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marzouki

  • Tunis 2012: Piètre discours de Bouteflika

     

     

     

    Bouteflika à son arrivée à Tunis Bouteflika à son arrivée à Tunis

    Tunis 2008: Bouteflika s'est dit fier de Ben Ali, "grand bâtisseur d'un État moderne". Tunis 2012: Le survivant des Révolutions arabes salue la fierté du peuple tunisien dans l'accomplissement de sa Révolution. Une fierté à double-veste...



    Piètre allocution que celle de Bouteflika à Tunis, en cet An I de la Révolution du Jasmin. Se sachant invité compromis, dictateur survivant  de ses congénères déchus. Ben Ali a fui son pays dans l’attente de son extradition; Moubarek condmané par la la justice de son pays après avoir annoncé son départ sous la liesse de la Place Tahrir; Kadhafi  tué dans sa déroute, lui qui avait menacé son peuple de pires châtiments. A Tunis, il donnait l’image d’un revenant d’un autre âge, se brouillant d’époque, allant tantôt à celle d’un Roi sans divertissement, sans cour, ne représentant ni son peuple, encore moins les Révolutions arabes, tantôt à celle d’une nouvelle race de révolutionnaires, inconnue de lui et pour laquelle il a joué le rôle d’un revenant, suscitant plus de la pitié que de l’admiration.

    La retransmission des discours qui se sont succédé à Tunis sur, entre autres canaux, la chaîne privée Hannibal qui a failli être fermée au lendemain de la fuite de Ben Ali, le montrait assis, séparé de Moncef Merzouki, le Président par intérim et Moustapha Abdeldjalil, éloigné du Président du CNT libyen, regardant dans le vague, applaudissant presque en catimini les orateurs représentant leur révolution respective avec entrain et le verbe haut.

    Son discours, bref et insipide pour une aussi importante cérémonie a laissé planer ses anciennes et récentes amitiés et soutines de dernières minuets avec Ben Ali et les autres: Il a été l’ami de Ben Ali jusqu’au bout, jusqu’à désespérer de le voir tenir bon aux émeutes de Sidi Bouzid ; il a tenu aussi le glaive du dictateur libyen aux temps fastes où ce dernier régnait sur la ligue arabe et l’a assuré de son soutien inébranlable alors même que, retranché dans son bunker de Dar El Aâzizia, il menaçait son peuple de génocide. Il n'a pu que faire de l'Algérie un refuge doré à sa famille pour "raison humanitaire". Il n’avait pu faire de même pour la révolution du peuple pharaonique. Que dira-t-il alors dans son discours ?

    Décalé comme sa présence honteuse en ces lieux et temps de la chute de ses amis aux mulitples mandats, magnat de la corruption, son discours était aussi d’une autre ère qui, à l’époque de Ben Ali, ne faisait que "saluer", "s’incliner devant", "s’émerveiller de", "consolider", "consacrer", des autoglorifications mutuelles dont ils étaient les seuls à se délecter. Point de toute cette phraséologie triomphaliste, creuse et insipide.

    D’abord, à aucun moment, Bouteflika ne  s‘est impliqué dans le contenu de son discours ; ce qui eût paru incongru et pour le moins étonnant pour l’assistance et Moncef Merzouki, le maître des céans. Bouteflika a marqué une distance calculée, tactique ou stratégique dans ses références à la Révolution tunisienne, usant de la deuxième personne du pluriel et jamais d’un "nous" implicatif; usant rarement d'un "nous" greffé à la victoire du peuple tunisien : "Votre révolution" , "Votre peuple saura édifier" , "Votre contribution à…" : "En Algérie, nous sommes optimistes quant à la victoire du peuple tunisien, lui souhaitant la réalisation des ses aspirations à l’édification d’un avenir prospère. [...] La Tunisie recèle de grands atouts et d’énormes potentialités à même d’amorcer une nouvelle étape de son histoire ».

    Ensuite, cette distance dans le propos face une révolution si proche et si ressemblante dans ses causes a été sans doute relevée par Moncef Merzouki qui le fixait de son regard d’aigle, se tenant fermement le menton. Jusqu’au moment où le Président par intérim s’est quelque peu relâché lorsque Bouteflika, vers la fin de son allocution, a lâché le mot "Algérie" pour être sitôt fondu dans "Le grand Maghreb arabe", se faisant le chantre d’une union disparue, mise en ruines par la révolution du Jasmin "L’union du grand Maghreb Arabe" , une construction virtuelle, un concept vieillot, faisant partie des ressassements de l’ère dictatoriale d’un Maghreb des prisons, de la corruption et de la négation de l’Etat de droit. De cette image fort choquante pour l’An I de la révolution tunisienne qui s’inscrit dans un autre Maghreb hors de sa "grandeur"  despotique et aux antipodes de son "arabité" idéologique et démagogique, de cet épouvantail de "Grand Maghreb arabe" si cher à Kadhafi, aucun orateur n’y a fait référence, parlant et insistant plutôt sur les nouvelles expériences de leur pays respectif. Ce "Grand Maghreb arabe" s’est invité dans le discours de Bouteflika comme le ferait un naturaliste, spécialiste de l’évolution des espèces, qui parlerait, d’une nouvelle ère des dinosaures.

