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Le spectre d'une année blanche 2010
Education: Le spectre d'une année blanche par Moufida R., Le Quotidien d'Oran, 7 février 2010 Le Cnapest, l'un des principaux syndicats qui négocient avec la tutelle; suite à la grève de 21 jours, au mois de novembre dernier annonce, dans un communiqué qui nous est parvenu, le retour à la grève et ce, avant le 25 du mois en cours. Nouar Larbi, le coordinateur du Cnapest explique ce retour à la protestation et indique qu' «après une attente de près de deux mois de la date du transfert du régime indemnitaire à la commission ad hoc et après le retard enregistré pour la prise en charge effective des dossiers des oeuvres sociales, de la médecine du travail et devant la dégradation flagrante du pouvoir d'achat de l'éducateur, en général, et du Pest (professeur d'enseignement secondaire et technique) en particulier, le conseil national du Cnapest, tenu les 5 et 6 février en cours, réuni en session extraordinaire à Alger et en présence des représentants des 43 wilayas et suite au PV, aux assemblées générales ayant proposé le dégel de la grève d'une semaine reconductible en plus d'actions d'accompagnement et après délibération, il a été retenu le retour à la grève d'une semaine reconductible et ce, avant le 25 février, après que l'Unpef ait tenu son conseil national les 13 et 14 du mois en cours». Le responsable syndical ajoute qu'il a été convenu de recourir au «boycott des devoirs et compositions du deuxième trimestre, le gel des activités des professeurs responsables de matières et classes jusqu'au règlement du dossier financier par la tutelle». Le document précise qu'il «réitère sa revendication du départ à la retraire après 25 ans de service effectif et refuse toute remise en cause de la retraite anticipée et appelle «le ministère à appliquer le PV d'accord du 25 décembre 2008, notamment, dans l'exécution des dispositions relatives aux ingénieurs PTLT». Nouar Larbi lance «une mise en garde de la tutelle contre toute manoeuvre de remise en cause des revendications aux trois dossiers (régime indemnitaire, ouvres sociales et médecine du travail)». Tout en appelant à la vigilance et la mobilisation, le responsable syndical insiste sur «le maintien de la coordination avec l'Unpef». Contacté hier, Boudiba, le chargé de la communication a souligné le fait que «la base ne croit plus aux promesses du ministère qui continue à tergiverser dans la prise en charge effective des revendications des travailleurs de l'Education. Pratiquement, les trois dossiers sont prêts mais la tutelle refuse de libérer les rapports. On veut du concret. Nous avons fait preuve de bonne volonté mais nous attendons un retour». Le Cnapest, comme l'Unpef ont, tous deux, fait partie des trois commissions installées après la grève de 21 jours de novembre dernier devant plancher sur les trois dossiers suscités. D'autres syndicats ont, également, appelé, à l'exemple du Snapest, au débrayage durant le mois en cours. Il semble qu'aujourd'hui le secteur de l'Education est en face d'un véritable blocus qui fait planer, à nouveau, le spectre d'une année blanche.
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La justice n’arrive pas à s’autosaisir : Les scandales restent impunis en Algérie
La justice n’arrive pas à s’autosaisir : Les scandales restent impunis en Algérie El Watan, 1er novembre 2009 Le ministère public qui représente la société et applique la loi est obligé d’agir immédiatement l Il doit ouvrir une enquête dans le contenu de la dénonciation, conformément aux articles 33 et 36 du code de procédure pénale. Le 20 août 2009, à l’occasion de la commémoration de la Journée du chahid à Béjaïa, Abdelaziz Belkhadem, représentant personnel du président de la République, avait lu une lettre où ce dernier s’est engagé une énième fois à faire la guerre à ceux qui dilapident les deniers publics. Ce discours tombait pile au moment de la publication d’articles de presse révélant des scandales de corruption et impliquant de hautes personnalités, de surcroît amis de Bouteflika. On savait déjà Saïd Barkat et Ammar Saïdani impliqués jusqu’au cou. Mais c’est la position de Bouteflika qui intrigue et choque en ce qu’elle constitue un point d’orgue résonnant à la symphonie bruyante de l’impunité à l’algérienne. Les faits révélés par notre confrère El Khabar Al ousboui dans ses numéros 547 et 548 des deux dernières semaines du mois d’août, sont venus meubler une actualité estivale déjà riche en matière de révélations trahissant des signes de luttes au sommet du pouvoir entre factions adverses. S’agit-il d’un nouvel épisode dans le jeu d’équilibre entre clans ? Notre souci n’est pas d’apporter des éléments de réponse à cette question, mais il s’agit de tenter un éclairage sur l’impunité comme mode de