INTER SYNDICALE DES PRATICIENS DE LA SANTE PUBLIQUE
S.N.P.S.P S.N.P.S.S.P
Une réunion de l'intersyndicale des praticiens de la santé publique s'est tenue à Alger le 05 avril 2010 pour évaluer le 1er rassemblement national organisé le 03 avril 2010 dans l'enceinte du CHU Mustapha Bacha à Alger.
Ce rassemblement qui a regroupé des praticiens venant de plusieurs wilayas du pays a revêtu une forte charge symbolique, en démontrant la foi des praticiens en la justesse de leurs revendications ainsi que leur détermination à continuer la lutte pour arracher leurs droits légitimes et à défendre le système de santé publique malgré l'arsenal répressif déployé par les pouvoirs publics, et qu'a cet égard, le gel de la grève n'a nullement valeur de renoncement. La symbolique de deuil imprimée à ce rassemblement (marche silencieuse et port de brassards noirs) est un autre fait marquant qui interpelle aussi bien les pouvoirs publics que l'opinion publique nationale sur les périls qui menacent notre système de santé du fait de la marginalisation de ses forces vives.
Dans la continuité de cette action, l'intersyndicale a décidé d'organiser un autre rassemblement national le 17 avril 2010 au CHU Mustapha à 11h00.
Par ailleurs des contacts sont entrepris avec d'autres syndicats autonomes qui se reconnaissent dans le combat pour les libertés syndicales et le droit de grève en vue de réfléchir a des formes d'actions communes.
L'intersyndicale s'est prononcée sur l'invitation faite par la tutelle pour la tenue de réunions de "concertation". Une démarche dialoguiste que propose le Ministre de la santé dans un climat de terreur et de provocation entretenu par les retraits sur salaire ainsi que d'autres formes de pressions exercées par l'administration sur les praticiens grévistes, un dialogue que la tutelle veut relancer sans le point relatif au statut particulier et dans le strict respect de la note de cadrage du 1er ministère relative aux régimes indemnitaires des fonctionnaire. De ce fait et en application de la résolution de boycott entérinée par les conseils nationaux respectivement du SNPSP et du SNPSSP, l’intersyndicale a décidé de ne pas répondre à cette invitation, refusant ainsi de servir de figurant dans un dialogue de pure forme aux projections décidées d'avance.
L'intersyndicale à également pris acte, à travers l’instruction n°001 du 31. 03. 2010, du revirement spectaculaire de la position du Ministre de la santé en matière d'exercice de l'activité complémentaire, situation qui démontre encore une fois son incapacité à développer une politique cohérente dans un secteur aussi sensible, un secteur en pleine réforme mais plus que jamais ……. sous influence.
Par cette disposition, c'est une brèche supplémentaire qui est ouverte, fragilisant davantage le secteur public de la santé et consacrant l'absence d'une volonté réelle d'aller vers la construction d'un système de santé publique fort au bénéfice de tous les citoyens.
L'intersyndicale réaffirme sa détermination à continuer sans relâche à porter les aspirations des médecins, des chirurgiens dentistes et des pharmaciens généralistes et spécialistes de santé publique pour un statut digne et valorisant en usant de tous les moyens légaux pour faire entendre leurs voix.
Le rassemblement du 17 avril 2010 étant la prochaine étape sur le chemin de la lutte ; Restons unis, solidaires, vigilants et mobilisés
P/ S.N.P.S.P P/ S.N.P.S.S.P
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la mosquee' de la discorde
image Yarham babakoum, y a t-il quelqu'un parmi les lecteurs du matin qui pourrait nous expliquer où se situent les frontières entre les croyances des pharaons d'Égypte d'il y a 3000 ans, ceux là même qui faisaient construire des pyramides pour que l'on y dépose leurs dépouilles et celles de leur famille afin que tout ce beau monde puisse accéder à la vie éternelle, croyant avoir décodé et pénétré les voies de Dieu à travers les étoiles, et ce projet de construction d'une mosquée gigantesque, avec un minaret qui s'élance éperdument vers le ciel d'Alger, dans l'idée de rapprocher Bouteflika et ses sbires d'Allah ? Tant qu'à faire, pourquoi ne pas envisager, dès à présent, de déposer la sépulture de notre Pharaon du 21ème siècle juste sous le minaret afin de lui assurer un transfert rapide vers le paradis ? Cela ne serait, d'ailleurs, qu'une simple variante tactique de celle des pharaons. Ya âazraïnkoum, ça suffit comme ça ! A l'heure où la découverte d'exoplanètes se compte par dizaines, certaines situées à des centaines d'années lumière de cette petite planète bleue perdue dans un univers infini, on continue d'abreuver le petit peuple de sornettes pour mieux ajuster ces œillères qui limitent son angle de vision de la vie et faire perdurer sa docilité bienveillante envers ces voleurs d'âmes. Avec les trous noirs et les chocs des Galaxies qui engloutissent des quantités énormes de matière, comment peut-on encore croire, et surtout faire croire, que Dieu n'a rien d'autre à faire que de s'occuper des turpitudes de petits virus que nous sommes eu égard à l'immensité de l'univers ? Un proverbe chinois stipule que "le ciel paraît bien étroit pour celui qui se trouve au fond d'un puits". Ce genre de projet ne fait qu'approfondir le puits dans lequel on précipite le peuple depuis bien avant 1962, réduisant ainsi, de plus en plus, la dimension géométrique, tout en amplifiant l'aspect mystique, qu'il perçoit du ciel. C'est scandaleux qu'au lieu d'ouvrir la cage aux oiseaux, on en perfectionne ainsi les barreaux ! Oh mon peuple! Que de tristesse envahit mon âme quand je penses à tous ces putschistes qui se sont succédés aux rênes de ta destinée depuis 1962 pour en arriver, 50 ans plus tard, à ergoter sur des avis d'experts* en relation avec des projets de mosquées qui ne feront que consolider ton aliénation pour bien des siècles à venir. Attaturk (un homme, un seul !) a mis la Turquie sur les rails de la modernité, il y a moins d'un siècle. N'y a t il donc plus aucun Ab-djazaïri éclairé (ou un véritable Emmis-Nelzaïr) en l'an 2010 pour rallier nos énergies afin de chasser ces forces du mal qui se déchainent sur nous sans relâche et tracer les chemins de grâce pour ce pays en déconfiture ? N'est ce pas notre vœu à tous et notre rêve secret, en tant qu'algériens désintéressés qui aspirons juste à voir notre peuple sortir du trou noir infernal et vorace dans lequel tant de nuits coloniales l'ont précipité et dans lequel les tenants du pouvoir continuent à le cantonner depuis la passation de consigne entre les "roumis" et les nouveaux maîtres de l'Algérie, de voir un jour, sous nos yeux, un Attaturk se profiler pour mettre un terme au règne de ce sultan autoproclamé ? A chacun ses croyances, à chacun ses crédos, à chacun