    Le dernier de l’espèce n’a pas manqué d’être ainsi de son ère. Aucune énergie, aucun élan, bafouant sur quelques mots dans un discours aussi court et sans doute appris par cœur. Toute honte bue, le survivant au déluge, s’est même cru un instant, être, en 2008, époque récente, où, après un amendement de la Constitution et briguant un troisième mandat, il s’était rendu à Tunis, fêter son " imposture"  avec son "homologue"  ( en ce temps-là, ce terme était diplomatique) Ben Ali, d’autant que son voyage, le signe de "la solidarité tuniso-algérienne" s'inscrivait sous l'aura de la commémoration du cinquantenaire de la tragédie coloniale de Sakiet Sidi Youcef village martyr bombardé par l’armée française le 8 février 1958. S’adressant en termes dithyrambiques, cette année-là, à Ben Ali, Bouteflika n’a pas tari en qualificatifs élogieux, dont il fut si avare dans son petit discours de 2012 : "Les Tunisiens sont en droit d’être fiers de ces réalisations et acquis accomplis sous la direction éclairée du président Zine El-Abidine Ben Ali qui a fait de la Tunisie un Etat moderne, avancé, ouvert, attaché à son authenticité et à ses valeurs nationales, fidèle à ses nobles principes, enraciné dans son environnement maghrébin, arabe, islamique et africain et conciliant parfaitement authenticité et ouverture."

    Comment, en l’espace d’à peine trois années, cette supposée "fierté du peuple tunisien" à l’égard de Ben Ali qualifié de bâtisseur d’un Etat moderne, peut-elle, en si peu de temps, être appliquée à la Révolution du Jasmin par Bouteflika dont la même fierté a manqué en cet An I

    RM

  • Marzouki, un président demi-pensionnaire

     

    Par : Mustapha Hammouche

    Moubarak l’avait fait avant lui, la leçon de l’arrêt du processus électoral qui tourne à la guerre civile. Aujourd’hui, l’Égypte est confrontée à la question de savoir s’il faut laisser les islamistes sévir à partir des institutions ou prendre le risque de les voir sévir dans la clandestinité. L’Algérie servait, chez Moubarak, en la circonstance, pour justifier le refus de légaliser les partis islamistes ; elle sert, aujourd’hui, chez Moncef Marzouki, à présenter la prise de pouvoir par les islamistes en Tunisie comme sans risque pour la démocratie. “Si les Algériens avaient accepté les résultats du vote, le pays n’aurait pas sombré dans la violence et les bains de sang”, proclame-t-il.
    Depuis, il a beau multiplier les gestes de dénégations, la contrainte diplomatique ne peut pas rattraper, a posteriori, l’irrépressible expression de la pensée profonde.
    Marzouki avait déjà donné ce genre de gages de fieffé défenseur de l’islamisme en s’adressant, dans un impromptu “message aux Français”, sollicité par le site Mediapart, à “certains politiciens français” pour les appeler à “ne pas trop utiliser la carte de l’islamophobie”. Dans la Constitution provisoire de la Tunisie, la politique extérieure constitue l’un des rares secteurs où le président peut encore intervenir “en concertation avec le Premier ministre” ; ce qui lui donne l’opportunité de se poser en sentinelle de l’ennemi extérieur du régime du gouvernement Ennahda.
    Les deux ennemis pour l’instant identifiés sont “certains politiciens français” et “l’exemple algérien” d’arrêt du processus électoral.
    On comprend maintenant pourquoi Moncef Marzouki s’est retrouvé sans concurrent pour la fonction de président de la République de la Constituante. Ce n’est pas la première fois que dans les pays dits arabes, l’intégrisme trouve ses meilleurs alliés dans une certaine gauche, celle qui n’a d’espoir de goûter aux saveurs du pouvoir que comme faire-valoir de forces à idéologie antirépublicaine.
    Marzouki sait qu’il ne pouvait régner que le temps de cette “fenêtre” politique que durera l’Assemblée constituante. Et les islamistes ne pouvaient pas trouver mieux qu’un président primesautier, au verbe délivré, trop heureux de se répandre sur le siège présidentiel pour ménager ses gestes de convenance envers le pouvoir réel, le parti Ennahda.
    Qu’il s’efforce de diffuser des gages de respect de la souveraineté de l’Algérie n’ôte rien au fait qu’il soit en train de dilapider ce providentiel mandat d’une année à s’investir dans la défense de quelque affinité démocratique d’une idéologie qui, au-delà des arrangements de conjoncture, reste de nature totalitaire au lieu de le consacrer à baliser, autant qu’il le peut, le domaine républicain de Tunisie. Le président Bouteflika avait, à l’époque, exprimé son avis que l’annulation de la victoire des islamistes algériens était une “violence” et l’on comprend que la déclaration du président tunisien ne heurte point la position de fond du régime actuellement en place en Algérie.
    Au demeurant, la question est importante parce que c’est moins l’Algérie que la Tunisie qui pâtirait de cet empressement pro-islamiste de Marzouki. Il ferait mieux de s’employer à sauver ce qui peut l’être du péril islamiste destructeur que de se regarder présider.

     


    M. H.
    musthammouche@yahoo.fr