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Le mirage de l’après-pétrole

Par : Mustapha Hammouche

L’argument principal justifiant la révision de la loi sur les hydrocarbures est que la consommation nationale de carburants et d’électricité serait en augmentation et que cette augmentation irait en s’accélérant dans les quinze prochaines années.
Pour une fois que nos dirigeants voient loin, c’est pour hâter l’inventaire des réserves en hydrocarbures et encourager les multinationales à intensifier l’exploitation du sous-sol national. Pour que nous puissions consommer de plus en plus d’énergie fossile.
Le plan d’action du gouvernement de campagne a donc oublié d’aborder la question des conditions d’une politique pour l’après-pétrole ! Il est vrai que l’horizon 2014, trop proche, n’est pas propice à ce genre d’interrogations. Ne serait-ce que pour rester dans la tradition du verbe magique, le gouvernement aurait pu se demander ce qu’il pourrait faire pour réduire cette croissance de consommation de ressources énergétiques au lieu de l’accompagner  d’un surplus de pompage des réserves souterraines. Ainsi, par exemple, et puisque l’État est principal maître d’ouvrage d’importants programmes de logements, pourquoi ne pas envisager les matériaux, les équipements de bâtiments et les architectures économes d’énergie ? Où sont passés les effets institutionnels du discours sur l’investissement dans les énergies renouvelables ?
Au lieu de cela, le ministre de l’Énergie nous dit : “La réflexion sur le long terme (!) nous amène à prioriser nos actions : intensifier l’exploration pour augmenter les réserves des hydrocarbures, investir dans le raffinage et la production d’électricité de façon à sécuriser les approvisionnements énergétiques.” Le long terme, c’est donc toujours plus de pétrole ! Ne serait-ce pas plutôt “l’après-pétrole”, le solaire et d’autres voies innovantes ?
C’est un fait inédit que la courbe de croissance des besoins nationaux en essence, gasoil, gaz et électricité soit anticipée. S’il en fut toujours ainsi, le pouvoir aurait su prendre ses disposition en matière d’industrie de raffinage et de production d’électricité, il n’aurait pas été  contraint à des importations massives de carburants et de nous regarder subir, dans l’impuissance, des “black-out” de plusieurs jours pour certaines agglomérations. En dehors de savoir prolonger son pouvoir, notre régime ne sait pas trop prévoir ; il réagit à la crise. Même pour la pomme de terre, c’est le marché de détail qui actionne la décision de commande à l’importation !
L’inconvénient de la navigation à vue, de la gestion à la petite semaine, c’est que l’argent n’est pas perçu comme un capital mais comme une trésorerie, “bach iqabel”, “de quoi réagir”, comme l’exprime le langage populaire. Par précaution, il faut donc répertorier tout ce qui peut se vendre, tout ce qui est réalisable, comme disent les financiers, pour pouvoir dépenser à tout moment. Y compris le gaz de schiste qui fait peur même aux puissances nucléaires.
Pour racler les fonds du sous-sol, s’il faut attirer plus d’opérateurs, plus de technologies, il faut aussi des encouragements financiers.
Les sociétés intervenantes doivent gagner plus pour travailler plus. La loi sur les hydrocarbures a été revue dans ce sens.
Nous sommes bien dans un cas de gestion par la dépense. Une dépense qui croît. Bien plus vite que notre consommation. Contrairement à la logique de développement durable, l’Algérie, au lieu de s’en rapprocher, fait des efforts pour s’éloigner de l’après-pétrole.

 


M. H.
musthammouche@yahoo.fr

 

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