Tizi-Rached  écrit que « ce journal a le mérite de mettre en relief la liberté d'expression ; les athées ont le droit, tout comme nos frères chrétiens ou musulmans et autres, d’émettre leur avis. » Mouats nous apprend qu’ en Algérie, « il a toujours été possible de construire un socle commun sans lequel ce pays n’aurait aucune histoire à opposer à ses détracteurs. »   Le lecteur onverra onverraa encourage : « Avançons ! Aujourd’hui notre pays est l’Algérie, ses frontières bien définies. Le régime qui nous gouverne ne doit pas nous faire oublier notre Nation. Faut-il donc rappeler qu’un régime se subit un temps, se renverse souvent mais ne peut en aucun cas perdurer sauf si… tout le monde y trouve son compte !!! Je suis arabe, n’ai rien de kabyle mais Matoub reste mon compatriote et je l’aime chanter son « Aghurru » !  »  Le lecteur Mouhadjizate complète : « On parle « du Petit ou du grand Futé" alors que la question essentielle est la démocratie, la liberté d'opinion et de conscience, etc…. Si on était dans un système démocratique, on aurait pu mettre les points sur les i" et les barre sur les "t" à ce sacré "futé". Mais, on ne peut pas, par le seul blog du matin-dz, changer beaucoup de choses de manière significative. Il faut aussi d'autres "outils". Car, la grande question, au final, ce n'est pas le "Petit ou grand Futé", c'est le problème politique en ALGERIE. Si on ne comprend pas cela et qu’on ne fait pas de pédagogie dans ce sens, cela ne sert à rien de lisser son « égo » dans le sens du poil. »Le lecteur on verra onverra nous rafraîchit la mémoire : "Nous sommes en tant qu’Algériens embarqué sur le même bateau ! Les insultes et autres divisions ne nous servent pas « Democratisons » notre pays , soyons nous même, alors mon frère tu pourras t’exprimer comme tu veux dans la langue que tu veux ! " Quel sens aurait, en effet, un débat qui se pratiquerait entre gens de même confession idéologique ? Dans une époque où l’anxiété est partout face aux problèmes massifs et complexe de notre temps, en ces troubles années algériennes, et contre la loi de l'invective et de l’exclusion, faut-il fermer l’accès à ceux de « l’autre rive » qui souffrent pourtant des mêmes perplexités ? C’est Douce France indique une issue à sa manière : « Soyons indulgents à leur égard et tendons leur la main pour les amener encore plus nombreux vers ce site francophone...Ils ne peuvent que s'améliorer à notre contact...et finir par comprendre que la langue française est porteuse de valeurs universelles comme les droits de l'homme et du citoyen, la liberté de culte,l'égalité des citoyens en droits et devoirs etc "                                    

On le voit bien : Nabila a provoqué un échange d’une richesse incomparable dont je doute qu’elle-même en sorte indemne. Elle sait, maintenant, ce qu'on ne lui a jamais appris à l'école de Benbouzid, ce que lui rappelle realpolitik, qu’elle doit respect à ceux qui ont fait un choix différent d’elle et que sa vérité, dût-elle procéder d’un ordre divin, n’est pas forcément meilleure que celle de des « autres », qu’elle n’a pas l’apanage de Dieu pour ainsi interpeller ses semblables. Elle sait maintenant, comme le souligne Bouzid, que « l’on peut être boudhiste, chrétien ou communiste, tout en étant un Algérien convaincu » et qu’il y a « beaucoup de soldats de l'ALN (wilaya 3)de confession chrétienne qui sont morts pour l'indépendance de l'Algérie. »                                       

En conclusion, on peut dire, avec Mouats : « Faisons en sorte que plus aucun Algérien ne se sente oublié ou abandonné par son pays, sachons réparer ce que la bêtise humaine a si mal conçu ; c’est à partir de là que nous entamerons notre nouveau chemin vers l’opulence et que nous rendrons à l’Algérie son beau visage éclatant »                                                                      

A Nabila, on s’associe avec Algérienne, laïque, qui vit  en Algérie, pour lui dire : « Prends soin de toi bella et n'exclus jamais d'algérianité ceux qui ne croient pas à ce que tu crois »                     

Allez, comme dirait Ramzi, sur ce, saha ftourkoum aux croyants et bonne soirée aux autres !

Lematindz       

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