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  • «Casses-toi, pauv’con.»

    La dernière sortie de Guéant

    Le ministre français de l’Intérieur n’en finit pas de lancer des attaques frontales contre les immigrés, sa cible unique. Sa dernière sortie est tout simplement surréaliste :
    «Ceux qui viennent chez nous doivent adopter l’art de vivre français : la civilité, la politesse, la gentillesse des uns envers les autres.» Guéant a juste oublié d’ajouter que ces immigrés – affreux, sales et méchants — ne devraient pas imiter dans leur art de vivre français, celui qui, du haut de son perchoir présidentiel, avait vociféré : «Casses-toi, pauv’con.»

  • le GIA =drs =toufik= france neo OAS


    Le GIA y a perpétré en 1997 un horrible massacre collectif
    Bentalha, 11 ans après

    Par : SALIM KOUDIL, Liberté, 23 septembre 2008

    Pour la première fois depuis 1997, la date du massacre du 23 septembre, qu’avait subi la localité de Bentalha, coïncide avec le mois sacré du Ramadhan.

    Onze ans déjà et rien n’a changé depuis. Ou presque. Il suffit de relire les comptes-rendus de la presse, algérienne ou étrangère, réalisés les jours d’après le massacre pour se retrouver dans ce Bentalha-là. Une localité qui, de l’avis même de ses habitants, est en “arrêt sur image” depuis la macabre soirée.
    La plupart des survivants du massacre ont quitté les lieux. Les onze ans qui se sont écoulés semblent insuffisants pour livrer tout ce qui s’était passé durant cette nuit d’horreur avec 500 personnes tuées et autant de blessés. Un bilan qui avait suscité des polémiques encore inachevées qui donneront lieu au fameux “qui tue qui ?”. C’est Bentalha qui avait fait sortir de l’anonymat un certain Yous Nesroulah, auteur de Qui a tué à Bentalha ? Et c’est encore Bentalha qui avait permis au photographe algérien Hocine Zaourar de remporter le prix du World Press avec sa célèbre madone. Onze ans après, Bentalha croule toujours sous la poussière et le béton.
    À 23h sur les lieux du massacre

    Onze ans après la sanglante nuit, nous nous retrouvons ainsi sur les lieux mêmes du crime à vingt-trois heures. C’est l’heure à laquelle, en cette nuit du 23 septembre 1997, le carnage avait commencé. H. M. a 32 ans et il habite à Sidi-Moussa, à quelques encablures des lieux. C’est un jeune cadre dans une entreprise nationale. Son frère a été assassiné. “Par les terroristes islamistes”, a-t-il souvent tenu à préciser tout au long de la soirée. Dès qu’il a eu vent qu’on avait l’intention de faire une “chose” en vue de la 11e année du massacre de Bentalha, il s’est immédiatement enthousiasmé en insistant à se déplacer avec nous. “J’ai des amis là-bas et je connais assez bien l’endroit.” Il nous proposa même d’aller voir une de ses connaissances qui était sur place lors la fameuse soirée du 23 au 24 septembre 1997. La rue principale de Bentalha, longue de plus d’un kilomètre, est toujours en très mauvais état et entre deux gros trous évités en surfant avec sa voiture, H. M. se retournait vers nous avec un sourire nerveux : “Finalement, ce n’est pas la peine d’éviter ces trous, il faut tout simplement choisir le moins profond.” Ayant oublié où habitait sa connaissance et n’arrivant pas à l’avoir au téléphone, H. M. suppose que son ami “a sûrement changé son numéro de téléphone, il en a l’habitude”. Il demande à un jeune adossé à un mur l’adresse de la personne qu’on cherchait. Après nous avoir bien dévisagés, il indiqua la maison du doigt, sans nous quitter des yeux. Elle se trouve à la fin de Haï Djilali, l’un des deux quartiers (l’autre c’est Haï Boudoumi) qui ont subi le massacre de 1997. Devant la porte, H. M. sort de la voiture et commence à appeler : “Rabah ! Rabah !” Quelques instants après, un jeune d’une vingtaine d’années sort de la maison, l’air surpris. H. M. discute avec lui et revient. “C’est le frère de Rabah. Il dit qu’il est absent, mais il m’a donné son nouveau numéro.” Il l’appelle et ils se donnent rendez-vous une demi-heure après à l’entrée de Bentalha. “On va l’attendre dans la cafétéria”, propose H. M.
    À la cafétéria, l’ambiance était bien morose. Deux clients seulement y étaient attablés. Arrive enfin Rabah. La trentaine, un gabarit impressionnant, il entre dans la cafétéria avec une autre personne. Il interpelle directement H. M. “J’espère qu’il n’y a rien de grave !” H. M. le tranquillise et après avoir demandé des cafés, il dit à Rabah : “C’est notre ami. Il est en train de préparer une thèse de doctorat sur le massacre qui s’était déroulé ici et veut que tu lui racontes le maximum.”
    Le témoin qui n’a “rien vu”

