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Le gouvernement algérien compromet-il les investissements étrangers ? PREMIERE PARTIE : LA CONFUSION

Du fait des interactions   entre le politique et l’économique  en Algérie , bien qu’avec l’internationalisation  des flux réels et financiers portés par les   firmes  transnationales,  l’analyse  en termes d’Etats Nations  devant être atténuée   , la portée   de l’extension ou de la limitation de l’investissement étranger ne saurait se comprendre sans  analyser   les rivalités entre  les USA ,  l’Europe avec un rôle particulier pour la France pour des raisons historiques ,   la Russie et la Chine  de plus en plus présente en Algérie. Le rôle dynamisant  ou bloquant  des acteurs internes et externes  dialectiquement lié ne saurait être occulté. Pourtant, je  me limiterai  à l’analyse économique.

1-Mesures  concernant  le secteur étranger : BTPH-services-industries

Outre que pour toute soumission  des investisseurs étrangers, la préférence nationale a été portée  de 15 à 25% selon le  nouveau code des marchés comme analysé précédemment,   signifiant que même si le cout est  25% plus cher pur la réalisation de tout projet  , la priorité  sera donnée  à l’entreprise algérienne , pour le commerce,  la loi de finances complémentaire 2009 prévoit  pour le commerce 30% au maximum pour les étrangers et 70% pour les nationaux  et que pour l’agriculture la nouvelle loi foncière 2010 restreint  presque toute  activé pour les étrangers. Concernant l’encadrement de l’investissement étranger dans les services, BTPH  et  industries y compris els hydrocarbures le privé étranger doit avoir au maximum 49% et le local 51%  Par ailleurs,  l’Etat algérien   a introduit des changements  entendant  faire prévaloir le droit de  préemption et  que «toute transaction qui ne respecte pas les dispositions légales ne sera pas avalisée par les pouvoirs publics et sera déclarée nulle et sans effet »invoquant  l’article 62 de la loi de finances complémentaire de 2009 qui stipule que «l'Etat ainsi que les entreprises publiques économiques disposent d'un droit de préemption sur toutes les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d'actionnaires étrangers». Le  texte législatif stipule que l’effet rétroactif de la règle 51% et de 49% est susceptible d’être généralisée pour les opérateurs étrangers ayant investi en Algérie avant 2009. En vertu des dispositions de la loi de finances complémentaire 2010, toute augmentation ou modification de la structure de capital, et tout accroissement du nombre d’actionnaires de la part des entreprises étrangères détenant plus de 51 % des actions, seront contraintes de recevoir un ou plusieurs actionnaires des entreprises nationales à raison de 51% du capital. D’autres dispositions sont également prévues comme l’introduction  dans les cahiers des charges des appels d'offres internationaux d’un engagement de l'entreprise étrangère soumissionnaire, que  pour obtenir des contrats publics, les groupes étrangers devront dans l’avenir s’engager à investir en Algérie dans le cadre d’un partenariat avec une entreprise locale, les cahiers des charges des appels d’offres internationaux  devant  prévoir l’obligation, pour les soumissionnaires étrangers, d’investir dans le cadre d’un partenariat, dans le même domaine d’activité, avec une entreprise de droit algérien, dont le capital est détenu majoritairement par des nationaux résidents , à ne pas pratiquer la corruption et  à  se conformer aux lois algériennes en vigueur.  La vente des participations des étrangers dans les sociétés algériennes rentrant dans le cade du droit de préemption  au profit  de l’Etat, introduit dans la loi de finances complémentaire 2009,  la  cession de participations détenues par des étrangers ou au profit d’étrangers en Algérie sera subordonnée à la délivrance d'une attestation délivrée par le authentifiée par le notaire. En cas de délivrance de l'attestation, l'Etat conserve  le droit d'exercice du droit de préemption tel que prévu par le code d'enregistrement en cas d'insuffisance du prix . Et  selon l’agence Reuters en date du 20 juillet 2010,  les étrangers qui voudront vendre les actions qu'ils détiennent de groupes algériens devront faire fixer leur prix de vente par un expert algérien et non pas par le marché. Comme il ya lieu de signaler qu’en cas de cession  se pose le problème de l’application des dispositions de la loi de finances  2009 qui stipule  un taux d’imposition  à 20% du taux de l’IRG applicable  aux plus values de cession de la partie étrangère (article 47 Loi de finances 2009), ainsi   qu’un contrôle plus rigoureux des transferts de capitaux à travers la nouvelle réglementation des changes.

