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L’admirable défi tunisien

 

 

Par : Mustapha Hammouche

La Tunisie vient d’adopter une nouvelle Constitution, quelques jours après le troisième anniversaire de la chute de la dictature Ben Ali.
Elle consacre la république, la démocratie, la parité homme-femme et la liberté de conscience. Ce n’est pas encore le triomphe du principe de laïcité mais, pour un pays inscrit dans la sphère dite de culture arabo-musulmane, ce n’est pas rien. C’est même l’unique Constitution dans le monde dit arabe à inscrire le droit à la liberté de conviction.
Avec ce texte, la Tunisie a pris une longueur d’avance historique sur les États de l’espace “arabe”. Bien sûr, une fois gravés dans le texte fondamental, la préservation de ces acquis démocratiques subsistera comme l’enjeu politique à venir de la Tunisie. Car c’est évidemment par intelligence tactique que les islamistes tunisiens, en général, et Ennahda, en particulier, ont souffert la consignation de la liberté de croyance et l’égalité des sexes dans le texte fondateur de la nouvelle République de Tunisie.
Ce document ne vaut pas par son seul contenu. Il vaut aussi par le fait qu’il est le produit d’un débat entre les forces politiques et civiles du pays. Il est à la fois l’aboutissement d’un rapport de force et celui d’un consensus national. En cela, aussi, il constitue un évènement inédit dans le monde dit arabe. En Algérie, par exemple, où le pouvoir se prévaut d’une Constitution multipartite, et donc démocratique, nous n’avons pas connu de texte fondateur issu d’une délibération nationale depuis la plate-forme de la Soummam. Il est, d’ailleurs, significatif que le principal animateur de ce premier rendez-vous national ait été assassiné par les opposants d’une Algérie démocratique et que les héritiers de ces derniers continuent, plus d’un demi-siècle après le Congrès de la Soummam, à cultiver une conception sectaire du pouvoir. Et pour justifier l’arbitraire qui préside à la conception et au fonctionnement institutionnels, le personnel de notre régime autoritaire explique au peuple ingénu que “la révision de la Constitution relève de la prérogative du président de la République” ! Il paraît qu’on lui aurait même accommodé des variantes de “révisions”, pour qu’il puisse, quand il le souhaite, et s’il le souhaite, disposer de “la réforme” qui l’agrée.
C’est, justement, ce processus de restauration autoritaire, venu contrecarrer, chez nous, les acquis démocratiques d’après-1988 qui prévient de la précarité des conquêtes démocratiques dans notre sphère culturelle. Entamée au lendemain de l’abolition du parti unique, et hâtée depuis 1999, la remise en cause a vidé de son sens la notion même de parti pour personnaliser l’idée même de pouvoir.
Par la méthode et par le résultat, les députés de l’ANC de Tunisie viennent, en quelques semaines de chicanes, d’altercations et de compromis, de fonder, dans un contexte arabo-musulman globalement intolérant vis-à-vis des libertés individuelles, une exception tunisienne. L’ampleur du progrès donne cependant la mesure de sa précarité. Le plus dur reste donc à faire : soumettre le projet démocratique à l’épreuve de la pratique et l’imposer à une sphère culturelle hostile à la démocratie.
Avec un remarquable réalisme, le président Marzouki semble avoir déjà pris la mesure du défi : “Le chemin est encore long”, a-t-il noté.
Et d’ajouter : “Il reste un grand travail à faire pour que les valeurs de notre Constitution fassent partie de notre culture.”

 

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