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  • Ni Bouteflika, ni DRS : il faut tout changer !

    Ni Bouteflika, ni DRS : il faut tout changer !

    Alors que le pays dérive dangereusement, il n'est même plus possible de lister les mouvements de protestations à travers le territoire national, le régime algérien continue de s'enfoncer dans une fuite en avant presque irréelle.

    Face aux manifestants qui envahissent les rues, aux citoyens qui bloquent les routes et occupent les institutions, le pouvoir, n'a plus d'autre solution que de céder sur tout et à tous. A peine un mouvement de revendication s'organise t-il et se montre t-il sur la place publique, que le régime accède immédiatement aux revendications.

    Cette démarche, a eu pour effet, de multiplier les revendications. Se rendant compte de la faiblesse du régime, les citoyens, partout à travers le territoire national, les corporations, les catégories sociales, les chômeurs, les étudiants, les corps d'Etat, affichent leurs revendications et exigent leur satisfaction immédiate. Apeuré, le régime se contente de signer des chèques, jour après jour, en puisant dans les caisses de l'Etat, de manière totalement chaotique et irréfléchie. Il le fait, le plus souvent, dans la précipitation, sans même ouvrir de négociations. Cette situation est, de toute évidence, intenable.

    Face à cette situation hautement préjudiciable pour l'Algérie, de nombreuses voix tentent de proposer des scénarios et des plans pour sortir le pays de ce blocage et entamer une démocratisation réelle. Certains, notamment l'ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, appuyé par le FFS de Hocine Ait Ahmed, préconisent une « solution négociée » avec le régime en n’exigeant pas, comme cela s'est fait en Tunisie et en Egypte le départ du chef de l'Etat, symbole du régime.

    Il est vrai, comme l'a indiqué Mehri, que le départ de Bouteflika ne règlera pas tout. Si ceux qui l'ont choisi et imposé au peuple, préservent ce « pouvoir », il leur sera facile d'en ramener un autre, plus obéissant et éventuellement de le « sacrifier » à nouveau, s'il lui prenait l'envie de s'émanciper. C'est ce « pouvoir », qui appartient au peuple, qu'il faut récupérer.

    S'il n'est pas la totalité du régime, Bouteflika en est l'incarnation publique. De plus, c'est lui qui a verrouillé la vie politique dans le pays. C'est sous son règne que les médias, qui avaient gagné en indépendance après octobre 1988, y compris les médias publics, ont été en quasi-totalité repris en main. C'est également sous son règne, ceci restera dans l'histoire, que la corruption a atteint un niveau jamais vu dans notre pays. Enfin, c'est Bouteflika qui a trituré la constitution pour, s'offrir la possibilité d'une présidence à vie, ramenant l'Algérie ( qui était le seul pays de la région à limiter les mandats présidentiels à deux) au même niveau que toutes les autres dictatures arabe. Cela lui a permis, au passage, d'élargir ses attributions, jusqu'à devenir l'unique détenteur des pouvoirs exécutifs, sans avoir à rendre de compte à personne. Pour toutes ces raisons et bien d'autres qu'on ne peut énumérer ici, Bouteflika doit partir.

    Ceci dit, Bouteflika n'a pas fait, tout cela, tout seul. Il s'est appuyé sur ce que « El Watan » a judicieusement qualifié d « armature » du régime, c'est à dire, la police politique, plus connue sous l'appellation DRS. Il faut d'abord savoir que le DRS ( département de la sécurité et du renseignement) exécute des missions diverses. C'est l'un des services de renseignements les plus centralisés au monde, d’où sa puissance. Aux cotés de missions légales, que tout Etat est en droit d'avoir, pour assurer la sécurité du pays, comme l'espionnage, le contre-espionnage et la sécurité militaire, le DRS exécute aussi, des « missions » de police politique, non pas cette fois-ci, pour protéger le pays mais pour contrôler la société, et au bout du compte, protéger le pouvoir de la colère de la population.