gouvernance adopté depuis la théâtrale affaire Khalifa. Les déballages ont pris pour cibles de gros poissons. Des personnalités de haut rang, assumant des charges au sein de l’Etat et surtout ayant des liens étroits avec Bouteflika. Saïdani est en effet l’ex-président de l’APN (3e homme de l’Etat), membre de la commission exécutive du FLN, et ex-président des bruyants comités de soutien de Bouteflika. Quant à Barkat, ce disciple d’Hippocrate est devenu un intouchable du gouvernement, resté près d’une décade à l’abri de tous les remaniements, nonobstant sa gestion désastreuse du secteur de l’Agriculture dont il était le premier responsable. Dans les faits, les deux affaires sont en plus liées. Selon le premier article de l’hebdomadaire arabophone, le DRS (Département de renseignement et de sécurité) relevant de l’ANP et conduit par l’inamovible Mohamed Mediene (dit Toufik), a eu des renseignements sur le détournement de quelque 450 millions de centimes qu’aurait effectué Amar Saïdani à travers la société El Karama qu’il possède en usant d’un prête-nom. Après enquête, les résultats ont révélé que le trou creusé dans les deniers publics était beaucoup plus important et s’élève à environ 30 milliards de dinars (3000 milliards de centimes), soit l’équivalent de 300 millions d’euros. Pour incompétence et détournement : une promotion ! Des signes ostentatoires de richesse sont vite apparus chez lui : acquisition d’une villa somptueuse à Hydra, des biens immobiliers à l’étranger, notamment 4 villas et appartements en Espagne, des biens à Londres et un appartement de haut standing dans un quartier huppé à Paris d’une valeur de 6 millions de dollars. L’ex-militant de la kasma de Oued Souf n’est pas du genre discret. Il est vrai que le deuxième mandat du Président a encouragé les certitudes du premier cercle de sa clientèle et même au-delà. Le rapport du DRS sera, comme il se doit, transmis à Bouteflika. Ce qui peut être perçu aussi comme une façon de jeter la balle dans son camp et l’acculer devant l’opinion publique. Les effets sont immédiats : devant le risque d’un hyper scandale aux conséquences fâcheuses sur le rapport de force entre Bouteflika et ses associés au pouvoir, Saïdani est sacrifié. Il sera donc écarté de la tête du Parlement et empêché de briguer un autre mandat en 2007. Saïdani pouvait-il détourner ces sommes colossales tout seul et sans complicités à un haut niveau ? Des personnes ayant un lien direct avec le programme de soutien agricole sont citées dans les rapports qui ont trait entre autres à la GCA (Générale des concessions agricoles) et dont El Watan s’est fait l’écho en 2007. Le lien avec Saïd Barkat et son ministère de l’Agriculture se trouve à ce niveau. Saïdani avait en effet un lien avec un certain Chelghoum, devenu, grâce à lui, directeur général de l’OAIC et ensuite secrétaire général du ministère de l’Agriculture, ainsi que le directeur du Fonds de soutien agricole, Fayçal Noureddine, qui croupit actuellement dans la prison de Laghouat. Durant le règne de Barkat, le ministère de l’Agriculture a été éclaboussé par plusieurs scandales, et pas des moindres, à commencer par celui du matériel acheté en Espagne chez une société appartenant à José Maria Aznar, ex-Premier ministre ibérique. Malgré son rang modeste sur le marché, cette société a bénéficié d’une commande de 150 millions de dollars et sans soumission comme l’exige le code des marchés publics. Pis, le matériel livré se révélera de mauvaise qualité. Barkat est cité aussi dans l’affaire de location d’avions de lutte contre les criquets. Le ministère a loué en 2006 une trentaine d’avions à raison de 36 000 euros/jour. Plusieurs de ces appareils se révéleront défectueux et resteront cloués sur le tarmac. Pourtant, ils n’ont pas été renvoyés au prestataire et trois parmi eux seront même gardés en réserve trois mois durant. Des rapports liés à ces affaires sont entre les mains de Bouteflika qui n’ignorait rien des agissements de son ministre, mais au lieu d’être renvoyé, Barkat a fini par être promu ministre de la Santé ! Un petit pas pour l’homme, un désastre pour les Algériens. C’est vrai que lui, du moins, s’attendait à plus, quelque chose comme le fauteuil de Premier ministre par exemple. Chez l’opinion publique, le scandale ne passe pas inaperçu et l’effet est profond. Le rang des personnes impliquées et la gravité des accusations amplifient le scandale. Mais quel scandale ? Est-ce le fait qu’ils ont été pris la main dans le sac ou bien celui d’avoir été lavés de leurs crimes ? Le serment trahi Le silence a été la seule réponse du pouvoir. Gêne ou mépris ? On ne sait pas. La tempête est passée sans susciter la moindre réaction ni de la part des impliqués, ni du gouvernement ni celle du FLN, parti où les deux hommes assument de hautes responsabilités. « Qui ne dit