    Le visage de Rabah devient subitement rouge et la bonhomie qu’il avait affichée depuis le début disparaît subitement. “Makane hata mouchkil (pas de problèmes). Mais vous devez savoir que je n’ai pas vécu le massacre. On n’habitait pas encore ici. Ce n’est que quelque années après qu’on a acheté ici et donc, je n’ai rien vu.” H. M. semblait désabusé : “Mais tu m’as toujours dis que tu as vécu le drame !” Rabah lui coupa la parole : “Je t’ai dit que je n’y étais pas et donc je ne peux rien dire sur ce qui s’est passé cette nuit-là !” H. M. essaya alors de calmer Rabah qui devenait de plus en plus nerveux. “Mais wache bik ? Hada ni houkouma ni DRS. Si tu ne veux rien raconter, pas de problème.” L’atmosphère devenue lourde, H. M. change de sujet et commence à parler de football à un Rabah qui ne semble pas du tout intéressé par le sujet. Plusieurs minutes après, il interrompt H. M. : “Chouf kho, dit-il en me regardant dans les yeux, tu dois savoir que c’est très difficile de trouver ici des gens qui vont te parler de ce qui s’est passé. Soit ils ne veulent plus s’en rappeler, soit ils ont toujours peur des conséquences. D’ailleurs la plupart ont quitté Bentalha depuis longtemps.” Excité et nerveux, il était évident qu’il voulait quitter la table par n’importe quel moyen. “Avant de vous laisser, je vais vous dire une chose”, lâcha-t-il. “Il y a ici quelqu’un qui est devenu carrément fou depuis cette nuit-là. Ses sept filles et ses trois garçons ont été égorgés. Il a reçu en contrepartie un capital décès, mais la vie ne veut rien dire pour lui. Il est mort lui aussi cette nuit-là, même s’il est encore debout actuellement.” Il nous salue et sort presque en courant pour rejoindre sa voiture et démarrer en trombe en direction de la sortie de Bentalha.
    “Je sais qui a tué mon frère”

    Après un silence de quelques instants, H. M. lâche : “Je m’excuse vraiment. J’étais sûr qu’il allait nous donner le maximum d’informations surtout que tout le monde savait qu’il était là cette nuit-là.” Et d’ajouter après une gorgée de café : “J’avais pourtant pris soin de ne pas lui dire qu’il s’agissait de la presse. Je ne comprends pas pourquoi il a eu autant peur que ça.”
    On quitte Bentalha, H. M. campe le rôle d’un guide de la région. Il nous emmène vers Ouled Allel. “Voilà l’un des plus grands gâchis de la période du terrorisme. C’était un paradis avant la période du terrorisme et tous ceux qui habitaient la Mitidja savaient qu’il y avait tout ici. Le terrorisme l’a transformé et depuis c’est devenu un véritable enfer ici. Personne n’ose plus s’en approcher.” À la fin de cette soirée ramadhanesque, il nous montre sa maison qui se trouve au centre de Sidi-Moussa. “C’est à quelques dizaines de mètres d’ici qu’on a tué mon frère. Je venais d’avoir mon bac. Il avait 31 ans et il est mort dans mes bras. C’était quelqu’un qui aimait la vie et il avait beaucoup de projets.” Les larmes aux yeux, il continue : “Nous avons quitté la maison juste après son assassinat et nous ne sommes revenus que plusieurs années après. Ceux qui l’ont tué sont connus de tout le monde, que ce soit à Sidi-Moussa ou dans les alentours. Ce sont des terroristes notoires et sur lesquels je n’ai aucun doute.”
    Une rescapée se souvient

    Elle avait 24 ans au moment de la tragédie. Ce soir-là elle était chez elle à Bentalha, à Haï Boudoumi. Avec sa mère. “Plusieurs jours avant le massacre, ma mère était déjà dans tous ses états. Depuis exactement le 28 août d’avant, soit la nuit du massacre de Raïs. À la nuit tombée, elle était prise d’une angoisse inexplicable. Dans le quartier et tout au long de la semaine précédant l’attaque, des rumeurs persistantes sur la présence d’un groupe terroriste dans les alentours s’étaient répandues à Bentalha. D’ailleurs, la quasi-totalité des maisons étaient équipées de sirènes. On les déclenchait souvent lorsqu’il y avait une coupure d’électricité dans l’espoir d’alerter les militaires dont le cantonnement n’est pas loin. La nuit du 23 septembre, je l’avais déclenchée, comme tous les habitants, au moment de l’attaque. Et cela jusqu’à épuisement, mais hélas, personne n’est venu. J’habite actuellement à Alger-Centre en face d’une école primaire, et je fais tout mon possible pour sortir tôt de la maison pour éviter d’entendre la sirène dont le bruit me replonge dans cette nuit d’horreur. Aux environs de 23h, j’étais dans ma chambre à écouter Richard Clyderman et à jouer avec mon chat. Le raid terroriste avait commencé par une forte explosion qui avait provoqué une panique générale. On entendait, ma mère et moi, les cris des gens sortis de leurs maisons et courant dans tous les sens. J’ai su après que beaucoup de familles avaient pu fuir les deux quartiers, Haï Boudoumi et Haï Djilali, à bord des fourgons pour s’abriter dans un hammam qui se trouve à la sortie de Bentalha. Dans la partie du quartier où j’habitais, vivaient cinq autres familles. Trois avaient pu se sauver à bord des fourgons et les deux autres attendaient fatalement que leur “tour” vienne. On entendait des cris déchirants de tous les côtés, c’était épouvantable. Nos plus proches voisins ont été attaqués avant nous. Une fille de 17 ans avait été égorgée, sa sœur de 21 ans et sa mère ont été blessées. Elles ont pu échapper miraculeusement à la mort. Même chose pour leur père qui est encore vivant à ce jour alors qu’il avait reçu un coup de hache sur la tête. On criait de toutes nos forces lorsque l’on entendit des pas devant notre maison. On était monté au premier étage et on s’était mises à implorer Dieu et à crier “Allahou Akbar”. Du sang sortait de nos bouches. On a pris nos couvertures et on a allumé un feu avec avant de les jeter en bas dans l’espoir de les empêcher de monter jusqu’à nous. Ma mère m’avait pris dans ses bras et m’a crié dessus : “Ne les laisse pas te prendre.” J’avais cassé une vitre et avec un morceau j’avais décidé de me couper la gorge moi-même dès qu’ils parviendraient à nous. À aucun moment, je n’ai entendu les voix des terroristes, si ce n’est les jappements de chacals par lesquels ils communiquaient sans aucun doute. Cependant, à un certain moment, l’un d’eux avait blasphémé dès qu’il a vu notre chien et a lancé à ces acolytes : “Kayane kalb”… Il y a eu un long silence et dès qu’on a entendu adhan el-fedjr on avait compris qu’ils n’étaient plus là. Les survivants nous avaient alors demandé de descendre. On a eu un mal fou, tellement on avait peur. À la vue de la boue mélangée au sang, on avait alors pris la mesure de l’horreur vécue cette nuit. Ce qui s’est passé après et depuis est une autre histoire dont les aboutissants restent toujours flous pour moi.”