    Que les services de renseignements écoutent ou surveillent des personnes suspectées de porter atteinte à la sécurité du pays, d’intelligence avec une puissance étrangère ou encore dans des affaires de terrorisme, relève de l'une de leurs missions classiques. Encore faudrait-il, que cela se fasse sous le contrôle du pouvoir exécutif, et sous le contrôle, à postériori du parlement, élu par le peuple. Mais que ces services surveillent, écoutent et infiltrent, par exemple, des militants politiques ou des militants des droits de l'homme, des journalistes et des syndicalistes ou tout autre citoyen algérien en raison de sa participation à la vie publique dans son propre pays, relève d'une pratique illégitime et de toute façon anticonstitutionnelle. Dans son article 36, la constitution indique clairement que « la liberté de conscience et la liberté d'opinion sont inviolables ». L'article 41, reconnaît, tout aussi clairement, que « les libertés d'expression, d'association et de réunion sont garanties au citoyen ». Les articles 42 et 43 garantissent respectivement «  le droit de créer des partis politiques » et « le droit de créer des associations ». L'article 33 enfin, va même plus loin et stipule nettement que les citoyens ont le droit de défendre de manière «  individuelle ou associative » leurs libertés individuelles ou collectives ».

    C'est donc, en recourant à l'illégalité que le régime, dans ses composantes militaires et civiles, se  maintient et étouffe la société.

    C'est dans le pur style de manipulations occultes, que des rumeurs, savamment distillées dans certains médias, annoncent des discussions au sommet de l'Etat au cours de « réunions secrètes ». Autrement dit, les mêmes qui sont au pouvoir, qui ont lamentablement échoué à tous les niveaux, seraient en train de concocter des plans et des scénarios pour l'avenir.

    Comment négocier avec un régime dont le fonctionnement intrinsèque consiste en permanence à empêcher les citoyens d’exercer leurs droits. Comment négocier avec les dirigeants d'un régime, une issue démocratique, alors qu'ils considèrent le concept « de démocratie et de liberté » comme une menace. La seule négociation éventuelle à avoir, pour que les choses se passent pacifiquement, concernerait les modalités de départ de ce régime.

    Dès lors, il faut dire clairement les choses, même le vocabulaire doit changer. Le peuple algérien a le droit et le devoir de renverser ce régime illégitime qui s'impose à lui, dilapide ses richesses et  maltraite son peuple.

    Yahia Bounouar

  • Le monde retourne au règne animal

    C’est pratiquement tous les pays occidentaux qui se sont lancés à l’assaut de la Libye. Ils méritent d’être tous mentionnés. En tête du convoi, il y a la France suivie de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Se sont joints à eux, le Canada, l’Italie, le Danemark, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, la Grèce. Comme si leurs moyens propres ne leur suffisaient pas, ils y ont ajouté ceux qu’ils ont en commun dans l’Otan. Ah! on allait oublier, il y a aussi le Qatar qui n’est pas une puissance militaire mais juste ce pays arabe qu’il fallait pour ne pas laisser dire que c’est une expédition des croisés. Vous les avez comptés? Ils sont 11 pays plus l’Otan qui se liguent contre un petit pays d’Afrique du Nord. 11 pays qui se disent «civilisés», qui agitent l’étendard des droits de l’homme, de la justice, enfin quoi toutes les vertus du monde. Toutes ces puissances militaires déversent leur feu par air et par mer sur les Libyens en «rassurant» qu’ils effectuent des frappes qu’ils appellent «ciblées». Voulant faire croire qu’ils parviennent ainsi à épargner la population. D’autant qu’ils s’évertuent à justifier leur intervention pour sauver la population libyenne des bombardements de l’armée libyenne. Mais à qui feront-ils croire que les bombes qu’ils larguent du ciel sur des zones habitées ne détruisent que les sites militaires qui s’y trouvent? Que leurs bombardements sont plus «propres» que ceux des autres? Les peuples de la région sont peut-être en voie de développement mais pas des tarés au point de croire à de telles débilités. Le déferlement d’une telle puissance de feu, complètement disproportionnée aux forces de «l’ennemi» ne peut avoir que d’autres objectifs. La Libye est un important pays producteur de pétrole. L’Irak aussi. On sait comment ce pays a subi, et subit encore, la furie des armées occidentales coalisées. Du même «goût» que ce qui est en train de se passer en Libye. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, ne s’y est pas trompé en déclarant que les frappes des 11 pays «civilisés» n’ont pour but que le pétrole libyen. Ce qui n’est pas pour nous rassurer, nous Algériens qui avons beaucoup de pétrole et de gaz. Une richesse dont la valeur est plus que jamais à son apogée avec la remise en cause de l’énergie nucléaire suite à la catastrophe des centrales japonaises. C’est ce qui explique, entre autres, la furie des coalisés. Entre autres, car il y a d’autres raisons géostratégiques également importantes. Cette agression de l’Occident contre un pays arabe, maghrébin et musulman aura l’avantage de remettre beaucoup de choses à leur place. Comme le discours tenu au Caire, en 2009, par Obama à l’adresse du monde musulman, qui prend du plomb dans l’aile. Ou encore ce deux poids, deux mesures qui rythme la vie de ces pays dits avancés. Ces pays qui font semblant de ne rien voir des bombardements israéliens contre la population de Ghaza qui ont lieu au même moment que leurs bombardements contre la population libyenne. Ainsi va le monde. Le plus fort élimine le plus faible. C’est le propre du règne animal. A cette différence que la force n’a rien à voir avec les muscles. Les pays qui se croient les plus forts sont en réalité les plus vulnérables. Cela se vérifiera lorsqu’ils auront fini de servir de chevaux de troie. C’est-à-dire lorsqu’il sera trop tard pour eux! 11 pays des plus puissants contre un seul petit pays. Incroyable mais vrai!