ses espoirs, à chacun ses rêves, mais je reste convaincu que nous avons tous en commun la même aspiration profonde d'une Algérie dans laquelle tous les barreaux aliénants puissent un jour fondre comme neige au soleil. Mes rêves vont au delà des étoiles et des galaxies. Dans mes moments de délires et de soif de liberté pour tous, je rêve qu'un jour l'on puisse faire voyager tous les habitants de mon pays jusqu'aux confins de l'espace infini et laisser ceux qui usent de Kalasnikovs, réelles ou intellectuelles, sans vergogne s'entretuer. Que nous revenions tous à nouveau planter la vigne de sagesse que nos d'ancêtres nous ont légués et que la sève authentique puisse à nouveau ruisseler sur cette terre transformée en asile d'aliénés par des sanguinaires assoiffés ! A l'heure où un consensus pour la survie de l'espèce humaine et la sauvegarde de cette petite planète magique se profile atour de projets utiles, on continue chez nous a verser dans une surenchère de projets inutiles, à la gloire d'un Dieu indifférent et de l'égo démesuré de vils petites créatures (in)humaines et sans scrupules en mal de grandeur. Kacem Madani, *Mosquée d’Alger : Fitna entre experts; El-watan du 19/02/2010
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president qui regarde son peuple en jummelle et qui dérige l'algerie par decret sans l'avis de ce dernier

Partir en chasse, autant y aller pour chasser le gros. Parce que, franchement, au vu des moyens mis en place, ça serait tout de même dommage de tirer des cailles lorsque le gros gibier est à portée de fusil. Toutes les fines gâchettes vous le confirmeront. On reconnaît une bonne chasse lorsqu’on peut, au moment du décompte final, le soir au coin du feu, exhiber fièrement le gros morceau, le «mâle dominant» de la meute, le plus branchu des cerfs, le plus tanné du cuir d’entre les sangliers. On peut, bien sûr, se contenter de faire dans la chasse-loisir. Le petit safari départemental. La sortie de week-end, juste pour alléger un peu la gibecière, dégourdir les gambettes des chasseurs et de leurs chiens et justifier la dépense de gasoil. On tirera deux ou trois grives, une demi-douzaine de bécasses, peut-être même quelques marcassins, mais on passera à côté de la «pièce». Et j’ai la faiblesse de croire que les bruissements que j’entends monter de la forêt ne sont pas ceux que produit une chasse à la petite semaine. Ça serait vachement disproportionné. Autant de bruits, autant de moyens mis en œuvre, autant de méticulosité et de détails dans la préparation pour tirer une poignée de palombes, j’ai des doutes. Je mise surtout sur le côté «patient» des chasseurs. Ils savent que la bête est dans un cul-de-sac. Ni vraiment à la lisière de la forêt, en bordure d’une voie de sortie qui lui permettrait de fuir, ni assez en forme pour mener longtemps la vie dure à la battue, ni vraiment en mesure de contourner le dispositif et d’aller dans une forêt voisine pour s’y refaire une santé et y mener bombance. La «pièce» est là, ferrée. Elle peut, bien sûr, escompter avoir de la marge, un sursis grâce aux leurres nombreux disséminés autour d’elle et tombant un à un ou sur le point de tomber. Maigre espoir tant c’est apparemment elle qui est recherchée, prioritairement traquée, par les chasseurs. Il est vrai que telle sa consœur du Gévaudan, du temps de sa splendeur insultante, elle leur en avait fait baver, aux chasseurs. Les embarquant sur de fausses pistes, les trimballant d’un terrier à l’autre, inversant même l’ordre naturel de la chasse, devenant chasseresse et eux proies éliminées les unes après les autres. Aujourd’hui, la nature semble vouloir reprendre ses droits. Ici, comme nous sommes amoureux de la verte nature, passionnés par elle, nous en apprécions l’un de ses éléments fondateurs, la chasse. Au gros, pas au menu fretin. Sonnez le cor ! Et fumez du thé pour rester éveillés à ce cauchemar qui continue...
Hakim Laâlam
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l'empire du nain monstre et ces cerberes

Et puis, un jour nous commîmes la folie de mettre notre nez dans le monde de l'argent sale, c'est-à-dire dans le côté cour, le plus malsain, du pouvoir algérien. On s'y livrait à de nauséabondes activités de pillages, de trafics d'influences, d'abus de pouvoir et d'abaissement des hommes. De cet univers pourri, où les coquins s'enrichissaient sous la protection des copains, nous en avions divulgué, avec la fougue du journaliste insouciant ou grâce à l'ironie acide de notre chroniqueuse Inès Chahinez, quelques facettes peu glorieuses pour le régime. Et il nous le fit chèrement payer.
Notre plus folle initiative fut de lever le couvercle sur les combines financières au sein de Sonatrach. Sonatrach est à l'Algérie ce que Gazprom est à la Russie, c'est-à-dire une grosse firme pétrolière qui croule sous les milliards de dollars et qui, bien entendu, suscite les appétits des grands prédateurs. Dès son arrivée au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika s'empressa de désigner une de ses plus proches relations, Chekib Khelil, à la tête du ministère de l'Energie avec pour principale mission de contrôler Sonatrach et de la soustraire aux regards extérieurs. Le tout nouveau ministre va immédiatement entourer de barbelés la poule aux œufs d'or : il ne laissera personne s'en approcher. Dans un premier temps, il la coiffera lui-même, cumulant grossièrement sa haute fonction au sein du gouvernement avec celle de directeur général de Sonatrach. C'était, lui semblait-il, le meilleur moyen d'assurer la confidentialité à des besognes non avouables. Après quatre ans le procédé devenait cependant assez gênant et le ministre finira par consentir à nommer un successeur à la tête de Sonatrach. Un prête-nom qui n'aurait aucun pouvoir, qui laisserait faire le clan, mais dont la désignation formelle sauverait les apparences aux yeux de l'opinion. Où trouver ce dirigeant fictif ? Chekib Khelil va avoir une idée diabolique : placer aux commandes de l'entreprise un homme atteint d'un cancer avancé et qui passe ses journées dans les séances de chimiothérapie sur un lit d'hôpital. Un homme entièrement absorbé par son combat contre la mort, et donc totalement absent. Le 7 mai 2003, sur proposition de son ministre de l'Energie, le président Bouteflika nomme donc Djamel-Eddine Khène, grand malade, directeur général de Sonatrach. Le Matin sera le premier journal à révéler le scandale et à dénoncer le procédé inhumain qui consiste à exploiter l'handicap d'un homme pour des desseins politiciens et à l'empêcher de se soigner convenablement. Le journal recevra, en retour, une avalanche de démentis accompagnée de fortes giboulées de prêches moraux. De son côté, Chekib Khelil nous menacera de poursuites judiciaires pour diffamation.
