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L’empire des scandales et des échecs

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« Un homme politique doit avoir un minimum de probité intellectuelle, sinon il tombe dans l’ aventurisme. La nature même des pouvoirs multiples exercés par un seul homme aura pour conséquence inévitable le culte de la personnalité. Et celui qui n’applaudira pas ‘‘inconditionnellement’’ le ‘‘Maître’’ sera considéré comme un mauvais citoyen. Quant à notre jeunesse, elle sera condamnée à ne plus penser. Le régime fabriquera des robots, des opportunistes et des courtisans. La démocratie seule est salutaire. Elle ne signifie pas l’anarchie. Elle ne signifie pas un pouvoir faible. Elle signifie le gouvernement du peuple par le peuple. Elle signifie un Etat hiérarchisé. » Ferhat Abbas lettre de démission de la présidence de l’Assemblée nationale constituante en contestation au projet de Constitution imposé par Ahmed Benbella le 12 août 1963



Le bilan des 10 années n’est pas des plus glorieux : la situation sociale se tend, les scandales se multiplient, les libertés bafouées, la solidarité piétinée, la démocratie achevée et la paix et la sécurité tant miroitées au peuple ne sont pas au rendez-vous, et la gifle nous est donnée par les Américains et les Français qui nous ont mis sur la même liste que l’Afghanistan et la Somalie. L’Algérie se trouve, aujourdl’hui, dans une situation catastrophique, voire insupportable, l’économie en lambeaux, la justice à la solde de l’homme fort du moment, la sécurité se dégrade, le terrorisme reprend de l’ampleur, l’Education nationale est en décomposition. L’illettré est très facile à manipuler, surtout en période de misère et de peur. La création d’une société de l’ignorance, de la misère et de la peur semble cadrer parfaitement dans le sens du pouvoir, 6 millions de pauvres, 4 millions d’illettrés, les prisons pleines, des milliers de citoyens fauchés par le terrorisme et des milliers de harraga, un phénomène ayant marqué la décennie qui vient de s’écouler.

Malek Bennabi parlait de la colonisabilité d’une société, en la gardant loin du savoir, dans une situation de peur et de terreur continue, de misère endémique. Aujourd’hui, on peut parler de dressage de la société pour accepter le mépris, la corruption et la mauvaise gouvernance, en bref, faire accepter au citoyen l’instauration d’un Etat de non-droit en créant consciemment, ou inconsciemment, un climat favorable au conditionnement de la société, au lieu d’œuvrer pour son adhésion. L’Algérien est sorti de la colonisabilité pour s’engouffrer dans une condition de soumission.

Un bilan sombre et des perspectives néfastes

Aujourd’hui, l’Algérie n’est plus citée parmi les pays qui avancent, mais parmi ceux les plus en déphasage avec l’histoire. Moins d’une année après l’élection présidentielle contestée, un classement mondial vient rappeler que la démocratie est encore inexistante en Algérie. Preuve en est, le rapport élaboré par The Economist Intelligence Unit sur l’index de la démocratie dans le monde dans lequel notre pays occupe la 133e place sur un total de 167 pays. Le rapport de The Economist Intelligence Unit a été élaboré sur la base de critères bien spécifiques tels que le pluralisme, le libre vote et le droit des citoyens à ester en justice des responsables du gouvernement ou des membres de la police. Le rapport a divisé les pays en quatre listes : les nations qui vivent en parfaite démocratie sont au nombre de 30 ; ceux qui vivent en démocratie imparfaite, de 50 ; ceux qui vivent en régime hybride de 36 et ceux qui vivent en régime autoritaire sont au nombre de 36.

Les rédacteurs de ce document ont mis l’Algérie dans la catégorie dédiée aux « régimes autoritaires ». Ce classement de l’Algérie vient, en effet, confirmer les récents rapports élaborés par des organisations internationales. Même le très diplomatique document, rendu public il y a quelques mois, de l’Union européenne a pointé du doigt les incuries en justice, liberté d’expression, lutte contre la corruption et le droit à la création d’associations (partis politiques, ONG, syndicats et associations).

Politiquement, notre pays est cité au classement des 10 dictateurs encore en activité les mieux élus au monde. Ils sont vieux. Ils sont au pouvoir depuis des dizaines d’années et peuvent tous se targuer d’avoir été plébiscités à la tête de leurs pays respec-tifs :

- 1er - Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Guinée-Equatoriale : 97,1 %.
- 2e - Noursoultan Nazarbaïev, Kazakhstan : 91%,
- 3e - Abdelaziz Bouteflika, Algérie : 90,24% ,
- 4e - Zine el-Abidine Ben Ali, Tunisie : 89,62%,
- 5e - Gurbanguly Berdimuhamedow, Turkménistan : 89,23%,
- 6e - Hosni Moubarak, Egypte : 88,6%,
- 7e - Islom Karimov, Ouzbékistan : 88,1%,
- 8e - Omar Hassan El-Béchir, Soudan : 86,5%,
- 9e - Robert Mugabe, Zimbabwe : 85,5%,
- 10e - Alexandre Loukachenko, Biélorussie : 82,6%.