    Zouhir MEBARKI


  • PRÈS AVOIR CAUTIONNÉ LE PRÉVISIBLE DÉVELOPPEMENT MILITAIRE Les réserves hypocrites de Amr Moussa

    Deux vieux briscards de la politique en perte de vitesse qui cherchent à se refaire une virginité sur le dos du peuple libyen

    Amr Moussa a peu apprécié les bombardements de la coalition internationale sur la Libye, estimant qu’ils s’écartent «du but qui est d’imposer une zone d’exclusion aérienne». A quoi s’attendait-il?

    Les frappes contre la Libye présentées par l’Occident comme nécessaires pour «protéger» la population libyenne, excessives par la Ligue arabe qui, après coup, semble s’apercevoir qu’il y avait erreur sur la «marchandise». En fait, sous couvert de venir au secours de la Libye et de son peuple qui plient sous le joug du «fou» de Tripoli, les uns (Sarkozy, pour la camp occidental) et les autres (Amr Moussa, dans le camp arabe) poursuivent en fait des objectifs très terre à terre de politique interne.
    Ainsi, le président Sarkozy dont l’aura est en berne - il serait dans tous les cas de figure, selon des sondages des médias français, battu et risque même de ne pas atteindre le second tour - avait besoin de donner un «coup de fouet» à son personnage pour reprendre son destin en main.
    Dans un tout autre chapitre, mais pour les mêmes raisons électoralistes, Amr Moussa, qui s’est placé en réserve de la république et ambitionne de briguer le poste laissé vacant par Hosni Moubarak, tente de se donner une dimension politique, en campagne avant l’heure, faisant déclaration sur déclaration. Aussi, l’on est quelque peu surpris par les critiques que Amr Moussa a émises hier suite aux frappes contre des cibles militaires du régime d’El Gueddafi.
    Le secrétaire général de la Ligue arabe a ainsi estimé hier que «ce qui s’est passé en Libye diffère du but qui est d’imposer une zone d’exclusion aérienne, et ce que nous voulons c’est la protection des civils et pas le bombardement d’autres civils». Et Amr Moussa d’ajouter: «Nous avons dès le début demandé qu’une zone d’exclusion aérienne soit instaurée pour protéger les civils libyens et pour prévenir tous développements ou mesures supplémentaires».
    Comment? M.Moussa qui sait que l’on ne fait pas d’omelettes sans casser les oeufs devait tout aussi uniment savoir que l’on n’instaure pas une zone d’exclusion (ou «no fly zone») sans réduire au silence les unités de défense de «l’ennemi», El Gueddafi en l’occurrence.
    Si Amr Moussa qui a blanchi sous le harnais ne sait pas ça, on se demande ce qu’il fait à la tête de la Ligue arabe, d’autant plus que sa présence au sommet diligenté à Paris par le président français, Nicolas Sarkozy, outre d’engager les pays arabes dans l’action en cours contre la Libye, engage de même l’Algérie laquelle lors de la réunion la semaine dernière des chefs de la diplomatie arabes au Caire, a fait part de ses réserves quant à la mise en place d’une zone d’exclusion avec tout ce que cela pouvait impliquer. Mais le fait est là: Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a, outre sa caution, appelé instamment à l’instauration d’une zone d’exclusion en Libye, tentant par un activisme débordant de faire oublier sa collaboration et sa compromission avec le régime honni de Hosni Moubarak.
    Le secrétaire général de la Ligue arabe fait également savoir qu’il est «en ce moment en consultation pour une réunion (de la Ligue des Etats arabes) destinée à suivre tous les évènements arabes».
    Pour M.Sarkozy, c’est plus simple: il lui fallait remonter le courant du fleuve qui l’emportait vers le néant.
    Dès lors, les événements survenus en Libye, étaient du «pain bénit», et lui donnaient l’opportunité de sortir sa tête de l’eau. Il était tout faraud, samedi, devant les caméras de télévision bombant le torse et annonçant l’imminence de frappes contre des cibles en Libye.
    Or, son véritable objectif, au-delà de mettre à la raison le psychopathe de Tripoli, était d’abord, celui de reconquérir une stature politique perdue.
    Si, parallèlement à cette reconquête, faire coup double en déboussolant El Gueddafi, tout en réhabilitant une diplomatie française bien malade, c’est bien sûr tout bénéfice pour ses propres projets politiques à l’horizon 2012. Cqfd. Aussi, la Libye sert d’alibi à deux vieux routiers de la politique en perte de vitesse qui cherchent à se refaire une virginité sur le dos du peuple martyr de Libye.