Nous avions, hélas ! raison : Djamel-Eddine Khène mourra le 7 juillet 2003, deux mois à peine après sa désignation. Le clan Bouteflika venait sans doute de hâter la mort d'un cancéreux.
Et Sonatrach sera livrée à la prédation. Nous en avions révélé quelques-unes, sans doute parmi les moins scandaleuses, à commencer par le détournement des fonds de sponsoring de la société, un pactole estimé à 730 millions de dollars destiné à financer des associations de toutes sortes, mais dont la gestion obscure, dénoncée par les syndicats, n'en a laissé aucune trace. Le magot était confié à un certain Hemche, natif de Hennaya, près de Tlemcen, une bourgade qui élit aux meilleurs destins puisque c'est le village natal du père de Bouteflika. Hemche était l'homme de confiance du clan présidentiel et sut judicieusement répartir l'enveloppe entre les associations qui s'engageaient à soutenir la candidature de Bouteflika pour un second mandat.
Autre magouille révélée par le journal : l'achat de deux immeubles inachevés par Sonatrach à un promoteur privé à un prix surévalué. La transaction s'est faite de gré à gré, sans respecter la réglementation des marchés publiques. Pour la finition des deux immeubles, puis pour leur équipement, Chekib Khelil s'était adressé aux « copains », à une société mixte algéro-américaine, Brown and Root Condor, BRC, une joint-venture entre Sonatrach (51%) et la compagnie du vice-président américain Dick Cheney, Halliburton. BRC était dirigée par un autre natif de Hennaya , Moumène Ould Kaddour. Le marché avait toutes les allures d'une combine : mêmes méthodes opaques, mêmes procédés mafieux. BRC sous-traitera le marché avec une entreprise turque qu'on dit liée à l'épouse de Hemche, elle-même turque. L'argent du pétrole était, ainsi, dépensé entre amis. Ces révélations valurent à mon journal un procès intenté par le ministre de l'Energie et qui se solda par ma condamnation, ainsi que celle de deux autres journalistes, à trois mois de prison ferme. La juge aux ordres avait sanctionné la vérité : deux ans après, en effet, l'Inspection générale des finances, saisie par le Chef du gouvernement, ouvrait une enquête sur les relations suspectes entre Chekib Khelil et Brown and Root Condor et découvrait que Sonatrach avait confié, illégalement, vingt-sept projets à la société mixte pour un montant global de soixante-treize milliards de dinars. Un scandale vertigineux dont s'empara la justice, qui fit la une des journaux et qui nous donna raison : Brown Roots Condor fut mise en liquidation en janvier 2007 et Moumene Ould Kaddour incarcéré à la prison de Blida un mois plus tard !
(…)Nos articles sur les malversations à Sonatrach, autant que nos révélations sur la torture, et venant après d'autres divulgations embarrassantes sur l'argent sale, achèveront de dresser contre nous les fourches de la répression. Une année plus tôt, en effet, nous avions levé le voile sur un personnage énigmatique, un homme d'affaires émirati, Mohamed Ali Al-Shorafa, dont les frasques et les combines, couvertes par les plus hautes autorités de l'Etat, allaient marquer l'été de l'année 2002. Al-Shorafa était une vieille relation du président Bouteflika qui l'avait connu à Abu-Dhabi, lors de son long exil aux Emirats, dans les années 80. Responsable du protocole au sein du cabinet royal, il s'était notamment chargé, sur ordre du président des Emirats arabes unis, Cheikh Zayed, du bon déroulement du séjour d'Abdelaziz Bouteflika. Avait-il conservé sur ce dernier quelque forte influence ? Toujours est-il qu'au lendemain de la prise du pouvoir par Bouteflika, en avril 1999, il lui rendit une singulière visite d'affaires et lui demanda des privilèges d'investissements en Algérie que le président algérien n'osa pas lui refuser. Mohamed Ali Al-Shorafa était surtout intéressé par le marché du réseau de téléphonie portable qu'il négociait au nom de l'opérateur égyptien Orascom dont il était l'un des actionnaires. Ce que l'homme d'affaires émirati demandait à Bouteflika était sans détour : octroyer le marché à Orascom sans passer par les avis d'appel d'offres. La présidence de la république acquiesça, ce qui suscita une grosse colère parmi les cadres algériens et au sein du mode très fermé des opérateurs étrangers, dont beaucoup convoitaient le marché algérien. C'est ainsi qu'éclata l'affaire Orascom. Entre-temps, Al-Shorafa, fort du soutien du chef de l'Etat algérien, et mis en appétit, osa demander d'autres concessions en violation de la réglementation algérienne. Les articles du Matin contribuèrent à calmer ses ardeurs puis à l'écarter du pays. Ce ne fut pas sans dégâts : avec l'appui des autorités, il intenta un procès au journal et obtint du juge qu'il condamne son directeur et deux journalistes à deux mois de prison ferme ! Plus tard, et comme toujours, le temps finit par nous disculper : l'affaire Orascom se révèlera un vrai scandale et Al-Shorafa un louche personnage interdit de séjour aux Etats-Unis pour pratiques frauduleuses.
Les accointances entre le président Bouteflika et le groupe Khalifa, du nom de ce milliardaire algérien accusé de détournements de deniers publics et forcé à l'exil en Grande-Bretagne, furent plus faciles à démontrer. L'avocat du groupe n'était autre que le propre frère du président et ce dernier profitait de sa situation pour solliciter du milliardaire des largesses à des proches ou des prises en charge d'opérations de marketing politique au bénéfice du pouvoir algérien. Le Matin révéla plusieurs actes de connivence entre Khalifa et le chef de l'Etat algérien. Eclaboussé, le cercle de Bouteflika ne nous le pardonnera pas. Le procès Khalifa organisé en hiver 2007 confirmera cependant nos écrits : bien des dirigeants du pays étaient impliqués dans l'escroquerie.