    S. K.
    Le policier qui voulait intervenir

    Par : Salim Koudil

    En plus des centaines de morts du massacre de 1997, un autre bilan semble avoir été occulté et passé sous silence. Il s’agit, comme nous l’ont rappelé plusieurs habitants de Bentalha, des femmes disparues. Il s’agit d’une dizaine de femmes qui ont été enlevées par les assaillants. L’une d’elles était une mère de deux enfants. Il y avait aussi trois sœurs kidnappées et à propos desquelles il n’y a eu aucune nouvelle depuis. On ne peut omettre le cas de Nouredine McGyver, l’enfant de Bab El-Oued, mort en service. Il s’agit du seul policier (de la BMPJ des Eucalyptus) tué lors du massacre et sur lequel beaucoup d’histoires ont été racontées. Parmi les habitants de Bentalha qu’on a rencontrés, beaucoup voulaient lui rendre hommage et se demandaient pourquoi il y a une véritable omerta sur son cas. Tous ceux qui nous ont parlé de lui ont relaté la même histoire : pendant le massacre, il a tenté d’entrer dans les deux quartiers. Pour y parvenir, il sautait de villa en villa à travers les terrasses, et c’est au moment où il avait décidé de sauter par terre qu’il aurait reçu une balle en pleine tête.

    S. K.

  • Bab El-Oued - Bentalha : l’impunité des grands nombres

               


    Par El-Kadi Ihsane,

    Les témoignages se multiplient et se précisent. Tous les signes avant-coureurs d’un péril majeur étaient en place sur les reliefs d’Alger-Ouest, samedi 10 Novembre au lever du jour. La crue qui a emporté plus de 800 personnes a duré 3 heures. Elle a été alimentée en automobiles jusqu’à la fin. L’accès à la mort n’a jamais été fermé par les services de sécurité. Il y a eu, une nouvelle fois, non-assistance à population en danger. La fois d’avant, c’était à Bentalha...

    L’Algérie détient quelques sinistres records des grands nombres. La crue la plus meurtrière en milieu urbain depuis le 10 novembre dernier, le massacre le plus sanglant en milieu semi-urbain, dans le contexte d’actes terroristes et non de guerre, depuis Bentalha en septembre 97, l’évasion la plus massive, dans un pays officiellement «non en situation de guerre», depuis la prison de Tazoult au printemps 94. Toutes ces «distinctions» sont contemporaines au même régime. Ce n’est pas un hasard. La responsabilité des autorités n’est jamais requise, lorsque la vie des Algériens est en danger. Surtout quand ils meurent en masse. C’est la règle de conduite. Canoniquement, depuis toujours. Plus cyniquement, depuis Octobre 88. Lorsque, brutalement l’échelle des pertes humaines a bondi vers de noirs sommets.

    Abdou B. avait bien, aux lendemains de la mort de centaines de jeunes Algériens, à un moment où la liberté de la presse était encore un combat militant, déploré qu’aucun ministre, aucun responsable n’ait eu suffisamment de sens de l’honneur pour songer à démissionner. Que faut-il écrire après la succession des hécatombes d’apocalypse de la dernière décennie ? Simplement, que les abattages homicidaires carburent à l’impunité. L’impunité des premiers alimente celles des suivants, la taille des pertes en vies humaines devenant une variable arithmétique à la marge.

    Pourquoi la hiérarchie de la gendarmerie, responsable directe de la mort de dizaines de jeunes en Kabylie, serait-elle plus inquiétée que celle de l’armée qui avait mâté la révolte d’Octobre 88 dans le sang ? Pourquoi les autorités politiques en place, durant «le printemps noir» songeraient-elles à démissionner, si personne avant elles ne l’a fait pour reconnaître une part de sa responsabilité ? Même le ministre de la Justice, en poste au moment du scandale sans normes de Tazoult en 1994, n’est parti qu’à la faveur d’un remaniement ministériel routinier, plusieurs mois après que les activistes islamistes évadés aient embrasé le Nord constantinois !