mot consent », affirme le sens commun. La logique du palais fonctionne autrement, les voix de la politique algérienne sont impénétrables ! Par-dessus tout, c’est la position de Bouteflika qui déçoit le plus : le président s’est contenté en effet d’une sanction politique à l’égard de Saïdani, ce qui ne veut rien dire pour la loi, d’autant plus que la sanction ne correspond pas aux crimes. Il a, en outre, maintenu envers et contre tous Barkat au sein de l’Exécutif, trahissant ses propres engagements. Dans son intervention en Conseil des ministres, tenu le 13 avril 2005, le Président a souligné l’importance de ce texte (avant-projet de loi anti-corruption) pour la consolidation de « la bonne gouvernance et à la réhabilitation de l’Etat de droit », dira-t-il. Il a aussi lancé un avertissement à l’encontre de « ceux qui, tirant profit de la situation de laxisme qui a caractérisé la gestion de certains secteurs d’activités économiques et sociales, nourrissent le sentiment que la corruption est le fait de puissants intouchables dans le seul but de préparer le lit à la généralisation et à la banalisation de ce phénomène et couvrir ainsi leur inertie ou, pis encore, leurs déviances ». Entre la parole et l’acte, la contradiction est sidérante. La position de Bouteflika et sa manière d’agir sont contraires aux lois de la République et à la Constitution. Faut-il rappeler le serment qu’il a prononcé lors de son investiture devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la Nation conformément à l’article 76 de la Constitution. Dans ce serment, il s’est engagé à défendre la Constitution et respecter les institutions de la République et ses lois. En tant que premier chef de l’Exécutif, il se devait de remettre les rapports du DRS entre les mains de la justice conformément à l’article 32 du code de procédure pénale : « Toute autorité, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit, est tenu d’en donner avis sans délai au ministère public et de lui transmettre tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ». Voilà deux ans qu’il ne cesse de recevoir des rapports accablant ces personnages, et il persiste dans la sanction politique quand il ne fait pas dans la protection. Déclin de la loi Fin 2006, Bouguerra Soltani (à l’époque ministre du gouvernement Belkhadem) avait fait parler de lui en affirmant avoir une liste de personnalités impliquées dans des affaires de corruption et qu’il détenait des dossiers touchant des personnalités bénéficiant de l’immunité. Cela lui a valu les foudres de Bouteflika et une mise en quarantaine qui a failli l’emporter. Mais l’affaire a été ensuite noyée et renvoyée aux oubliettes, comme si le pouvoir ne voulait pas s’encombrer de nouveaux procès gênants. Quelle doit être l’issue dans une telle situation ? Du point de vue institutionnel, c’est le principe de séparation des pouvoirs, consacrée par la Constitution qui vole au secours de la République. A ce sujet, l’article 38 stipule : « Le pouvoir judiciaire est indépendant et s’exerce dans le cadre de la loi ». La publication par la presse de tels scandales est qualifiée juridiquement de dénonciation d’infraction. Le ministère public qui représente la société et applique la loi (sa raison d’être conformément à l’article 29 du code de procédure pénale) est obligé d’agir immédiatement et ouvrir une enquête dans le contenu de la dénonciation, conformément aux articles 33 et 36 du code de procédure pénale. Dans les affaires citées en exemple, ce sont les procureurs généraux territorialement compétents, soit : celui de la cour d’Alger, de Laghouat, Djelfa et Ouargla, là où une partie des faits a eu lieu, qui, les premiers, auraient dû intervenir. L’inaction de la justice devant des cas pareils de destruction des ressources de la Nation ne peut être apparentée qu’au déclin de la loi, ultime phase de décadence dans la conception juridique de l’Etat. Serait-on arrivé là si le garde-fou qu’est la déclaration du patrimoine était appliqué ? Serait-on arrivé là si on avait respecté les mécanismes de prévention et de lutte contre la corruption et laissé agir librement la Cour des comptes ? Pour des faits similaires, Achour Abderrahmane a été condamné à 18 ans de prison. Pourquoi lui et pas Saïdani qui, rappelons-le, n’a plus l’immunité parlementaire ? N’est-ce pas que « les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune ? », tel que stipulé dans l’article 29 de la Constitution. N’est-ce pas que le premier magistrat du pays a insisté sur la nécessité, voire l’urgence de combattre ce fléau « de manière non sélective, quels qu’en soient ses auteurs » et que « la rigueur de la loi devra être égale pour tous ? » La vérité est qu’on a offert l’impunité à Saïdani. Pour lui, pour Barkat et des centaines, voire des milliers d’autres qui comme eux servent le système