Dans le monde de l'argent sale, les amitiés sont souvent solides. Telle est, du moins, la morale de l'affaire de la Baigneuse. Ce nom lyrique est celui d'une statue à l'origine assez controversée mais qui avait le privilège d'orner le jardin botanique d'El-Hamma, à Alger, jusqu'au soir où elle fut volée ! S'agissant tout de même d'une œuvre d'art, la police s'empara de l'affaire et l'enquête fut confiée au commissariat de l'arrondissement d'Hussein-Dey, dirigé par un certain Messaoud Zayane. Les recherches ne donnèrent rien jusqu'au jour où un jardinier, travaillant dans la villa d'un couple fort connu dans les milieux d'affaires à Alger, découvrit la statue dans leur jardin. Il avisa la police et le commissaire Zayane, très prompt, s'apprêtait à arrêter les deux célébrités de la finance pour vol et recel quand un contre-ordre vint tempérer sa ferveur : le couple était une relation du président Bouteflika. Que faire ? Ce qu'il convient d'entreprendre dans pareil cas, c'est-à-dire innocenter les vrais receleurs et trouver un vrai-faux coupable à leur place. Ce que le commissaire Zayane entreprit avec beaucoup de zèle. Le couple fut innocenté et, à sa place, le médecin vétérinaire du jardin botanique fut accusé du larcin et jeté en prison. Le soir même, les Algériens virent à la télévision le commissaire Zayane félicité par le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni et par le directeur général de la police, « pour sa compétence dans l'affaire de la Baigneuse. » En échange de son silence, Zayane fut promu à la tête de la police judiciaire d'Alger. Le médecin vétérinaire passa six mois en prison avant d'être acquitté par le juge. On ne sut jamais comment fut volée la Baigneuse mais pour avoir révélé l'affaire, Le Matin s'attira les foudres de la police. Je retrouverai Zayane sur mon chemin, au centre de l'affaire qui conduisit à mon emprisonnement. Il se vengea. Puis, comme toujours, le temps fit son œuvre : en 2006, Zayane fut rattrapé par une affaire de trafic de drogue.
C'est pour ces impertinences dans un monde courtisan, pour ces voiles soulevés sur la tromperie, mais aussi pour toutes nos imprévoyances, c'est pour tout ça qu'a été décapité Le Matin . Aujourd'hui encore, je pense que sa disparition dans l'honneur apporte plus à la cause de la liberté qu'une existence dans l'indignité. Emportés par notre fougue et par l'ivresse des mots lancés à la face des tyrans, nous avions confié à l'insouciance le soin de nous conduire aux extases du métier puis à ses amertumes. Je ne regrette rien. Nous avions posé un regard lucide sur notre réalité et nous nous étions offert le luxe de le transcrire sans fioriture avant de l'imprimer à des dizaines de milliers d'exemplaires. Sans retenue et sans fausse vertu. Quel grisant privilège ! Nous étions, pour cela, doublement armés. D'abord d'une violente jalousie de notre indépendance : nous ne comptions ni ami ni protecteur parmi les dirigeants du pays qui eût pu nous influencer, nous dissuader de nos audaces ou, pis, tempérer nos emportements. Nous tenions à exercer le métier dans une absolue irrévérence et nous l'avons fait. Nous étions dotés, ensuite, et il faut le dire, d'un souverain mépris pour ce pédantisme à la mode qui se résumait au « journalisme professionnel », cette façon précieuse et lâche de survoler le malheur des hommes sans jamais s'y arrêter. L'idée que je me faisais du monde et de mon métier m'interdisait de juger de haut une époque dont j'étais tout à fait solidaire. Je voulais au Matin une vocation de journal d'information moderne mais impliqué dans les combats de son temps. Je voulais qu'il juge son époque de l'intérieur, en se confondant avec elle. Je voulais participer, peut-être trop naïvement, à la recherche de ces hypothétiques sources de lumière pour mon peuple ; désigner, pour reprendre une formule camusienne, dans les murs sur lesquels nous tâtonnons, les places encore invisibles où des portes peuvent s'ouvrir. Jamais un journalisme qui se retranche dans la neutralité pour ne pas être solidaire de la souffrance des hommes ne m'a appris quoi que ce soit.
Le Matin laisse derrière lui la force d'une idée. Il avait fini par représenter en ces troubles années algériennes, et contre la loi de l'argent, l'héritier de cette longue lignée de journaux de lutte dont les choix constituaient peut-être ce qu'il y avait de plus authentique dans notre presse. Son insolence têtue, incontrôlable et pure, livrait certes un combat incertain contre les évènements trop épais et impénétrables de ce temps. Mais par la persistance de ses refus, je crois que ce journal a aidé à réaffirmer, au cœur d'une époque incrédule, contre les connivences et les basses lucidités, l'existence de la parole libre sur la terre de mon pays.
(…)
Dès que fut établi mon refus d'écrire une lettre au président Bouteflika, le pouvoir frappera par deux fois. Son premier coup fut d'une mesquinerie conforme aux mœurs des polices politiques : berner l'opinion. N'ayant pas obtenu l'écrit signé de ma main, et qu'il attendait pour le rendre public, le pouvoir, comme s'il ne pouvait rester sur une défaite, s'empressa, par le biais de ses officines, de semer une fausse rumeur qui prétendait le contraire. D'honorables colporteurs de l'intox se répandirent dans les salons d'Alger pour soutenir, de « source sûre », que les autorités avaient reçu ma lettre de mea-culpa. Les plus inventifs parmi les camelots mythomanes assuraient même l'avoir lue ; les plus crâneurs juraient en posséder une copie. Le bobard parvint à jeter le trouble au sein de la corporation, parmi certains de mes amis et de mes comités de soutien. Une publication proche d'un parti politique qui se réclamait pourtant du camp républicain, le RCD, publia un « article confidentiel » selon lequel j'aurais adressé deux lettres d'excuses séparément, l'une au président Bouteflika et l'autre au ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni. Le pouvoir obtenait par la propagande mensongère ce qu'il n'avait pu avoir par la torture morale.