    L’impunité des responsables. Voilà donc, bien plus que les grosses indemnités, la villa en zone d’Etat et les autres avantages liés à la fonction, la clause non écrite qui tisse la première base sociale du régime. Une amnistie, a priori, qui couvre à l’avance, et pour toujours, tous les actes de gestion de ceux, en particulier, qui détiennent le pouvoir peu banal de prévenir ou d’empêcher la mort en grand nombre de leurs administrés. Ou d’en réduire l’amplitude.

    Dans les grands nombres, il y a une part d’infini qui échappe à la discrétion des hommes. Alors, pourquoi chercher des responsables ? Plus lourdes sont les grappes d’humains fauchés par la mort, plus l’événement porte en lui la marque du divin. Le signe de sa transcendante volonté... Le Président Bouteflika, n’a-t-il pas définitivement excommunié ceux qui auraient pu avoir la prétention de se dresser contre cette sentence «qui s’impose à nous tous» ? Bentalha n’était donc pas le dernier des grands nombres qui auraient pu être évité, si l’on veut concéder qu’à Had Chekala, un autre grand nombre, les massacres en zone isolée étaient eux imparables.

    Pourtant, du point de vue de «la non-assistance à population en danger», Bab El-Oued est en tout point une répétition de Bentalha. Et donc, cette similitude en tout point aurait dû conduire cette fois à l’assistance attendue de tous. Dans l’un comme dans l’autre cas, il y avait un danger imminent, mais les mesures de prévention n’ont pas été prises. A Bentalha, dans le lotissement martyr de Haï Djillali, des pères de familles ont passé des semaines à harceler le chef de la sécurité militaire à Baraki pour obtenir des armes. Et pourtant, le sang de Raïs et de Beni-Messous n’avait pas encore séché. La Mitidja avait peur, Alger faisait le guet.

    A Bab El-Oued, comme pour Alger, un bulletin d’alerte météo avait donné le ton et le temps pour prévenir. La nuit de vendredi à samedi, avec ces centaines d’évacuations d’urgence, avait écrit la première page du scénario de ce cataclysme. Sans conséquences. Dans l’un comme dans l’autre cas, il y avait suffisamment de temps pour une intervention de secours pendant la tragédie. Et rien ne s’est fait. A Bentalha, le massacre a duré cinq heures. A Bab El-Oued la crue a été mortelle durant ses 3 premières heures. A Bentalha, l’armée était en place aux abords du lotissement, trente minutes après le début de l’attaque terroriste. Il suffisait que l’ordre d’intervenir arrive. Il n’est jamais venu. A Bab El-Oued, il suffisait de diffuser d’urgence l’ordre de bloquer les accès au Frais Vallon par son amont, pour sauver de la mort sans doute une bonne moitié des victimes. Ce qui n’est pas rien...

    Les policiers en faction au Triolet auraient pu alerter leur réseau les premiers, avant que deux d’entre eux ne soient emportés par les eaux en furie. Peut-être même l’ont-ils fait dès les premiers signes menaçants, à 9 heures du matin ? Sans suites. D’El-Biar, de la route neuve de Bouzaréah, de Châteauneuf devant un commissariat de police, de Chevalley, des voitures par dizaines s’engageaient encore dans la descente vers Bab El-Oued, une heure et demie après que les premiers cadavres soient parvenus, charriés par les flots en contrebas. Ici, intervient une sinistre différence entre Bab El-Oued et Bentalha. Dans la nuit de ce 23 septembre 97, des barrages avaient été dressés devant les patriotes de Baraki et de Baba Ali qui voulaient courir au secours des suppliciés de Haï Djillali. Si l’armée n’avait pas encore reçu l’ordre d’intervenir, comment pouvait-elle laisser quelqu’un d’autre le faire ? Pas de barrages donc devant les automobilistes de «la seconde vague» du 10 Novembre dernier.

    Même les argumentaires, face à la non-assistance à population en danger, se ressemblent dans la bouche des militaires à Bab El-Oued comme à Bentalha. Le général Fodil Chérif, Commandant en chef de la 1ère Région Militaire, a affirmé, parlant sans doute en même temps au nom des autorités civiles, que les secours n’avaient pas pu se déployer à temps, en ce terrible samedi, à cause des immenses embouteillages pris sous le déluge. Le général Nezzar avait écrit, dans son premier livre, qu’à Bentalha, il était difficile d’intervenir de nuit, dans l’obscurité, dans des ruelles qui étaient minées par les terroristes. Bab El-Oued et Bentalha, c’est toujours la faute à la topographie des lieux.

    A Bab El-Oued comme à Bentalha, «la population en danger» s’est débrouillée seule. Dans «les rues minées» de Haï Djillali, un repenti devenu patriote avait tenu seul une position toute la nuit durant, avec son seul «klash» et ses deux chargeurs, et a pu sauver ainsi les dizaines de vies de tout un pâté de maisons. Les survivants sont tous des fruits de l’entraide entre voisins. Certains, prenant même le risque d’ouvrir la porte renforcée de leur maison à des familles pourchassées dans le noir, à quelques dizaines de mètres, par les assassins.