que Bouteflika a peur de fissurer irrémédiablement en cas de poursuites contre ses protégés. A la différence de la loi sur la réconciliation, pourtant critiquée comme consacrant l’impunité, ces affaires sont plus graves du fait que la position du premier magistrat du pays entrave la loi. La loi est l’essence de l’Etat, alors que l’impunité n’est pas en harmonie avec l’intérêt général, et sert les intérêts personnels et ceux de groupes. L’impunité est l’absence politique et juridique de l’Etat en tant qu’esprit. Ce nouveau fléau politique tétanise en plus la classe politique et les personnalités nationales demeurées aphones. Complicité ou fatalisme ? Qu’importe, si le résultat est le même et conduit à démoraliser tout un peuple aujourd’hui convaincu qu’aucun avenir n’est possible pour lui sur sa propre terre. Par Nouri N
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Enquête sur les mystères du groupe de services algérien Khalifa Entreprises
Enquête sur les mystères du groupe de services algérien Khalifa Entreprises Le Monde, 31 décembre 2002 Présent dans le transport aérien, la banque, les médicaments, la location automobile et les médias, l'empire dirigé par Rafik Khalifa est caractérisé par des opérations de communication tapageuses et des comptes opaques. Les interrogations que suscite l'origine de ses financements restent nombreuses. Blanchisseur de l'argent des généraux algériens, prête-nom d'intérêts occultes moyen-orientaux, cible des services secrets français ? Rafik Khalifa, président du groupe du même nom, alimente la controverse. Pourtant, aucune investigation judiciaire ou administrative n'a encore démontré, en France, que ses activités, dans les secteurs aérien, bancaire, pharmaceutique de la location automobile et des médias, cacheraient les maux dont on l'accuse. En revanche, selon les témoignages recueillis par Le Monde auprès de clients, de fournisseurs et de certains membres du groupe et auprès des services fiscaux, il semble exister un décalage entre son image de réussite et l'état réel de sa richesse. La direction de Khalifa, qui affirme employer plus de dix mille personnes, déclare un chiffre d'affaires de 850 millions d'euros sans fournir, pour autant, le détail de son résultat net. De plus, la relative opacité financière de ce groupe ne manque pas d'aggraver le climat de suspicion. Ce groupe algérien possède peu de capital et de fonds propres. Selon certains observateurs, il serait engagé dans une course incertaine soutenue par un flux financier généré par sa compagnie aérienne, Khalifa Airways. A en croire le groupe, il s'agirait, au contraire, d'une bonne optimisation des liquidités. L'origine de la fortune de M. Khalifa, âgé de 36 ans, dont la personnalité discrète tranche avec le caractère flamboyant qu'il donne à chaque étape de la vie de son entreprise, trouve son origine dans la distribution de médicaments en Algérie. En 1991, ce fils de la nomenklatura algérienne a profité de l'ouverture de ce marché pour accumuler un capital qui lui a permis, ensuite, d'investir dans le secteur aérien. A cette époque, le pays, en quasi-cessation de paiements, entrouvre son économie, à la demande du Fonds monétaire international. Le gouvernement choisit notamment de favoriser l'importation de médicaments en instaurant de faibles droits de douane pour leur achat à l'étranger. Dans le même temps, il taxe fortement les produits chimiques qui permettraient de les fabriquer en Algérie. Cela lui permet de monnayer l'attribution des licences d'importation en les conditionnant à la rétribution de partenaires algériens dans le cadre de programmes industriels quasi fictifs, ce qui décourage bon nombre d'entreprises étrangères. Le groupe Khalifa, grâce au soutien de hauts fonctionnaires du ministère de la santé algérien, dont l'un sera intégré à la tête de la banque Khalifa, obtient, lui, le droit de distribuer quinze médicaments. Disposant d'une filiale à Vitrolles, près de Marseille, il joue sur les deux tableaux et en tire profit pour s'arroger un quasi-monopole. Selon un ancien cadre du groupe, l'unité de Vitrolles, qui affichait en 1998-1999 un chiffre d'affaires de 275 000 euros et 45 700 euros de pertes, permettait à l'ensemble du système de gonfler ses profits en jouant sur les taux de change entre la France et l'Algérie. Le groupe affirme aujourd'hui que la branche médicaments ne génère plus qu'un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. STRATÉGIE CLIENTÉLISTE Khalifa disposait, dès lors, des bases pour mener une stratégie clientéliste en s'attachant des soutiens dans des milieux très divers. Ces derniers vont lui servir pour se lancer, en 1998-1999, dans les secteurs bancaire et aérien. Sollicitant des lignes d'exploitation, les représentants du groupe se présentent face aux autorités françaises en compagnie