La gouvernance autoritaire a réussi à transformer ces très beaux pays riches en pays misérables, corrompus et fuis par leur jeunesse... Il y a peu de temps, Bouteflika pouvait compter sur la magie de son verbe et de son dynamisme. Il parlait et tout s’arrangeait. Aujourd’hui, l’âge, la maladie, les scandales et l’usure du pouvoir ont anéanti le mystère Bouteflika, il ne parvient plus à retourner une opinion résiduelle auparavant acquise.

En termes de liberté, on trouve l’Algérie à la 141e place et au 100e rang (sur 179) au classement de l’ONU sur le développement humain (éducation, santé, niveau de vie...). Publié chaque année depuis 1995, l’IPC permet de mettre en évidence la prévalence de la corruption à l’échelle nationale, ainsi que ses conséquences néfastes sur l’économie et le moral du citoyen, l’Algérie chute de 3,2 à 2,8 sur 10 et de la 92e place en 2008 à la 111e en 2009. Tous les analystes du risque corruption et les experts du climat des affaires considèrent qu’un score inférieur à 3 sur 10 signifie un haut niveau de corruption au sein des institutions de l’Etat !

Malgré tous ces avertissements, la descente aux enfers continue. Ainsi, et au regard de ce classement et de la note attribuée par l’IPC, il ressort clairement que la corruption en Algérie n’est plus seulement un frein pour le développement économique, mais un danger qui guette la sécurité de l’Etat algérien. Selon Héritage Fondation, le classement publié en collaboration avec le journal financier de référence mondiale, le Wall Street Journal, l’Algérie a été classée 137e sur 157 pays recensés pour l’indice des libertés économiques, la valorisation du savoir et la bonne gouvernance. L’Algérie semble collectionner les mauvais points en matière de performances économiques, politiques et sociales. Après un classement peu reluisant sur les libertés et le développement humain, le climat des affaires est pire encore. Il est à noter que World Economic Forum’s Global Competitiveness Report a établi un rapport basé sur les opinions de cadres de banques et a attribué une note comprise entre 1 et 7 aux banques du monde entier. Le système bancaire algérien se retrouve ainsi à la 134e place, avec une note de 3,9, au-dessous de la Libye (4,0), le Lesotho (4,1), la République de Kirghizie avec(4,1) et le Timor Oriental (4,2).

Il est reproché aux banques algériennes leur système archaïque et leur service à la clientèle très en retard par rapport aux autres pays. Malgré une bonne réputation de leurs cadres et de leurs compétences techniques, la gestion des comptes et des crédits est remise en cause. En dépit de l’amélioration des indices macroéconomiques et des revenus de l’Algérie, on enregistre toutefois un déséquilibre dans la répartition des richesses. Selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de la Banque mondiale, le taux de personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté, qui gagnent moins de deux dollars par jour, est estimé à plus de 20% de l’ensemble des habitants, représentant plus de 6,5 millions d’Algériens, laissant à notre ministre de la Solidarité le libre choix de croire à une république platonicienne qui n’existe qu’à travers ses fantasmes de l’inénarrable Mousseilima le menteur.

Le niveau social d’une grande catégorie d’Algériens n’a pas vraiment changé suite au partage inéquitable de la fortune et des revenus de l’Algérie. Selon les institutions internationales, 2,8% des revenus de l’Algérie sont répartis sur 10% des classes les plus démunies de l’Algérie, alors que 20% des catégories les plus riches bénéficient de 42,6% de la fortune et des revenus. La Banque mondiale classe notre pays à la 125e place sur un ensemble de 178 pays étudiés sur le plan du climat des affaires. Il faut dire que la convergence de ces dernières cotations n’est nullement le fait du hasard ; une infernale relation dialectique se situe entre les deux phénomènes : climat des affaires lourd et malsain, empêtré dans une légendaire bureaucratie, d’une part, et corruption à grande échelle ayant gangrené le corps de la société et miné les principaux rouages de l’administration, d’autre part.

Ces classements et statistiques viennent conforter les cris d’alarme lancés par l’ensemble de la classe politique depuis plus de 10 années de pouvoir sans partage et de régression démocratique vertigineuse. La perte d’espoir et de repères d’une jeunesse qui ne croit plus aux promesses démesurées, s’est exprimée par l’émeute, puis par le terrorisme pour finir dans le suicide collectif à travers le phénomène des harraga. C’est triste de voir tous les cadavres de ces jeunes Algériens échoués sur les côtes européennes comme de vulgaires épaves. Mais ce qui est ridicule et par-là même absurde, c’est que le pouvoir en place n’a rien trouvé de mieux, pour venir en aide à ces jeunes harraga une fois arrêtés, que l’emprisonnement pour le délit de tenter de fuir le pays.