    Sur le parcours de la crue du samedi 10, des citoyens sont venus se poster partout où la terre ferme pouvait leur offrir un précaire abri, pour tendre une corde, une échelle, une planche et souvent même un téméraire bras aux naufragés du torrent. Seuls dans leurs grands nombres, démunis d’instruments, ils se sont battus des heures durant pour arracher aux eaux en furie des vies d’inconnus qui empruntaient la route en contrebas de leurs quartiers, ou qui attendaient perchés sur des récifs de fortune.

    A Bab El-Oued comme à Bentalha, «l’assistance officielle» a commencé lorsque tout péril de mort s’est trouvé écarté. Répétition en tout point. L’identité de l’assassin n’est pas la même, bien sûr. C’est sans doute ce qui permettra de mixer une nouvelle impunité. Une de plus. En Septembre 1997, les plus de 400 morts de Bentalha aux portes d’Alger avaient provoqué un esclandre dans le pouvoir. Le Président Zeroual, soutenu par le général Betchine, avait exigé une tête dans l’armée.

    La plus indiquée était celle du responsable militaire territorialement compétent, le Chef de la 1ère Région Militaire, le général Saïd Bey, un proche du Chef d’Etat-Major, le général Lamari. Ils ont pu arracher la promesse de son discret remplacement quelque temps plus tard. Jamais aucune enquête n’a révélé si le général Saïd Bey, territorialement compétent, avait donné ou pas l’ordre de porter secours aux habitants de Haï Djillali à Bentalha. Zeroual est parti, le général Saïd Bey, un honnête militaire par ailleurs, commande aujourd’hui la 5ème Région Militaire. Il n’y a officiellement aucun responsable de la non-assistance du peuple de Bentalha. Il n’y en aura officiellement sans doute aucun, pour la non-assistance du peuple de Bab El-Oued. Ainsi, le veut encore l’impunité des grands nombres.

  • CNCPPDH, dites-vous ?

     

    La commémoration de la Journée internationale des droits de l’homme, samedi dernier, a été, une fois de plus, pour la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH) et surtout pour son président, maître Farouk Ksentini, l’occasion d’une sortie médiatique pour rappeler à l’opinion l’existence de la structure qu’il préside. Car, tout au long de l’année, le profil bas, sinon la discrétion pour le moins adoptée par la CNCPPDH sur les cas de violation des droits de l’homme en Algérie, la confine dans l’oubli chez les citoyens, qui ont du mal à retenir ou à prononcer un sigle aussi rébarbatif. Etonnés qu’ils sont d’apprendre qu’il existe une commission pour la promotion et aussi la protection des droits de l’homme, présidée par un avocat toujours inscrit au barreau, curieux de savoir ce qu’elle pourrait avoir à l’actif de l’objet de sa création qui remonte à plusieurs années déjà.

    On retiendra malheureusement beaucoup plus les interventions de son président consacrées à la défense des «réalisations» du pouvoir, de la politique de Bouteflika ou encore prompt à louer les vertus de la réconciliation nationale que celles, conjoncturelles, faites le 10 décembre de chaque année où l’on s’attendait à entendre un réel état des lieux de la situation des droits de l’homme dans le pays et surtout l’énumération des actions en faveur de leur protection de la part de l’instance consultative. N’était-il pas, il y a plus d’un an, opposé à la levée de l’état d’urgence pour qu’une fois levé, il trouve à celui-ci des vertus cardinales et à son «initiateur», le président de la République, une clairvoyance insoupçonnée ?

    On s’attendait, le 10 décembre, pour le moins, à un cinglant réquisitoire de M. Ksentini contre les cas de torture ou de mauvais traitements dans les commissariats, par exemple, les abus d’autorité et les violations des libertés fondamentales du citoyen, d’expression, d’association de la part de l’administration de manière générale ou de l’Exécutif en particulier, comme on vient de le constater avec la batterie de lois soumises au pas de charge au Parlement. Bien au contraire, le reproche a été fait par Me Ksentini aux journalistes de «vouloir noircir le tableau» en s’attardant sur ces innombrables cas de violation des droits humains, comme l’arrestation et l’emprisonnement de citoyens de confession chrétienne soupçonnés à tort de prosélytisme parce qu’en possession d’un ou plusieurs exemplaires de la Bible ou de DVD consacrés à la foi chrétienne, ou ces malheureux «jeûneurs» surpris en «flagrant délit» ou dénoncés d’avoir rompu le jeûne avant le coucher du soleil. Pas un mot, par contre, sur le harcèlement judiciaire des journalistes, ces «empêcheurs de tourner en rond».

     La presse, en se faisant l’écho de pareilles violations par les services de sécurité et la justice, comme pour les «enlèvements» de citoyens en plein jour, de mise au secret en toute impunité, aurait, selon le président de la CNCPPDH, rendu un service considérable aux organisations internationales des droits de l’homme pour dénoncer de telles situations et pointer du doigt l’Etat algérien. En d’autres termes, il reproche à la presse indépendante son rôle qui, faut-il le rappeler, est normalement aussi celui de la commission qu’il préside, de «veille» et d’information en matière de respect des libertés, oubliant que celles-ci sont la raison même de l’existence de journaux indépendants et que ces derniers ne pourraient servir ni de faire-valoir ni «d’alibi démocratique» au pouvoir.