Devant ce qui apparaissait bien comme le risque d'un préjudice irréparable, mon épouse fit publier un démenti incisif dans la presse. Fatiha, à qui l'ignominie des appareils de propagande faisait retrouver sa rage féline, envoya au tapis les auteurs de l'article : « Ceux qui ont eu la chance de côtoyer Mohamed Benchicou, tout comme ses nombreux lecteurs, n’accorderont aucun crédit à cette baliverne grossièrement déguisée en information. Comme moi, ils savent de quel bois précieux il est fait. » Par le hasard du calendrier, ces éloges écrits par la femme qui partageait ma vie, devenaient une déclaration d'amour bienvenue : le texte de Fatiha avait été en effet publié un 14 février, jour de la Saint-Valentin, la fête des amoureux que je n'avais pas coutume de célébrer mais qui, ce jour-là, en prison, prenait une saveur particulière.
La mise au point fit son effet : la rumeur s'éteignit brutalement en même temps que le désarroi qui commençait à ébranler le cercle de mes amis. Les manoeuvriers du sérail politique obtinrent néanmoins une compensation en faisant écrire à ma mère, et à mon insu, une lettre éplorée dans laquelle elle interpellait le président Bouteflika afin qu'il fasse un « geste » en ma faveur. Cette missive m'a beaucoup contrarié mais j'ai dû ravaler ma colère, au parloir, devant le visage confus de ma vieille maman qui avait pensé donner un coup de pouce au destin. Elle me calma par cette désarmante litote : « De toutes façons, mon fils, toutes les mères se ressemblent et tout le monde sait que ce n'est pas toi qui m'a dicté cette lettre. »La seconde ruade du pouvoir fut plus classique : la basse intimidation. Le dimanche 29 mai 2005, la vitrine de la maison d’éditions Jean Picollec, éditeur parisien du livre Bouteflika, une imposture algérienne, était démolie par des inconnus, sans doute à la solde du régime algérien. Les vandales avaient épargné les autres devantures pour ne s'attaquer qu'à la seule partie couverte d’une grande affiche représentant le livre avec mon portrait, dénonçant mon emprisonnement arbitraire et barrée du slogan « Pour la liberté d’expression, réagissez ! » La police, venue constater les dégâts, conclut à l'acte malveillant. Jean Picollec fit immédiatement publier un communiqué dénonçant « les manoeuvres d’intimidation dirigées contre les éditions qui ont osé publié le seul ouvrage qui met à nu sans complaisance la véritable personnalité du président algérien » et répliquant par une formule résolue : « Les voyous et les nervis qui ont fait le coup ne peuvent faire fléchir l’éditeur, pas plus que le pouvoir politique n’a brisé l’auteur en Algérie. » La peur, comme on dit chez nous, commençait à changer de camp, mais j'étais encore très loin de la porte du salut.
Car la véritable torture, j'allais la connaître avec l’impitoyable persécution judiciaire qu'on me fera subir tout au long de mes deux années d'incarcération : les épuisants déplacements au tribunal pour répondre d'innombrables articles et caricatures parues dans Le Matin . Un vrai supplice ! De toutes les épreuves endurées en prison, celle-là fut de loin la plus inhumaine. Je compris alors que, pour un détenu, le jour le plus cauchemardesque c'est, bizarrement, celui qu'il passe hors de la prison : le jour du procès. Il débute le matin par les menottes, s'étire jusqu'au soir, dans la faim, les immondices et le bruit de ces basses-fosses sales et inhumaines du tribunal et se termine, la nuit tombée, dans un grand cachot de la prison qui sert de repoussant dortoir. On vous convie à cette journée du supplice juste après l'appel matinal, par votre nom lancé avec mépris à travers les grilles de la cellule, sordide invitation à un voyage avilissant, jeté dans un fourgon de police sombre et brinquebalant, attaché à votre voisin par de solides menottes, secoué tout le long du trajet. Arrivé au tribunal, le fourgon vous déverse dans ces hideuses geôles souterraines où les prisonniers, entassés à quinze où vingt dans des cellules minuscules, au milieu des crachats et des odeurs d'urine, attendent, sans manger et sans même souvent pouvoir s'asseoir, leur tour de passer devant le juge. L'administration judiciaire algérienne ne prévoit pas de nourrir ces justiciables pestiférés. A la faim et aux puanteurs s'ajoutent, dans ces basses-fosses d'un autre âge, les cris forcenés de jeunes prisonniers en manque de kif ou de tabac et les sanglots déchirants des prévenus que l'on vient de condamner. Les policiers, débordés, répliquent par les insultes et les brimades, parfois par des coups. Il faut savoir, durant ces journées de purgatoire, se boucher le nez et les oreilles et, pour les plus pieux, prier pour que l'épreuve ne s'éternise pas au-delà des dernières forces du corps et de l'esprit. Et quand, après des heures dans ces oubliettes médiévales, arrive pour le détenu, épuisé, avili, l'instant de se présenter devant le juge, ce n'est plus qu'une loque humaine qu'on appelle à la barre. Le plus souvent dépourvu d'avocat, diminué physiquement et psychologiquement, il est alors une proie facile pour les magistrats.
Le séjour dans ces antres repoussantes est à ce point insoutenable que les détenus, au bout de quelques heures, n'ont plus que cette inimaginable supplication à la bouche : « De grâce, ramenez-nous en prison ! » La prison pour se débarbouiller, pour laisser s'affaler son corps malmené sur la paillasse, pour manger un bout de pain. La prison pour retrouver un goût d'humanité. Malheureusement, le plus souvent, même ce répit est interdit aux détenus car, de retour en prison ils ne retrouvent pas pour autant leur cellule et leur paillasse. Ils passeront la nuit à même le sol, dans une grotte-dortoir du pénitencier, avec pour seule nourriture une baguette de pain. Cette mesure inqualifiable évite à l'administration de rouvrir les grilles des différentes cellules où logent les prisonniers. Les règlements carcéraux sont ainsi faits qui confortent l'abus et le mépris. Comment s'étonner alors que le jour du procès, vécu comme un châtiment, soit si redouté par les détenus ? Il suffit de le subir une ou deux fois pour toujours s'en rappeler.
Le pouvoir me le fera pourtant endurer 44 fois ! Oui, 44 fois, dans mon état physique aléatoire, à me faire livrer, par ce fourgon à bestiaux sombre et bringueballant, aux basses-fosses du tribunal d'Alger, à leurs odeurs d'urine et aux cris de nos gavroches désespérés; 44 fois à emprunter ce chemin de croix pour répondre de 29 plaintes pour « outrage au président de la République » ou pour « diffamation », pour m'expliquer d'une chronique, d'un reportage ou d'un dessin paru une ou deux années auparavant dans un journal pourtant liquidé. En effet, tous les ministres de Bouteflika avaient été invités à déposer une plainte : celui de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, bien sûr, pour la révélation de torture à l'encontre du citoyen Saâdaoui ; celui des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, pour « diffamation contre sa personne » ; celui de la Justice, Tayeb Belaïz, qui fit « s'autosaisir » le parquet pour outrage au président de la République ; celui de l'Energie, Chekib Khelili, pour les articles sur les opérations financières suspectes à Sonatrach ; celui de la Défense nationale pour les articles sur la torture de T'kout...