A croire que notre pays devient invivable. Avec plus de cent milliards de dollars de réserves de change, le pays peine à décoller malgré les trois plans de relance. L’économie nationale demeure prisonnière de son caractère rentier qui ne profite jamais à la majorité des citoyens mais bel et bien aux courtisans les plus dévoués de ce pouvoir. Tous les programmes de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1999, bien que dotés de moyens astronomiques, n’ont pas daigné donner les résultats escomptés, mais on continue à faire croire au Président que le chômage est à 10%, le terrorisme est éradiqué, la crise du logement est derrière nous, les réformes engagées sont parfaites, l’autosuffisance alimentaire est garantie, notre diplomatie est exemplaire, bref tout va bien comme le montre tous les jours notre unique télévision qui demeure fidèle au modèle soviétique.

Qui va juger tous ces responsables qui ont échoué et qui continuent à se convaincre qu’ils ont réussi ? Le peuple ? ... Mais par quel moyen ? Puisqu’on interdit le débat, on falsifie les résultats des élections et on ferme le champ politique et médiatique pour toute autre opinion, allant jusqu’à accuser toute opposition de trahison et d’être à la solde de forces étrangères. Le sous-développement n’est pas une fatalité mais, bel et bien une démonstration de mauvaise gouvernance, liée aux manques de liberté, de démocratie et de justice.

Les racines de la corruption et du mal algérien

Il est un fait que l’Algérie est devenue de plus en plus ingouvernable, que les affaires du pays sont gérées avec une mentalité tribale et que les ministres deviennent ainsi une affaire de famille. L’indiscipline et le non-respect des lois et des politiques, le refus des critiques, le mépris de l’opposition qui semble se perpétuer, les scandales répétés et les polémiques persistantes, ne peuvent faire avancer un gouvernement en panne perpétuelle, à cause de la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, une pratique du pouvoir qui ne peut que freiner le développement du pays. Pour relancer l’économie et diversifier nos ressources énergétiques, le Président a fait son choix en imposant deux ministres à tous les gouvernements qui se sont succédé, et qu’on appelle communément les hommes du Président, à savoir Chakib Khelil et Temmar, ils ont fait carrière dans la finance internationale et tout le monde croyait au miracle, mais la déception est plus que visible.

Pour Chakib Khelil, ministre de l’Energie, tout le monde garde en mémoire sa conquête désespérée et son acharnement à réviser la loi sur les hydrocarbures sous couvert de plus d’efficacité et de libéralisation pour plaire aux Américains et sa volonté malsaine en définitive de privatiser Sonatrach. L’histoire de Sonatrach est intimement liée à celle de notre pays, elle est considérée par les experts comme les bijoux de famille qu’on ne peut vendre qu’en cas de crise alors que le prix du pétrole en 2005, l’année de la révision de cette loi, a atteint des prix astronomiques, heureusement que la maladie du Président et les résistances de patriotes au sein du pouvoir et en dehors ont coupé l’élan de cette opération antipatriotique. Hocine Malti disait à ce propos : « Mais celui qui suggère, qui propose toutes les décisions, c’est bien Chakib Khelil qui n’est qu’un pion dans le dispositif des Etats-Unis. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : de mon point de vue, ce ministre est un agent des Américains placé au cœur du pouvoir algérien. C’est comme s’il avait été envoyé en mission, en Algérie, pour faire un travail et le conduire à son terme. »

Ceci n’a pas manqué de permettre aux Américains sous Dick Cheney de devenir les plus grands bénéficiaires pendant les 10 ans de gestion du pétrole algérien, au détriment de nos relations avec l’Europe et du bon sens de la diversification de nos clients. Chakib Khelil importe dans ses bagages sa fameuse clause d’« urgence » et la généralise avec beaucoup de succès dans tous les appels d’offres, et pour mettre en œuvre cette clause qui ressemble à une procédure de corruption légale, notre ministre libéral a occupé pendant plusieurs mois le poste de ministre de l’Energie et celui de directeur général de Sonatrach. Aucun ministre depuis l’indépendance n’a exercé ce cumul malgré la rareté des cadres des années soixante-dix. Après mûre réflexion, Khelil avait choisi lui-même son PDG, contesté aujourd’hui et mis sous contrôle judiciaire, alors que ses deux enfants et plusieurs cadres de Sonatrach sont sous mandat de dépôt dans le cadre d’un autre scandale qui éclabousse encore un département ministériel, sans aucune réaction du président de la République, ni de l’institution parlementaire reléguée au rang d’une administration et de chambre d’enregistrement et de faire valoir de sales besognes.

La décennie a vu le lancement de travaux d’infrastructures, opportunément pharaoniques, en particulier pour Sonatrach, Sonelgaz, les télécoms et le BTP, la clause d’urgence devient une pratique quotidienne, constituant ainsi la colonne vertébrale d’une corruption à grande échelle et l’ossature du pillage du pays pendant plus de 10 années. Quand on interroge le ministre Chakib Khelil sur l’abus extrême constaté dans l’utilisation de cette clause, appliquée en permanence, il ne trouve rien à dire d’autre que « le ministère de la Défense l’utilise tous les jours ! » (A suivre)

H. B. : Ancien parlementaire


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