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rien changer

  • Ouyahia : c’est l’échec mais il ne faut rien changer !

     

    Par : Mustapha Hammouche

    Sûr de son autorité, parce qu’il représente l’avis de l’autorité du moment, Ouyahia est généralement clair quand il s’exprime. Il devient moins intelligible quand il veut formuler son opinion propre.
    C’est donc en homme qui n’y est presque pour rien qu’il avouait hier “l’échec” du gouvernement. Ce qui, au demeurant, est à ce point spectaculaire qu’il n’est plus à prouver. Mais le Premier ministre surprend quand il dilue cet échec du gouvernement dans un “échec collectif”, sans préciser l’étendue de la participation à l’échec gouvernemental. Qui veut-il y associer ? Le Président ? Le gouvernement dans toute sa composition ? Les partis de l’alliance de gouvernement ? Les cercles de pouvoir occultes ? Les partis ? Tous les partis ? Toute la société ?
    On est tenté de compatir quand on entend la complainte du Premier ministre : “Croyez-moi, le Premier ministère n’est pas un paradis”, un peu comme s’il aurait été contraint au purgatoire du pouvoir. À en oublier que c’est lui qui nous apprenait, il n’y a pas longtemps, le 7 janvier dernier, que “le pouvoir n’est pas un cadeau qu’on cède facilement”. Mais, ce jour-là, il répondait à la question de savoir s’il était candidat à la présidence ; il parlait des autres !
    D’ailleurs, ce même jour, il proclamait doctement, comme hier encore, que “la présidence de la République est une rencontre entre un homme et son destin”. Sauf que, dans la vision gaullienne qui inspire cette sentence, ce destin est scellé par la reconnaissance populaire à travers des urnes et que dans notre cas, le destin de cet homme, et partant, celui des trente-six millions d’Algériens, est plombé par la volonté de trois ou quatre hommes, comme l’explique, par le menu, le général Nezzar dans un de ses livres.
    Ce même 7 janvier, Ouyahia déclarait que “les gens honnêtes qui refusent le marchandage sont toujours ciblés”. Hier, il récidivait : il ne sera pas “un homme de compromis et d’image”, ajoutant qu’il “dérange” (donc).
    Étrange ! Pourquoi Ouyahia, qui n’a été aux responsabilités qu’en 1996 (31 décembre 1995), rappelle que “le train a mal commencé en 1990, lorsque l’Algérie a opté pour l’économie libérale basée sur l’importation qui a pris le dessus sur la production”, si bien qu’aujourd’hui, “l’argent commande en Algérie, il commence à gouverner et à devenir un argent maffieux” ? Pourquoi nous avertit-il que nous pourrions retourner à “la situation économique et sécuritaire de 1990” ? Pourquoi proclame-t-il que le changement ne… changerait rien à la situation, sinon il “signerait des dix doigts”.
    Y a-t-il un processus de changement dans le sens de la politique de 1990 qui serait mis en route, comme certains l’ont déduit de l’attitude autrement inexplicable du FFS ? Serait-ce donc en référence à ses prédécesseurs à la tête du gouvernement qu’il parle d’“échec collectif” ? En tout cas, Ouyahia, dans sa plaidoirie inhabituellement franche, en aura trop dit et pas assez à la fois.
    Si le reste peut n’être que conjecture, une chose semble sûre : sa position est menacée. Et le Premier ministre, qui a toujours défendu son action avec ses certitudes, paraît enfin douter. Et c’est peut-être pour cela qu’il a “mal à l’Algérie”.