Pénible épreuve, pour un détenu diminué physiquement, que ces interminables journées dans les sous-sols du tribunal où je traînais, deux à trois fois par semaine, ma carcasse handicapée par la maladie, des journées qui s'éternisaient, parfois, jusqu’à une heure tardive − que de fois n'ai-je rejoint la prison qu'à minuit ! Il eût été possible pour le parquet de réduire le nombre de déplacements en ramassant les audiences plutôt que des les étaler sur plusieurs semaines. Il n'en fera rien. Bien au contraire : pendant que j'égrenais péniblement les procès déjà enrôlés, le pouvoir instruisait de nouvelles affaires, poussant le sadisme jusqu'à me faire auditionner en prison par des officiers de police dûment mandatés et qui se présentaient au pénitencier munis de leur vieille « Jappy » d'avant-guerre !
Et lorsque le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, sans doute indigné par l'acharnement contre ma personne, fit savoir à l'audience, par son avocate, qu'il retirait ses trois plaintes contre Le Matin , il essuya un refus catégorique de la part de la juge. Les trois procès furent tenus envers et contre l'avis du plaignant ! Le message était clair : je devais subir, jour après jour, le calvaire des geôles d'Alger, au nom de la pénitence et du châtiment. Au nom d'une torture qui ne disait pas son nom. En vertu d'un chantage inavoué. Le journaliste insolent devait encore « payer ». Et les percepteurs zélés ne manquaient pas. Le juge Belkherchi, devant lequel je devais répondre de plusieurs de plusieurs délits de presse, et sans doute instruit de sa mission de tourmenteur, s'amusait à renvoyer les affaires semaine après semaine, pour le seul plaisir de me voir endurer le noir séjour dans les basses-fosses du tribunal. A mes avocats qui lui faisaient observer que ces multiples reports n'étaient pas compatibles avec mon état de santé, il répondait invariablement, d'un air goguenard : « Je ne suis pas médecin ! »
Le sadisme prit même une allure bouffonne : enivré par sa haine et sa puissance, le pouvoir se permit la clownerie, dans les affaires d'outrage au président de la République, de désigner comme partie civile rien moins que ...l’Agence nationale du Trésor, le fameux faux plaignant dans l'affaire préfabriquée des bons de caisse ! Que venait faire une institution financière dans un procès de presse qui ne la regardait pas ? Le ministre des Finances Benachenhou l'avait envoyée au prétoire pour sans doute, me narguer et s'offrir un rab de jouissance. Cette façon bien grotesque d'assouvir ses vengeances montrait bien, ce jour là, la conception peu élogieuse que le pouvoir algérien avait de sa propre justice. Et je retrouvai face à moi les mêmes personnages de la menterie officielle qui m'avaient envoyé en prison, l'avocate aux cheveux ébouriffés et le fonctionnaire Saïd Oubahi qui commençait décidément à prendre goût à son rôle de faux-plaignant et dont je confirmais, à voir son air obséquieux, qu'il avait bien la tête de l'emploi. Ce jour-là, ces nervis en col blanc s'étaient révoltés contre des articles qu'ils n'avaient pas lus avec la même indignation feinte qu'ils avaient affichée à propos de bons de caisses qu'ils n'avaient jamais vus !Dans les cellules souterraines du tribunal, j'appris alors à m'accommoder de l'aléatoire : récupérer un carton pour m'y allonger quand les douleurs se faisaient insupportables ; me faire envoyer, par mon frère Abdelkrim, des journaux et des sandwiches que je partageais avec mes compagnons d'infortune ; me convertir en patient cruciverbiste pour faire passer le temps.... Mais j'ai, surtout appris beaucoup au contact fécond d'hommes et de femmes de mon peuple, dans toute la diversité de leur misère humaine. Les scènes les plus déchirantes, sans doute les plus inoubliables, étaient celles de ces femmes abattues par leur condition de prisonnières, drapées dans le mutisme et écrasées par une espèce de disgrâce insoutenable qu'on devinait à chacun de leur geste. Mères de famille, cadres, commerçantes, ou prostituées prises en flagrant délit de racolage, ces femmes paraissaient plus accablées par le regard des autres que par leur propre incarcération, comme si elles redoutaient que, dans nos sociétés patriarcales où l'on pardonne plus aisément ses péchés à un homme, elles auraient à traîner toute leur vie l'outrage de l'emprisonnement, en éternelles proscrites. Au reste, durant mon incarcération, j'ai connu deux visages à la détresse : celui de ces femmes et celui des mères de détenus. Je n'en ai pas vus de plus inconsolables.
J'ai aussi beaucoup parlé, dans les geôles d'Alger, avec les détenus islamistes. Il recherchaient ma compagnie, je ne repoussais pas la leur. Ils se considéraient proches de moi par une sorte de pacte des opprimés. Les victimes frappées d'un même bâton du bourreau trouvent dans la répression un insoupçonnable ciment pour les sympathies. Je prenais soin, cependant, de ne pas m'égarer dans l'ingénuité : nous n'avions pas les mêmes raisons de combattre ce pouvoir et si la prison nous réunissait, les idées, elles, nous opposaient plus que jamais. Je les écoutais cependant avec intérêt, et beaucoup d'émotion, parler de leurs persécutions. Ces hommes ont été atrocement torturés dans les casernes du DRS, outragés, avilis, pendant des semaines, des mois et, pour certains,des années. Tout cela au nom de la lutte anti-terroriste, comme si sur cette terre devait encore subsister une fin suffisamment indiscutable pour utiliser la torture comme moyen. Alors, et même s'ils se défendaient de velléités revanchardes, je compris que ces créatures meurtries dans leur âme et dans leur chair porteront à jamais les balafres de la rancune.
Dans les catacombes souterraines du tribunal d'Alger, on rencontre aussi ces pères de famille piégés par l'ingratitude de la vie, subitement tombés en déchéance, pour un sou qui est venu à manquer ou par la faute d'un dénuement qu'ils n'ont pas vu venir. Ces hommes ne parlent jamais de leur infortune. Leur revanche c'est de n'en rien laisser paraître. Chez nous, les misères de la vie enseignent l'art du silence.