    Othmane SIDDIK

  • Fonds Monétaire International (FMI) : Monnaie, Servitude et Liberté …

    Monnaie_servitude_libert_La Répression monétaire de l'Afrique

    Eminent économiste africain du Cameroun, Tchundjang Pouémi décédé le 27 décembre 1984 avait mené une réflexion pénétrante et innovante sur la répression monétaire en Afrique, hissant le débat sur les cimes des questions théoriques fondamentales, autant que sur celles plus appliquées de domination, cernant avec à-propos la vassalisation tendancielle de l’Afrique par un FMI fabricant industrieux de misère. Son désormais classique

    Monnaie, Servitude et Liberté [Editions MENAIBUC, 2ème édition, 2000] est un passage obligé dans la compréhension des asservissements par la monnaie, une critique du terrorisme monétariste obtus du FMI.

    Instant Misery Fund, cette inscription, en 1979 figure sur une pancarte exhibée par des manifestants qui protestent devant le siège du FMI contre un crédit accordé au gouvernement du Général Somoza président du Nicaragua. De là Tchundjang Pouémi tire cette expression tellement appropriée au rôle macabre du FMI dans le monde pauvre, le Fonds de Misère Instantanée dont les interventions monopolistiques s’éternisent et se multiplient, laissant derrière elles une misère à chaque fois démultipliée. En fait il y a un rapport direct entre les stratégies d’intervention du FMI, son unique et standard modèle passe-partout pour être exact, et la génération d’une gamme complexe de situations de pauvreté pour le plus grand nombre.

    Cependant le FMI représente d’abord une violence symbolique et une anomalie démocratique par ses effets de domination, de vassalisation exercés sur des gouvernements, des systèmes de légitimation à l’évidence pas toujours parfaits, mais pour d’aucuns plus ou moins représentatifs de collectivités indirectement humiliées …avant le désastre de l’après plan. L’inquisition menée avec morgue, arrogance et sur une allure martiale par le quartet ou le quintet d’experts du siège qui daignent se déplacer annuellement pour inspecter les comptes des Etats, en impose aux gouvernements, rabaissant l’autorité des pays, les insérant dans des codes de notations internes scolaires et infantilisants, terrorisant des titulaires de mandats administratifs et électoraux.