     

    Reda Bekkat
  • no moment

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  • Les «unes» des autres

    Livre. «L’Islam dans les médias» d’Édward W.Saïd

     

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    Comment la couverture médiatique de la presse occidentale et américaine en particulier a-t-elle représenté le monde musulman ? Quel sens prend le terme «Islam» sous la plume de certains journalistes, universitaires et «experts» en la matière ? Quelles sont les caractéristiques principales de la figure du musulman qui se dégagent des articles de journaux et des analyses sur l’Islam et le monde musulman ?

     

    Ces questionnements, au cœur de l’ouvrage d’Edward W. Saïd*, paru en 1997 et publié la première fois aux Editions Actes Sud qui viennent de le rééditer, interviennent dans un contexte bien particulier, celui des années 1970 et leur lot d’événements qui ont contribué à qualifier le monde musulman de «région stratégique et sensible» : la révolution iranienne de 1979, la réémergence du nationalisme radical dans les sociétés musulmanes...  En Occident, la pénurie de ressources énergétiques et la hausse des prix du pétrole dont deux événements majeurs qui ont engendré des perturbations dans de nombreux pays. Selon l’auteur, l’Islam et le monde musulman sont généralement couverts par les médias de manière caricaturale et stéréotypée.

    La grande majorité des journalistes pose sur cette religion un regard hostile, manichéen et réducteur, si bien que leurs discours sont «pétris d’approximations, d’ethnocentrisme, de haine culturelle, voire raciale, et d’une hostilité injustifiée», écrit E. W. Saïd. En effet, l’identification médiatique de l’Islam met en lumière l’existence d’un «savoir» qui véhicule une vision porteuse d’un «irrationalisme dangereux». De distorsions historiques et sociologiques. D’analyses très souvent erronées et dénuées d’objectivité et de généralités révélant un niveau de connaissances limité. Car la plupart de ces auteurs écrivent sur des sociétés dont ils ne connaissent ni les langues, ni l’histoire ni les réalités socio-économiques. A titre d’exemple, dans sa rubrique Week in Review, le New-York Times a publié un article intitulé «The red menace is gone. But here’s Islam» (La menace rouge n’est plus.

    Place à l’Islam, 21/01/1996) qui mettait l’accent sur la menace et le danger que cette religion représenterait pour les intérêts occidentaux. Dans un article publié dans The New Republic, journal d’opinion libérale, Martin Peretz assimile l’Arabe à un fou dont la folie est inhérente à sa culture. Il est représenté comme un être dénué de bon sens et de capacité à distinguer entre «le réel et l’imaginaire». La violence est le seul moyen par lequel il exprime ses douleurs, sa souffrance et ses frustrations. Dans son ouvrage, intitulé The Return of Islam (Gallimard, 1985), l’orientaliste britannique, Bernard Lewis, en se basant sur les problèmes d’ordre politique que connaît le monde arabe, imagine un scénario-catastrophe dans lequel il prévoit un retour à l’Islam du VIIe siècle.          
    L’objectif de ses affirmations dénigrantes à l’égard des pratiques culturelles propres aux sociétés musulmanes vise à persuader et à influencer l’opinion publique et à les alarmer du danger musulman et de la haine de cette religion et de ses adeptes envers l’Occident, en raison de l’appartenance de ce dernier au monde moderne. L’auteur met l’accent sur un préjugé, toujours d’actualité dans le monde occidental, en l’occurrence l’esprit arriéré et le caractère mauvais du musulman car il n’appartient pas à la culture occidentale. Et, selon E. W. Saïd, «le travail de B. Lewis se caractérise par des remarques dénigrantes, par un maniement frauduleux de l’étymologie qui lui permet d’élaborer de grandes théories culturelles sur une multitude de peuples». Ces positionnements, qui ont tendance à verser dans le sensationnalisme, sont également relayés par les partis politiques. Ainsi, pour la droite, cette religion incarne la barbarie. Pour la gauche, elle est représentative de la théocratie moyenâgeuse. Pour le centre, elle est assimilée à une «sorte d’exotisme déplacé».

    Par ailleurs, cette caractérisation simpliste, sinon cette caricature de l’Islam à des fins propagandistes est relayée par les gouvernements et les médias israéliens. En effet, ces derniers défendent l’idée selon laquelle Israël est «victime» de la violence des musulmans. Cependant, pour E. W. Saïd, cette thèse ne vise qu’à masquer la réalité des agissements d’Israël en Palestine et à l’égard des Palestiniens : annexions de Jérusalem-Est, du plateau du Golan, du Liban-Sud... Ces représentations déformées, méprisantes à l’égard de l’Islam et des musulmans, et véhiculées dans les médias, les discours des politiciens et les analyses d’experts, ont donné lieu à l’émergence de deux phénomènes. D’une part, l’expression d’un sentiment de nostalgie, hérité du temps de la colonisation, qui réactive des idées et des préjugés orientalistes.

    Et, d’autre part, la production d’un nouveau «savoir» sur l’Islam et les sociétés musulmanes dont l’un des points fondamentaux concerne notamment l’association systématique entre l’Islam et le fondamentalisme islamique. De ce fait, la figure du musulman émanant de ces visions revêt une dimension négative puisqu’elle apparaît principalement sous les traits d’un agresseur, d’un poseur de bombes, d’un être «violent, extrémiste, arriéré, barbare, primitif...». L’autre aspect, mis en lumière par E. W. Saïd dans cet ouvrage, concerne la tendance de ces auteurs à présenter le monde arabe comme une «entité monolithique (...), à l’identité fixe et immuable». Or, cette idée d’immuabilité n’est pas justifiée selon l’auteur.