d'un député (UMP) français qui vante les mérites de cette jeune entreprise. Les collaborateurs du ministre des transports, agacés, apprendront plus tard que l'élu a été rémunéré pour cette intervention jugée inutile puisque le ministère a pour règle de recevoir toutes les compagnies aériennes. Cette maladresse n'empêchera pas Khalifa Airways de mettre en place ses liaisons dès l'année 1999-2000. La direction générale de l'aviation civile accordera les licences pour la province, mais n'honorera pas les demandes sur Paris. L'année suivante, le retrait d'Air Liberté et d'Air France sur l'Algérie ouvre la voie à Khalifa Airways. L'essentiel de sa flotte, une quarantaine d'appareils, dont dix-huit Airbus, est en location sous forme de leasing. Airbus se satisfait de ce partenariat. Jouant la carte Khalifa pour progresser sur le marché d'Afrique du Nord, le constructeur affirme ne pas s'interroger sur la solidité financière de Khalifa et sur le faible taux de remplissage de ses avions. Pour Airbus, le groupe Khalifa n'est qu'une "start-up" sur un marché porteur. Lors de sa création, mi-1998, Khalifa Bank a pour sa part garni ses rangs d'employés de la Banque d'Algérie. Mais sa croissance doit davantage aux lignes de crédit accordées par la Banque de développement local (BDL), dont l'un des responsables travaillera, plus tard, pour Khalifa Airways. Désireux d'acquérir un caractère notable en obtenant un agrément bancaire en France, le groupe a, en vain, mandaté le cabinet Ernst & Young. Le rachat d'une petite banque mutualiste allemande n'y changera rien. Seule la San Paolo a accepté de jouer le rôle de banque correspondante. Selon la Banque de France, les liens entre le groupe algérien et Dubaï et l'omniprésence de la banque algéro-saoudienne Al-Baraka auraient joué en sa défaveur. PEU DE FONDS PROPRES Enfin, symbole de sa stratégie de diversification dans des secteurs de services à faible investissement, le groupe Khalifa est apparu dans les médias, lors du lancement de KTV, mais aussi, dans le BTP, lors du rachat, le 26 septembre, d'une partie des activités du géant allemand, Holzmann. Limitée aux actifs situés à l'étranger, à l'exception des Etats-Unis, cette acquisition, comme l'espèrent certains de ses dirigeants, permettra de participer au projet du gouvernement algérien qui prévoit d'investir plusieurs milliards d'euros dans le BTP et les logements. Grâce à la structure Holzmann, Khalifa intégrerait ce programme qui nécessite peu de fonds propres - le client paye avant de recevoir les travaux - et dont les vrais opérateurs sont des sous-traitants. Ce mode de développement, sans capital, fortement rémunérateur, mais dont la survie dépend d'une marche en avant constante, ne laisse pas d'inquiéter les experts. Ainsi, lors de contacts récents, des membres du patronat algérien et leurs homologues du Medef ont évoqué le cas Khalifa en affirmant que ce groupe pourrait être, dans l'avenir, confronté à des difficultés financières en raison "d'investissements importants, de prêts à fort taux et d'une dette croissante". Le caractère mystérieux des contours financiers de cette entreprise a conduit le tribunal de commerce à radier des registres du commerce, le 11 septembre, le mandataire des filiales françaises du groupe. Selon le jugement, Djamel Guelimi aurait refusé de remplir ses obligations en termes de déclarations. Jacques Follorou ------------------------ Dans son pays, la fulgurante ascension de l'homme d'affaires ne suscite aucune polémique En Algérie, où près d'un tiers de la population est au chômage, les emplois offerts par le groupe constituent un véritable miracle. Il n'y a pas d'affaire Khalifa en Algérie. A l'inverse de la presse française, les journaux locaux n'évoquent que rarement la saga de Rafik Abdelmoumen Khalifa. Et lorsqu'ils se risquent à le faire, c'est systématiquement pour prendre la défense du magnat algérien. Jamais pour s'interroger sur l'origine des capitaux qui, en quelques années, lui ont permis de jeter les bases d'un groupe présent – souvent modestement – dans la banque, le transport aérien, le BTP et l'informatique... Ce manque de curiosité s'explique. Khalifa Airways a su faire de chaque ouverture de ligne internationale un événement apprécié des journalistes. Habitués à des salaires médiocres, ils sont logés pour l'occasion dans les meilleurs palaces et, lorsqu'ils retournent en Algérie, c'est munis d'un cadeau ou d'une enveloppe. Lors de l'inauguration de la ligne Alger-Dubaï, en avril 2001, c'est l'équivalent de plusieurs mois de salaires qu'ils auraient touché."On se bouscule pour couvrir l'inauguration des lignes de Khalifa", résume un journaliste de quotidien. Le mauvais exemple, si l'on peut dire, vient de plus haut. Des patrons de journaux, murmure-t-on à Alger, seraient rétribués par Khalifa pour