    Une asymétrie de cette nature, se justifiant de l’argutie selon laquelle le FMI intervient à la demande des Etats -qui n’ont pas toujours le choix, contraints par les partenaires bilatéraux occidentaux- est malséante et inappropriée. De plus, le catalogue de mesures édictées par l’institution de Bretton woods implique de facto une remise des clés de la nation, de sa souveraineté économique aux firmes étrangères, occidentales, ce qui est à la fois inadmissible et très probablement anti-constitutionnel. Le président de la république étant souvent constitutionnellement garant du bien-être économique collectif…Etrange que les constitutionnalistes africains se soient laissés caporaliser sur un terrain qui leur offrait du grain à moudre et des batailles populaires à mener…

     

    C’est bien entendu par son monétarisme étroit et incohérent que le FMI fabrique la pauvreté à la chaîne et de façon systématique. Précisons que son approche économique, dominée par les phénomènes monétaires et la nécessité de lutter contre l’inflation en priorité, en tant que les prix sont des signaux guidant les calculs des agents, conséquence de quoi la masse monétaire en circulation -crédits- devrait être limitée et très contrôlée, cette approche conduirait logiquement à bannir les systèmes de changes fixes -administrés et non issus du marché-, comme les francs CFA ou la zone euro par exemple. Le FMI s’en accommode pourtant, à l’opposé de la lettre monétariste. Bricolage…

    Tout déséquilibre économique en appelle à une réponse FMiste unique, du Brésil en Afrique du Sud en passant par l’Inde, le Laos ou le Cap vert. Réduire la masse monétaire en rationnant le crédit, dévaluer les monnaies pour faire redémarrer les exportations, réduire les dépenses publiques, privatiser l’économie, libéraliser tous les secteurs, favoriser la préhension des secteurs lucratifs par les firmes occidentales…

     

    Les prescriptions du FMI sont malheureusement à l’inverse des priorités évidentes de pays en développement frappés par la pauvreté de masse, des niveaux d’éducation et de santé publique très insuffisants. Car elles impliquent, décryptées, la réduction de la masse salariale le plus souvent par des licenciements de la fonction publique, la limitation des subventions aux secteurs agricoles, le primat de l’inflation sur la création de richesse, proposition délirante en contexte de sous-activité et de sous-emploi. Il vaudra toujours mieux d’avoir davantage d’inflation et des revenus viables plutôt que pas d’inflation et pas de revenus. De plus le préjugé sur la perte de compétitivité internationale liée à l’inflation est valable pour les exportateurs de produits manufacturés, pas dans les filières des matières premières où les prix locaux n’ont aucune incidence sur les cours mondiaux…Trivial.

    Le FMI pêche bien encore par ses analyses autant que par ses préférences prétendument anti-inflationnistes. Selon sa science de bureau, une dévaluation stimule les exportations. Cela paraît vrai, mais peut s’avérer entièrement faux. Si d’ailleurs il suffisait de dévaluer pour résoudre les problèmes de balances commerciales cela se saurait. Le rapport dévaluation-exportations ne fonctionne pas à l’identique dans toutes les économies, lorsque les cours sont mondiaux le paysan batanga d’Afrique centrale ou l’agriculteur colombien subissent le prix et leur inflation locale n’affecte pas leurs performances à l’export. Le franc CFA dévalué ou réévalué n’a aucune incidence sur la demande mondiale de pétrole exprimée en dollars ou sur la demande de cacao exprimée en livres sterling.

    A la hausse ou à la baisse, les monnaies africaines ne changeront rien aux marchés des produits de base qui dépendront toujours dans leur dynamique, de la demande occidentale, c’est à dire des besoins de la croissance de ces pays occidentaux. Hors ces considérations, les dévaluations africaines amenuisent les niveaux de vie locaux, accentuent la pauvreté de ceux qui ne peuvent répercuter le renchérissement du coût de la vie et des prix des biens importés sans incidence durable sur le solde extérieur.