    Car le monde musulman est constitué d’une multitude de sociétés qui se caractérisent par une variété et une diversité de traditions, de cultures, de langues, de références historiques et d’expériences sociologiques et autres. Bien que ces visions dénigrantes de l’Islam, qui le réduisent aux actions commises par les partisans d’un Islam radical soient dominantes, il existe néanmoins des analyses «rationnelles et documentées» produites par des chercheurs et des journalistes. Ces «visions alternatives» sont cependant minoritaires. A titre d’exemple, E. W. Saïd cite le politologue français, Olivier Roy, qui, dans son ouvrage L’Echec de l’Islam politique fait le constat de l’échec de l’Islam politique tout en mettant l’accent sur l’importance d’établir la distinction entre musulmans et islamistes.
    Dans son essai, Islam perceptions of US policy in the Near East (Perceptions islamistes de la politique américaine au Proche-Orient), Yvonne Yazbeck-Haddal répertorie cinq types d’islamismes. Elle utilise les termes «fondamentalistes» ou «radicaux» pour distinguer les islamistes des musulmans. De même, elle met en évidence les discours, les faits et les actes qui ont joué un rôle déterminant dans l’intensification des conflits entre le monde islamique et l’Occident.

    En guise de conclusion, il semble important de souligner que cet ouvrage politique n’est pas un «plaidoyer» de l’Islam. En effet, à travers L’Islam dans les médias, E. W. Saïd ne cherche pas à défendre cette religion, encore moins à la justifier. Son ambition principale est mettre en lumière l’usage subjectif et abusif de la notion d’Islam en Occident, en tant qu’ancien empire colonial. A la lumière de cette approche, il apparaît clairement que ces visions réductrices et déformées de cette religion issues des représentations orientalistes sont profondément ancrées dans l'imaginaire collectif occidental. De ce fait, les attentats du 11 novembre 2001 et bien d'autres événements n'ont fait que les activer et les mettre au goût du jour. Et, afin de déconstruire ces discours truffés de stéréotypes et produire un «véritable» savoir sur l'Islam, l'auteur propose une vision alternative préconisant le recours à des méthodes de recherche scientifiques élaborées.  

    Par ailleurs, l'une des critiques saïdiennes concerne également les sociétés musulmanes qui, généralement, se caractérisent par une absence de démocratie et de liberté et qui ont tendance à se servir de la religion pour justifier et légitimer leur régime dictatorial. Il est à noter que ce point particulier vient incontestablement faire écho à l'actualité dans les pays arabes. Et les événements politiques actuels, qui prennent la forme de mouvements de contestation et de révolte, soulignent la dimension anticipatrice, voire visionnaire, de l'auteur.
    L'Islam dans les médias s’inscrit dans une perspective humaniste. Car il tente de rétablir la vérité. Vise à éveiller les esprits. A prendre du recul avec les thèses dominantes en Occident relatives à l'Islam. Incite à la réflexion. A prendre de la distance avec le sens commun et les visions dominantes afin de se forger sa propre opinion. A transformer les mentalités et les consciences. Et à favoriser ainsi l’esprit critique et la liberté d’opinion et de jugement.
     

    *Edward W. Saïd, «L’Islam dans les médias». Traduit de l’anglais (américain) par Charlotte Woillez. Ed. Sindbad/Actes Sud, Paris, sept. 2011, 282 p.

     

    Nadia Agsous
  • Une délégation du Medef attendue lundi à Alger

     

     

    Les entreprises françaises continuent de se plaindre d’un climat défavorable en Algérie



     

     

    Une délégation de chefs d’entreprises français est attendue lundi 12 décembre à Alger. Au total, une soixantaine d’entreprises issues de plusieurs secteurs (banques, assurances, finance ; conseil et formation ; énergie ; transport terrestre, maritime et aérien ; nouvelles technologies ; ingénierie ; eau et environnement ; BTP et infrastructures ; industrie) seront du voyage. Mais dans cette délégation conduite par le Medef international ne figure aucun dirigeant d’un groupe français important. Aucun contrat ni projet d’investissement ne sera annoncé à l’occasion de la visite.

     

     

     Le but de ce voyage est surtout d’institutionnaliser les rencontres avec les ministres algériens », reconnaît une source française. Lors de son séjour à Alger, la délégation française va en effet rencontrer le ministre de l’Industrie et ceux des Finances et du Commerce. Les entreprises françaises continuent de se plaindre d’un climat des affaires qu’elles jugent défavorable en Algérie.  Selon des sources françaises, les projets français ne progressent pas au rythme souhaité. Jean‑Pierre Raffarin, en charge du dossier de coopération entre la France et l'Algérie, devait effectuer une visite à Alger durant ce mois de décembre. Mais elle a été reportée faute d’avancées concrètes dans les projets ou d’annonces à faire. Hormis le métro d’Alger, livré dans les délais annoncés au début de l’année, les autres dossiers patinent. « Nous avons même constaté un recul des Algériens sur certains dossiers économiques », explique notre source.