le conseiller en matière de communication. D'autres lui sont redevables d'avoir embauché leur progéniture dans son groupe. C'est également le cas d'hommes politiques. Le golden boy algérien est discret mais sait soigner son image dans l'opinion publique. Qu'il s'agisse de transporter les artistes venus participer au Téléthon au profit des victimes des inondations de l'an 2000 à Bab El-Oued ou de faire découvrir le Sahara à des enfants orphelins, les avions de Khalifa Airways sont toujours disponibles. Aux Algérois, confrontés à une pénurie chronique d'eau potable, il a fait don de deux stations d'épuration. Et surtout il embauche, chose rare dans un pays où près d'un tiers de la population active est sans emploi. De là sans doute la conviction de certains Algériens qui voient dans les critiques essuyées en France par le milliardaire algérien un "complot des Marocains" pour torpiller le projet d'une télévision en langue arabe (Khalifa TV) installée à Paris mais pilotée par un Algérien... FAILLE DE LA LÉGISLATION Le voudrait-il, le meilleur limier aurait du mal à remonter la piste des financements de l'homme d'affaires algérien qui a su s'engouffrer dans une faille de la législation. Pour attirer les investisseurs étrangers dans une Algérie convertie au libéralisme, l'administration algérienne a inventé le statut d'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée. Les avantages de la formule, conçue au départ pour les projets de petite taille, sont multiples : l'origine des fonds n'a pas à être fournie ; il n'y a ni conseil d'administration ni, plus généralement, d'organe de délibération ; et l'exonération d'impôts – valable de trois à cinq ans – tient le fisc à l'écart. Certes, en Algérie, le contrôle des changes reste en vigueur."Ça veut dire que la banque centrale, la Banque d'Algérie, contrôle et surveille tous les capitaux qui entrent et qui sortent du pays", note un ancien ministre du président Bouteflika. Et d'ajouter : "Elle dispose forcément d'informations sur l'origine des fonds de Khalifa." C'est sans doute vrai, mais la Banque et son autorité de tutelle se taisent, ajoutant aux rumeurs en cours. L'une des plus tenaces attribue la soudaine fortune de l'homme d'affaires algérien à son père, Laroussi Khalifa, l'un des fondateurs de la police politique du régime, encore très puissante aujourd'hui. Ambassadeur puis ministre avant d'être écarté du pouvoir à la fin des années soixante, et de diriger une officine de pharmacie, Laroussi Khalifa est décédé en 1988 "sans laisser de fortune", affirme celui qui fut l'un de ses proches. Pour d'autres, Khalifa ne ferait que recycler la fortune extorquée il y a vingt ans par des responsables algériens à l'"ami intime" du président Boumediène, Messaoud Zeghar, un autre ancien "historique" de la guerre de l'indépendance reconverti dans les affaires. L'hypothèse est aussi séduisante qu'invérifiable. AUTRE PISTE Une note de la DGSE, publiée par Le Canard enchaîné du 23 octobre, avance une autre piste. Selon le service de renseignement, Khalifa servirait d'homme de paille aux fameux "décideurs" algériens. Deux personnalités sont particulièrement visées par la DGSE : le général Larbi Belkeir, l'actuel directeur de cabinet du chef de l'Etat, souvent présenté comme l'un des "parrains" du système politique, et son ami Abdelkader Koudjeti, un homme d'affaires prospère qui partage sa vie entre Paris et Alger. Les deux intéressés démentent tout lien avec Rafik Khalifa."Je n'ai rien à voir avec lui. Je n'ai pas investi un centime dans ses affaires et aucun de mes enfants ne travaille dans l'une de ses sociétés", affirme au Monde le général Belkeir."Je ne connais pratiquement pas M. Khalifa que je n'ai rencontré qu'une seule fois. Pourquoi irais-je confier de l'argent à quelqu'un qui est plus jeune que mon fils ?", s'interroge de son côté M. Koudjeti. Le plus surprenant est que dans l'entourage du président Bouteflika – dont deux frères travaillent pour le groupe Khalifa – personne ne trouve étonnante l'ascension fulgurante de Rafik Khalifa."Les services de renseignement ont peut-être étudié le dossier mais ils ne nous ont rien dit", jure un proche collaborateur du chef de l'Etat. A quelques semaines du début de l'Année de l'Algérie en France, un scandale Khalifa qui risquerait d'éclabousser l'image de marque du pays ne semble pas préoccuper le pouvoir. Jean-Pierre Tuquoi ------------------------ Plusieurs stars du cinéma et des médias se prêtent à ses opérations de communication Le Monde, 31 décembre 2002 Plusieurs stars du cinéma et des médias se prêtent à ses opérations de communication Une stratégie de communication excessive est-elle le signe d'un succès aussi brutal qu'éphémère ou la démonstration d'une utilisation efficace du pouvoir de l'image ? Seul le futur du groupe Khalifa pourra apporter