    Quant au déficit public qu’il faudrait naturellement contenir, tous les déficits ne se valent pas : il vaudrait mieux accepter un éventuel déficit sur les secteurs de capital humain, formateur des facteurs de production, de main d’œuvre qualifiée plutôt que d’empêcher la construction de routes, écoles ou hôpitaux…

    Enfin l’analyse fondamentalement fausse du bricolage monétariste FMiste consiste à considérer que toute inflation provient d’un excès de circulation de la masse monétaire dans l’économie. S’il est vrai que l’inflation est au moins en partie un phénomène monétaire, il ne s’agit pas de prendre l’effet -hausse des prix- pour la cause -monnaie. En effet l’inflation peut résulter d’une mauvaise allocation de la masse monétaire, notamment par les financements irrationnels à l’instar des crédits politiques.

    La croissance de la masse monétaire en circulation génère de l’inflation si fondamentalement l’économie est en plein-emploi, c’est à dire si des crédits supplémentaires ne peuvent augmenter le niveau de production arrivé à son maximum. Or faire une telle hypothèse implicite dans les économies africaines ressemblerait à une pathologie doctrinaire proche de l’autisme de anti-inflation.

    Incapable ni de redresser les économies du Tiers-monde, ni de les conduire à une quelconque prospérité, il serait tant que le FMI abdique de ses missions africaines, que les Africains gèrent eux-mêmes leurs relations monétaires dans le cadre de structures collectives ou individuelles responsables et avisées.

     

    © ZE Belinga

  • POUR EXIGER PLUS DE CONSIDÉRATION Les victimes du terrorisme manifestent devant le siège de l’APN



    Hier, les victimes du terrorisme étaient bien plus nombreuses que les deux fois passées. Rassemblés par dizaines en face de l’hôtel Safir (ex-Aletti), mitoyen au siège de l’Assemblée populaire nationale (APN), les manifestants ont décrié, y compris les organisations qui les représentent, se disant déterminés à aller jusqu’au bout de leur revendication : avoir un «statut».
    Lyas Hallas - Alger (Le Soir) - «Nous manifesterons, dimanche prochain, devant la présidence de la République, et si Bouteflika ne nous recevra pas, nous irons à l’ambassade des Etats-Unis demander justice à Obama», s’agite une dame, la quarantaine, ayant perdu son mari durant la folie meurtrière des années 1990. Or, c’était plutôt l’amertume qui les a poussées à investir la rue. Dommages collatéraux de la décennie noire, mères et veuves de militaires morts en service commandé, handicapés de l’armée ou autres patriotes, ils s’accordent sur un principe : «Nous voulons un statut qui nous réhabilite et nous garantisse nos droits légitimes.» Signe des temps, ces victimes du terrorisme ont manifesté deux dimanches de suite sans que personne n’en parle. «Nous n’étions pas assez nombreux et les journalistes nous avaient pris pour les familles des disparus. Ainsi, nos manifestations sont passées inaperçues», tente d’expliquer la veuve d’un confrère de l’Hebdo libéré, lâchement assassiné par les terroristes. Bref, les manifestants ont brandi des pancartes portant des slogans comme «Achevez le projet de la réconciliation nationale par une loi spécifique aux victimes civiles du terrorisme», ou encore, «Donnez-nous nos droits»… Mais surtout, ils se sont démarqués des organisations qui les représentent. «On en a marre de ces organisations, leurs dirigeants se sont enrichis sur notre dos et nous ont réduits à des mendiants réclamant du pain. A vrai dire, ils ont troqué la cause contre des bourses d’études à l’étranger pour leurs enfants. Cette fois-ci, nous ne laisseront personne récupérer notre mouvement», assène, dépressive, la mère de deux policiers, morts également en service commandé. D’anciens militaires, des invalides de l’armée et des patriotes, venus de partout, de Bouira, Relizane… ont pris part à ce rassemblement. Ces derniers n’arrivent pas à concevoir que des repentis continuent à les narguer. «Mon voisin, repenti de son état ayant bénéficié d’indemnités conséquentes, m’intimide justement avec ses «qu’est-ce que t’as gagné de tes années sous les drapeaux ?». «Y a-t-il plus frustrant que ça pour moi, qui ne dispose même pas d’une pension ?», s’interroge un ancien militaire. Les policiers mobilisés pour encadrer le rassemblement n’ont, en tout cas, pas trouvé de difficultés pour s’acquitter de leur tâche. Le rassemblement était pacifique et les manifestants n’ont pas fait de bruit.
    L. H.