Et pourtant, je dois le dire, ces démunis, comme tous les exclus que j'ai croisés dans ces lieux, qu'ils soient chômeurs, délinquants ou catins, ces démunis m'ont pourtant toujours offert leur unique richesse : l'amitié. Ils souffraient visiblement de voir enfermé un journaliste pour ses articles et vivaient cette injustice comme une profanation des derniers espoirs sacrés qui maintiennent, dans mon pays, la flamme en des lendemains meilleurs. Ils m'inondaient de réconforts dits à la mode de chez nous : « Ami Moh, il n'y en a plus pour longtemps et tu reprendras bientôt le stylo. Tu sais, il y a Dieu... » Les marginalisés de mon pays ont toujours en réserve un mot ardent pour réchauffer le coeur. J'ai appris dans les geôles d'Alger que les haillons de la misère couvrent d'incroyables vertus. Et qu'il ne manquait pas, au sein de mon peuple, de mains amies pour aider à vaincre les épreuves : mes procès se déroulaient sous le regard attendri de nombreux compagnons, membres actifs du Comité Benchicou pour les libertés dont la présence régulière et assidue relevait autant de l'amitié que d'un devoir de soutien politique, ou citoyens révoltés par l'injustice et qui m'envoyaient, à travers la brume du prétoire, des bises affectueuses. Tous, par leur présence, venaient me signifier que mon calvaire était aussi le leur. Moi qui redoutait d'avoir à compter mes amis, je réalisais, par instants, que j'en avais chaque jour un peu plus.
Ne fût-ce que pour cette riche cohabitation avec la noblesse humaine, les procès de presse que me fit endurer le pouvoir resteront pour moi un supplice rentable. J'en retiens qu'ils furent aussi l'opportunité de serrer dans mes bras, entre deux juges, entre deux couloirs, Naziha, Nassima, Nazim et ma femme Fatiha, ma famille abandonnée. Ces retrouvailles de joie et de larmes volées au bourreau resteront à jamais, sur ma carapace d'homme, les tatouages indélébiles du prix qu'il a fallu payer pour la liberté de penser dans notre patrie.Comment ne pas ajouter que ces procès, s'il furent expéditifs et truqués, nous réservèrent aussi de délicieuses surprises ? Si, pour la plupart d'entre-eux, le pouvoir me condamna à des peines sévères, il dût, en revanche, pour d'autres, réaliser qu'il n'était pas toujours aisé pour le mensonge de juger la vérité. Ce fut le cas pour le procès de T'Kout, très attendu par l'opinion, et sur lequel reposaient les espoirs de réhabilitation du régime. Parfaitement arrangé, il devait établir le délit de « diffamation » de façon irréfutable. La juge avait, pour sa part, la mission de me frapper d'une peine exemplaire pour « outrage à institution », ce qui aurait innocenté la gendarmerie nationale, victime des « calomnies » du Matin . L'avocat de la partie civile avait d'ailleurs parfaitement planté le décor en accusant d'emblée le journal d'avoir « colporté des médisances à l'encontre d'une institution de la République ». Le procureur, une dame acariâtre et arrogante aux vilaines lunettes noires, s'apprêtait à dresser le sévère réquisitoire dont on l'avait instruite quand, à la surprise générale, mon avocat demanda à entendre les témoignages de torturés venus spécialement de T'kout. Les magistrats n'attendaient visiblement pas ces invités incongrus mais la juge, piégée, n'avait pas d'autre choix que de les écouter. Alors, pendant deux heures, défilèrent devant elle des femmes, des hommes, et même des adolescents qui n'avaient qu'une seule formule à la bouche :
– Le journal n'a rien inventé, madame la présidente, regardez...
L'un des adolescents enleva ses chaussettes pour dévoiler des pieds aux ongles arrachés.
– Ils ont fait ça avec des tenailles, madame la Juge... Non, le journal n'a rien inventé...
Le malaise s'empara de la salle. Le procureur aux vilaines lunettes noires se prit la tête entre les mains. La juge, embarrassée, griffonna des notes puis invita le témoin suivant à venir à la barre. C'était un vieux couple, elle habillée d'une splendide robe berbère qui lui rendait sa belle jeunesse, lui, fripé mais altier bien que s'appuyant sur une canne. Il regarda la juge dans les yeux :
– Ils ressemblaient aux paras français, madame la Juge. Ils sont venus de nuit et ils ont tenté de défoncer ma porte. Quand je leur ai demandé s’ils avaient une autorisation, ils m'ont inondé d'insultes et de grossièretés, devant ma femme et mes deux filles. Ils cherchaient Salim, mon fils, et comme ils ne l’ont pas trouvé, ils ont emmené son jeune frère... Puis ils sont revenus me prendre. J'ai passé quarante jours en prison. Et j'ai vu la torture...
Une femme s'approcha de la barre et regarda fixement la juge :
– Demandez à mon fils ce que lui ont fait les gendarmes. Je le savais, c'est pour cela que j’ai tenté de m’interposer quand ils sont venus le prendre. J'ai résisté, et alors...
La femme n'eut pas la force de poursuivre. La juge, de plus en plus embarrassée mais contrainte à écouter des témoignages accablants qu'elle n'avait pas prévus, opta pour sauver les apparences :
– Poursuivez, madame...
– Alors ils m’ont frappée et insultée. Cela m’a fait très mal… En 1959, les Français ont tué mon père devant moi mais les soldats ne m’ont pas frappée. Ceux là, madame la Juge, m'ont pris mon fils, il est là aujourd'hui, demandez-lui donc ce que lui ont fait les gendarmes...
Son fils, un adolescent encore marqué par les évènements, ouvrit sa chemise et désigna les cicatrices inaltérables des sévices sur la chair, puis, à voix basse, ajouta :
– Ils m'ont fait pire que ça, madame la Juge , vous comprenez...
– Parlez librement, que vous-ont ils fait ?
– Ils m'ont outragé... Je ne l'oublierai jamais.
La juge n'insista pas. Elle comprit que le jeune homme avait été sodomisé, et tenta une diversion :
– Pourquoi le médecin qui vous a vu avant votre présentation devant le parquet n'a-t-il rien déclaré ?
– Aucun médecin n'est jamais venu nous voir, madame la Juge...