une réponse à cette interrogation qui traverse de nombreux esprits depuis que ses dirigeants ont entrepris de conquérir, en partie, le monde des affaires à coups d'éclat. Pourtant, dans le même temps, la personnalité, effacée et gauche, de Rafik Khalifa, président de ce groupe, présent dans le secteur aérien, bancaire, ainsi que dans celui des médias et des services, contraste avec le faste qu'il donne à chacune des promotions marquant les événements de la vie de son groupe. L'irruption brutale de cette société dans le paysage médiatique s'est produite le 11 juin 2001. Ce jour-là, le groupe Khalifa et le club de football de l'Olympique de Marseille signent un accord de sponsoring sur cinq ans pour un montant estimé à près de 1,4 million d'euros. Le visage poupon et adolescent de M. Khalifa apparaît alors au grand jour. Les responsables de l'agence Havas, chargés de gérer l'événement, se souviennent encore d'un personnage balbutiant et mal à l'aise, "pas à la hauteur du projet qu'il nous avait confié d'organiser". Dans le registre du mécénat sportif, le groupe Khalifa s'est également fait remarquer lors de son entrée dans le capital du club de rugby Bordeaux-Bègles. En apportant plus de 600 000 euros sur deux ans, Khalifa est devenu le principal partenaire du club dans lequel figure aussi l'acteur Gérard Depardieu, l'un des soutiens les plus actifs du jeune magnat algérien. L'événement fut pourtant marqué par l'absence de M. Khalifa et un violent échange : le député et maire de Bègles, Noël Mamère, dénonçant les liens existant entre le groupe Khalifa et les généraux algériens ; M. Depardieu traitant M. Mamère, en retour, de "raciste et de fasciste". Les fêtes organisées lors de défilés de mode ou dans des discothèques semblent également s'inscrire dans un plan de communication concerté, permettant à M. Khalifa de paraître, en photos, dans les magazines populaires au bras d'actrices et de célébrités. Le 3 septembre, le Tout-Hollywood avait ainsi été convié sur la Croisette, contre dédommagement financier, pour célébrer le lancement de la chaîne de télévision Khalifa TV (KTV), qui n'avait pas encore été autorisée à émettre par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Plus de 300 invités, parmi lesquels se trouvaient les actrices Mélanie Griffith, Catherine Deneuve, la starlette Pamela Anderson et l'ex-actrice de film pornographique Julia Chanel, ainsi que M. Depardieu, les chanteurs Sting, Bono et Cheb Mami. LANCEMENT DE KTV Pourtant, ce soir-là, personne ne vit et n'entendit M. Khalifa, et aucun mot ne fut prononcé sur l'objet de la réunion, à savoir le lancement de KTV qui allait se voir ordonner, quelques semaines plus tard, d'arrêter d'émettre faute d'autorisation. Parmi les convives, on releva aussi la présence de l'ancien ministre de la culture Jack Lang et d'Hervé Bourges, ancien président du CSA, qui préside l'Année de l'Algérie en France, événement se déroulant tout au long de 2003. C'est d'ailleurs Pascal Joseph - un proche de M. Bourges lorsque ceux-ci travaillaient ensemble à la télévision -, aujourd'hui président de la société de conseil IMCA, qui a proposé, pour le compte de KTV, un nouveau dossier de conventionnement. Le CSA a finalement délivré, le 3 décembre, son autorisation à KTV qui avait, entre-temps, étoffé sa grille de programme. Pour créer cette chaîne, les dirigeants du groupe Khalifa ont démarché nombre de personnalités du monde audiovisuel sans pour autant toujours réussir à les convaincre du sérieux de leur démarche. Ainsi, le journaliste de France 2 Rachid Arhab a refusé les propositions de KTV, affirmant qu'en sa personne "la chaîne voulait juste s'acheter un symbole". En revanche, certains producteurs d'émission de télévision ayant accepté de travailler pour KTV se sont fait les zélés défenseurs des projets de cette chaîne. Lorsqu'il est interrogé sur le tohu-bohu provoqué par la plupart des événements médiatiques organisés par son groupe, M. Khalifa a coutume de répondre : "Le but est atteint puisque tout le monde en parle." "Ce qu'il n'a pas compris, commente, à son tour, l'un des grands conseillers en communication de chefs d'entreprise français, c'est qu'il ne s'agit pas simplement de faire parler de soi ou de son groupe, mais surtout de savoir comment on en parle." Jacques Foll
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Bouteflika brade les intérêts gaziers pour contrarier le Maroc
Bouteflika brade les intérêts gaziers pour contrarier le Maroc
Après plusieurs semaines de léthargie, Abdelaziz Bouteflika est parti en Espagne mettre encore plus à mal le statut géopolitique et les intérêts de l’Algérie pour satisfaire son ego personnel. Vestige encore vivant de la politique de guerre froide, Bouteflika continue de ligoter la diplomatie algérienne à sa phobie de la monarchie marocaine.