2- Extension des mesures de limitation de l’apport étranger   aux banques

Lors du Conseil des Ministres du 25 aout 2010, ces mesures ont été étendues aux banques étrangères complétant l'ordonnance n° 03-11 du 26 Août 2003, relative à la monnaie et au crédit.  Il s’agit en  premier lieu, mettre à jour les missions de la Banque d'Algérie par rapport aux progrès découlant de la modernisation du système financier, en la chargeant de veiller à l'efficacité des systèmes de paiements et d'émettre les règles les régissant, et en la mandatant pour garantir la sécurité des moyens de paiements autre que la monnaie fiduciaire . En second lieu, renforcer la sécurité et la solidité du système bancaire, par un suivi plus rapproché des banques y compris privées, pour s'assurer de la sauvegarde des intérêts de leur clientèle, et de la préservation de la stabilité monétaire et financière du pays. A ce titre, la Banque d'Algérie est habilitée notamment à demander aux banques et établissements financiers, toute information requise pour l'établissement de la balance des paiements du pays et de sa position financière, cela concernant particulièrement les mouvements de capitaux réalisés vers l'extérieur  et à  limiter les opérations réalisées par les banques et établissements financiers. En troisième lieu, les nouvelles dispositions prévoit d’intensifier la lutte contre toute fraude ou malversation dans les opérations réalisées par les banques et établissements financiers étrangers, notamment en  ajoutant le délit de corruption aux motifs de prohibition de l'exercice de la fonction bancaire , mandatant   l'Institution monétaire à promulguer des règles de bonne conduite et de déontologie applicables aux banques et établissements financiers. En vue de renforcer la transparence dans les activités bancaires, l'Etat détiendra une action spécifique dans le capital des banques et établissements financiers à capitaux privés, grâce à laquelle il sera représenté dans leurs organes sociaux sans droit de vote.  En quatrième lieu, il ya confirmation de  l'application aux banques et établissements financiers de la législation nationale en matière d'investissements étrangers. Ainsi il est prévu que   toute   future  ouverture  de  banque  ou  d'établissement  financier  par  un investisseur étranger sera conditionnée par la détention de 51% du capital par des actionnaires nationaux et  en cas de cession d'une banque ou d'un établissement financier dont le capital est étranger, l'Etat jouit d'un droit de préemption ; enfin  toute cession d'actions d'une banque ou d'un établissement  financier devra  être  préalablement  autorisée  par  la  Banque d'Algérie. Par ailleurs, certainement suite au rapport de la banque d’Algérie ( 2009), concernant  le taux de profitabilité des banques étrangères  a   été  d'environ 28%   pour l’année 2008 (récupération du capital avancé   d'environ trois années )  encore que ce taux a été ramené  2009 à  une moyenne  de 24% alors que pour le cas de l'Europe  le taux de profitabilité  bancaire est d'environ 12% et pour la Tunisie et le Maroc, il est de 15%. ,  les nouvelles dispositions contenues dans la loi  de  finances  complémentaire 2010 annoncent  que    hors  secteur des hydrocarbures,  des activités peuvent être soumis à une taxe forfaitaire   assise sur les marges exceptionnelles d’un taux qui varie de 30% à 80 , élargissant ainsi  les dispositions qui étaient appliquées au niveau  du secteur  des hydrocarbures.

.3- Ces mesures permettront –elles de relancer  l’outil de production ?