     

     

     

     

    Ainsi, quoique Mohamed Benmeradi multiplie les annonces sur le sujet, le dossier Renault ne progresse pas. Le ministre algérien avait annoncé le 10 novembre dernier un accord possible avec le constructeur français avant la fin de l’année en cours. Mais concrètement, les choses n’avancent pas, selon des sources françaises. L’implantation de Renault en Algérie telle qu’envisagée par le gouvernement algérien parait même désormais peu probable.

     

    Les autres dossiers n’ont pas connu d’avancées significatives depuis fin mai, date de la dernière visite de Jean‑Pierre Raffarin à Alger. Le projet Total reste bloqué et les récents changements intervenus à la tête de Sonatrach ne devraient guère contribuer à accélérer les négociations avec le groupe français. Le dossier Sanofi est toujours au même stade. Tout comme celui de l’armateur CMA CGM qui attend toujours des autorisations de la Douane algérienne pour le transfert de 100 millions de dollars représentant les frais de transport et les surestaries des containers déchargés dans les ports algériens. « Même le dossier Lafarge ne progresse plus », confie la même source. Un contexte global qui ne semble pas favorable à une relance des investissements français en Algérie.
  • Baisse des investissements économiques étrangers


    Le gouvernement persiste dans une mauvaise stratégie

    Samir Allam

    Le ministre des finances Karim Djoudi a beau chercher à rassurer en affirmant que la règle des 51/49 ne préoccupe plus les investisseurs étrangers, la réalité est cependant inquiétante. L’année 2011 s’achève sur un bilan médiocre en matière d’investissements étrangers. Les chiffres fournis récemment par l’Andi (Agence nationale de développement de l’investissement) sont trompeurs. En effet, ils comptabilisent les déclarations d’investissements non encore concrétisés – comme le projet Dounia Parc – et la conversion en capitaux des prêts consentis par les groupes étrangers à leurs filiales en Algérie.
     
    Mais dans les faits, l’Algérie a attiré très peu d’investissements étrangers en 2011. Une maigre moisson, tout comme celle de 2010. Le constat est là : depuis le virage rigoriste de la loi de finances complémentaire (LFC) 2010, les entreprises étrangères boudent le pays. Les groupes qui viennent prospecter chez nous sont à la recherche de contrats publics ou d’opportunités pour commercialiser leurs produits, mais ne passent pas par la case investissements. Seule l’armée a réussi à lancer des projets en partenariat avec des étrangers. D’ailleurs, Karim Djoudi et le responsable de l’Andi se gardent bien de publier le détail de ces investissements étrangers qu’ils évoquent pourtant à longueur de discours. Tout comme Mohamed Benmeradi, ministre de l’Industrie et de l’investissement, multiplie les déclarations sur le dossier Renault alors que le projet peine à voir le jour. Au contraire, le groupe n’a toujours pas signé ni même annoncé un seul contrat d’envergure.
     
    Le gouvernement a certes raison de chercher à mieux contrôler les investissements étrangers. Mais la politique choisie est mauvaise. Elle a eu un impact négatif aussi bien sur l’afflux d’investissements que sur l’emploi et le transfert de compétences. Le gouvernement persiste pourtant dans la même stratégie, au lieu de reconnaître ses erreurs et de tenter de les corriger.

  • Le phénomène inquiète la Commission nationale des droits de l’homme Près de 8 000 harragas interceptés en cinq ans



    Sonia Lyes

    Des centaines de jeunes harragas continuent de trouver la mort durant leur tentative de traversée de la Méditerranée. Selon le rapport 2010 de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH), dont TSA a obtenu une copie, le nombre de corps repêchés augmente d’année en année : 29 en 2005, 73 en 2006, 83 en 2007, 102 en 2008 et 117 en 2009. Selon ce document, la cellule de communication du commandement des forces navales indique que près des deux tiers des corps retrouvés n’ont pas pu être identifiés, du fait de leur « état de décomposition très avancée ». La plupart des corps qui ont pu être identifiés sont de nationalité algérienne. Le rapport évoque encore « plusieurs centaines » de personnes portées disparues au regard des dossiers déposés par les familles auprès des services de rétablissement des liens familiaux (RLF), dépendant du Croissant rouge algérien (CRA).
     
    Depuis 2005, 7 779 émigrants clandestins ont été interceptés par les services de la gendarmerie nationale. Parmi les 337 personnes interpellées en 2010 – dont 196 ont été écrouées –, on dénombre 5 femmes et 15 mineurs. La plupart de ces personnes sont des célibataires. 68,84 % d’entre elles ont un niveau d’instruction moyen.
     
    Le phénomène de l’émigration clandestine continue de toucher les wilayas de Tlemcen, Mostaganem, Aïn Temouchent, Oran, Annaba, Skikda et El Tarf, compte tenu des faibles distances qui les séparent des côtes européennes : 94 km entre Aïn Temouchent et Almeria (Espagne) et 130 km entre Annaba et Cap-Rosa (Italie). « Cette situation interpelle de façon urgente autant les pouvoirs publics, la société civile que les victimes elles-mêmes », écrit le rapport. La CNCPPDH juge « inconcevable qu’un problème social reçoive pour seule réponse une action répressive privative de liberté ». Elle appele les pouvoirs publics à décriminaliser l’acte de harga et préconise le remplacement de la peine de prison par une amende symbolique ainsi que la focalisation sur « la consolidation des droits sociaux des citoyens ».