Dans la déclaration commune des travaux de Madrid du 7 janvier, on ne retient dans le verbiage diplomatique qu’un seul marchandage. Le bradage du gaz algérien contre une simple promesse de soutenir «le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui».
Pour arracher cette déclaration de principe qui ne coûte rien à Zapatero, Bouteflika a posé sur la table des négociations le gazoduc sous-marin Medgaz classé par l’Espagne comme projet prioritaire. Alors que les travaux sont pratiquement achevés, la mise en service du projet reste tributaire de deux dossiers lourds: le prix du gaz et la part qui revient à Sonatrach dans la commercialisation en Espagne et en Europe des 8 à 16 milliards de m3/an qui transiteront à terme par ce gazoduc. (1)
Même le lourd contentieux de Gassi Touil, qui coûte à l’Algérie un retard considérable, a été pardonné et balayé d’un revers de main.On rappelle que ce mégaprojet gazier intégré GNL, initialement confié aux firmes espagnoles Repsol et Gaz Natural, avait été saboté. Les espagnols voulaient retarder sa réalisation tant que le gazoduc Medgaz ne serait pas opérationnel et les contrats de livraison sécurisés.
On ne sait toujours pas quelle est la part du gaz dans les recettes d’exportation d’hydrocarbures. L’indexation de son prix sur celui du pétrole cause à l’Algérie des fluctuations perturbantes et des pertes énormes que personne n’a pu chiffrer, en raison de l’opacité de gestion de Sonatrach, le secret des contrats commerciaux et l’absence totale de débat sur ce sujet sensible. Bouteflika et son ministre de l’énergie Chakib Khellil ont même contrarié la proposition russo-iranienne de créer une OPEP du gaz pour définir et défendre une stratégie de prix. (2)
José Luis Rodriguez Zapatero, qui entame son semestre à la présidence de l'UE, est placé en première ligne pour négocier au mieux les intérêts gaziers de l’Europe. Il est donc prêt à signer des deux mains n’importe quelle déclaration que lui demandera Bouteflika, même sur l’autodétermination des aborigènes d’Australie ou des pingouins de l’Antarctique.
Comme le cadeau gazier ne suffit pas, la déclaration de principe relève que «l'Espagne est devenue l'un des investisseur de référence en Algérie et souhaite stimuler davantage les investissements espagnols dans des secteurs moteurs de développement en Algérie». Bouteflika souhaite que «les entreprises espagnoles participent et s'impliquent dans le vaste programme national algérien d'équipements publics 2010-2014», c’est-à-dire jusqu’à la fin de son mandat.
Le peu d’hommes politiques et de parlementaires conscients en Algérie se doivent de dénoncer le bradage du gaz et des intérêts algériens dans une opacité totale, et remettre en cause ce que cache cette déclaration de Madrid.
En fait, Bouteflika n’a qu’une seule obsession: que l’ex-colonisateur espagnol et voisin maghrébin l’accompagne dans le combat de sa vie contre son pays natal pour que le Maroc continue à souffrir.
Il est tellement honteux de son origine marocaine qu’il a effacé son lieu de naissance, Oujda, qui était auparavant mentionné dans sa biographie sur le site de la présidence algérienne (www.elmouradia.dz).
Il a lié la politique énergétique de l’Algérie au destin de quelques enturbannés d’un Polisario fantôme présidé depuis 33 ans par un marocain, et dont la plupart des membres fondateurs ont réintégré le royaume.
Saâd Lounès