Si ces mesures permettent de relancer  l’outil de production, cela serait une bonne chose mais dans un environnement concurrentiel,  se renforcer sur soi étant  une utopie néfaste. L’ex ministre de l'Industrie et de la Promotion des investissements  en 2009 se proposait  de  créer « treize champions nationaux » implantés dans des secteurs aussi divers que la pétrochimie, la pharmacie, la sidérurgie ou le transport aérien, qui devaient  naître de la fusion de plusieurs entreprises d'un même secteur, publiques ou privées, y compris des PME. Or, pour faire face à la concurrence,  en n’oubliant jamais que l’élément déterminant est la demande  et non pas seulement l’offre vision mécanique de l’ancienne culture  bureaucratique afin  de  repositionner l’Algérie  dans le marché mondial,  l’on ne devrait  pas se limiter  seulement au simple  dispositif législatif. L’action concrète et surtout réaliste devrait concerner  l’élaboration de la stratégie des filières,  déterminer les filiales, les moyens et les instruments pour ces filiales, le rôle de l’Etat, du secteur public, privé, les services publics et faire des efforts dans la formation et la  recherche développement. Or, le document portant stratégie industrielle  n'a pas donné de calendrier précis pour le lancement de ces nouveaux fleurons ni précisé les moyens dont ils disposeront. Par ailleurs, si la mesure de taxation des surprofits , en principe, est  possible pour certains produits des banques et  au niveau des  hydrocarbures à l état brut et semi brut , non pas pour les produits finis, cela est rendu plus difficile, voire impossible ,  pour les  autres secteurs  dont le taux de profit est très fluctuant  au niveau du marché  international qui devrait être la référence. Aussi, le risque  avec la faiblesse  de la  de régulation  et de la planification stratégique d’ensemble,  de  compétences  est d’aboutir à des actions  bureaucratiques et à des marchandages, facteur de corruption. En outre, les  mesures de rachat par l’Etat algérien avec droit de préemption posent  problème   lorsqu’une  société est cotée en bourse et  qu’elle cède  non pas  la totalité mais  des ventes d’actions partiellement,  pratique  quotidienne  au niveau des bourses mondiales où s’échangent chaque jour des centaines de milliards de dollars  (fusion et cession des grandes compagnies) , qui est d’ailleurs  le  principe fondamental du fonctionnement de l’économie mondiale. Bien que le segment télécommunication soit régi par une loi spécifique promulguée avant les lois de finances 2009/2010, le  conflit entre l’opérateur égyptien Orascom Télécom  et le gouvernement  algérien depuis plus d’une année  en est la démonstration. En principe une loi  est rarement rétroactive sauf si elle est plus avantageuse que l’ancienne, principe du droit international. Et comment ne pas rappeler le litige entre l’Algérie et la commission européenne concernant  la promulgation du décret par le premier ministre en mai 2009 postulant la rétroactivité  pour le commerce   et l’abrogation de ce  décret par le même premier ministre   en septembre 2009, créant une véritable cacophonie au sein du monde des affaires. Cela  posera  d’ailleurs le même problème  pour les autres secteurs où le privé international a investi  avant la promulgation  de la loi de finances 2009, à l’instar  de l'entrée du groupe français Lafarge dans les cimenteries algériennes ayant racheté les parts d’Orascom, cette dernière ayant  réalisé  une importante plus value mais  dont la responsabilité  entière du préjudice  financier subi par l’Algérie  relève du Ministère  de la promotion  de l’investissement qui a mal négocié et non Orascom et  Lafarge  qui n’ont  fait qu’appliquer la pratique commerciale légale en droit des affaires. Comme se pose cette question, comment rendre opératoire, avec le risque  de faire fuir  le peu d’investisseurs potentiels nationaux ou étrangers en cas d’un  contrôle bureaucratique  , la décision toujours prises  en conseil des Ministres  du 25 aout 2010   que l'Etat a le droit de «procéder à la reprise des actifs publics cédés dans le cadre des opérations de privatisation, dans le cas où le repreneur ne s'acquitte pas de ses obligations, notamment de paiement ,   sur les avantages concédés et les engagements pris initialement par les repreneurs  pour non   respect  du cahier des charges.

Aussi convient-il   de se demander si ces mesures sont   opérantes?  Les  contraintes internationales sont toujours là : l’innovation interne  est faible,  SNVI et la plupart des entreprises publiques  et privées fonctionnent avec des inputs importés la  dispense de l'obligation de recours au crédit documentaire pour les petites et moyennes entreprises (PME) important des pièces détachées ou des intrants, dans la limite de 02 millions DA par an, ne concernant pas  l’importation des  matières premières  ce qui est essentiel pour les entreprises publiques et privées dans leur majorité,  l’informel produit de la bureaucratie risquant de s’étendre avec des réseaux informels. C’est que  l'Algérie semble avoir du chemin à faire pour pénétrer dans les arcanes de cette nouvelle économie. Dans  la pratique des affaires tant  locales  et surtout  internationales et les différentes réévaluations  des projets dans tous les secteurs  avec les partenaires  montrent clairement qu’il ne suffit pas  de signer un contrat  sans maturation   mais  de bien  suivre son cheminement ,impliquant  un management stratégique et une moralité sans faille des négociateurs.  Le problème posé après toutes ces mesures est donc le suivant : l’Algérie et –elle caractérisée par une bonne gouvernance,  un bon management stratégique des entreprises  et une amélioration du climat des affaires loin de la vision de l’unique   dépense monétaire ? Les entreprises locales profiteront –elles de cette situation  de rente pour pousser  à une meilleure intégration   et  combien d’entreprises publiques et privées locales ont –elles des laboratoires de recherche appliquée digne de ce nom y compris Sonatrach ?  Et cette innovation ne suppose t- elle  pas à un environnement assaini  et  un renversement des échelles de valeurs récompensant le travail et l’intelligence, loin de simples mesures monétaires et d’une distribution passive de la rente?


Docteur Abderrahmane MEBTOUL- Docteur d’ Etat (1974)  Professeur d’ Université en management stratégique Expert International

 

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