Le trouble était général. Le procureur ôta ses lunettes noires pour les essuyer rageusement. Quelle inculpation, quelle accusation prononcer contre les journalistes après tout ça ? Acculée par la tournure que prenait le procès, elle renonça à requérir une peine contre Le Matin. La juge la suivit et nous acquitta : les tortures de T'kout venaient d'être reconnues publiquement ! Le pouvoir perdait, là, une de ses plus décisives batailles contre la presse libre.
Ce ne sera pas la seule défaite de ces procès truqués. Le mensonge eût à abdiquer plusieurs autres fois devant la vérité. En février et mars 2007, le procès de l'affaire Khalifa révéla au grand jour les accointances entre le cercle du président Bouteflika et le groupe du milliardaire.
Quelques mois auparavant, l'Inspection générale des finances, confirmait nos écrits sur les malversations à Sonatrach et replongeait le ministre Chekib Khelil dans un énorme scandale. Et, dans l'affaire Orascom, il fut établi que le milliardaire émirati Mohamed Al-Shorafa, interdit de séjour aux Etats-Unis pour pratiques frauduleuses, était bien un suspect personnage.
Le triomphe, même tardif, de ces vérités inexorables restera pour moi la grande revanche sur les noires journées que j'ai passées avec les femmes inconsolables et les hommes démolis, au milieu des crachats et des hurlements des gamins perdus, dans les geôles du tribunal d'Alger. J'en aurai gagné un certain privilège de la plume libre, celui d'une réponse d'Albert Camus lorsque, invité à faire le bilan de son expérience à la tête de Combat, il avait simplement répondu : « Au moins, nous n'aurons pas menti ! »Mohamed Benchicou
Extraits de Les geôles d’Alger - 2007 -
LETTRE D'UN PERE À SA FILLE ASSASSINEE POUR AVOIR REFUSE DE PORTER LE VOILE (1)

Le 28 février 1994 - le 28 février 2010, voilà déjà 16 ans depuis ton assassinat par l’intégrisme religieux pour avoir refusé de porter le voile... Et depuis cette date, ta mère n’a pas cessé de te pleurer chaque jour que Dieu fait. Aujourd’hui ma chère Katia, je tiens à t’annoncer que ta mère est venue te rejoindre pour de bon dans sa dernière demeure en cette date du 23.01.2008 vers 23 heures environ.
Prends soin de ta mère, ma chère Katia. Fasse Dieu qu’elle ne manque de rien avec toi. Rassure-la que de notre côté tout va bien, et qu’elle n’a pas à se faire de soucis surtout pour Celia, la dernière de la famille. Car ici-bas, tu lui as beaucoup manquée Katia. Elle a manqué de tout à cause de cette politique favorable à l’intégrisme religieux de la part de ceux qui sont censés nous protéger et nous rendre justice. Ta perte cruelle, son chagrin, son désespoir, ses souffrances, ton deuxième assassinat à travers cette réconciliation nationale ont fait que ta mère et moi-même n’avons pas pu tenir le coup. La non-prise en charge de notre situation dramatique par l’Etat, les difficultés matérielles et sociales suite à ta disparition ont fait que ta mère n’a pas pu résister à sa maladie qui n’a pas été prise en charge afin de la sauver d’une mort prématurée par manque de moyens et de désespoir.
Aussi, j’accuse le pouvoir algérien de nous avoir abandonnés à notre sort. J’accuse ceux qui ont relâché et pardonné à ces sanguinaires aux mains tachées de sang. J’accuse le pouvoir algérien pour ses sympathies avec les bourreaux de nos parents. J’accuse cette réconciliation pour la paix qui a glorifié et amnistié ces monstres assassins de plus de deux cent mille civils innocents et autres corporations confondues. J’accuse tous ceux qui ont voté pour ce référendum de la honte. J’accuse cette réconciliation qui a consacré l’impunité et qui a ignoré la justice. J’accuse tous ceux qui ont été indifférents à notre douleur. J’accuse tous ceux qui ont été favorables à cette mascarade de vente concomitante d’êtres humains, de civils et autres pour simplement plaire aux maîtres et par la même occasion obtenir quelques miettes en contrepartie de leur soumission et servitude. J’accuse cette réconciliation qui nous a assassinés une deuxième fois à travers cette idéologie arabo-baâthiste pour faire de nous des Arabes par la force et malgré nous. J’accuse tous ceux qui instrumentalisent la religion pour se maintenir au pouvoir en sacrifiant des civils et autres. J’accuse tous ceux qui utilisent la religion pour y accéder en assassinant des innocents. J’accuse tous ceux qui utilisent la religion pour nous détourner de nos racines, de nos coutumes, de nos traditions et de notre langue historique et ancestrale (...)
M. Bengana (Père de Katia âgée de 17 ans, lycéenne assassinée à Meftah le 28 février 1994 pour avoir refusé de porter le voile)
Note:
(1) Lettre écrite en 2008 et publiée sous le titre "J'accuse". Je me suis autorisée à l'actualiser. -
sans assises juridiques nada ' le pouvoir enmerde et tracasse les algeriens
Les Algériens écrasés par la bureaucratie Dossiers administratifs pour le passeport et la carte d’identité biométriques Les Algériens écrasés par la bureaucratie Ils s’attendaient à un assouplissement des procédures, les Algériens sont surpris par une nouvelle dose de complication administrative. Avoir affaire à l’état civil devient aujourd’hui une hantise pour les citoyens. Le lancement du passeport et de la carte d’identité biométriques et l’exigence de lourds dossiers pour prétendre avoir ces deux documents ne facilitent pas pour autant la vie de l’Algérien. Il s’agit pourtant de documents importants qui sont nécessaires à chacun afin de prouver sa nationalité et de circuler « librement » dans le pays. La bureaucratie est confortée encore davantage. Alors que le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, parle de facilités administratives et de modernisation de l’administration, les citoyens ne constatent que des écueils à chaque fois qu’ils ont affaire à cette dernière. Pour les nouveaux documents (passeport et carte d’identité biométriques), la tâche est déjà trop compliquée : il faut constituer un dossier de 12 pièces plus difficiles à obtenir les unes que les autres. Il s’agit d’abord d’un extrait de naissance n°12 S, un document unique qui devrait être signé par le premier magistrat de la commune en personne. Quel est le secret de ce nouveau document ? Les Algériens sont toujours intrigués. « A mon avis, l’acte de naissance n°12 suffit largement pour identifier son titulaire. Il est établi selon les informations enregistrées sur le registre de l’état civil. Donc il est fiable », soutient une sexagénaire que nous avons rencontré, hier à l’APC de Sidi M’hamed, à Alger. Dans cette commune, un guichet spécial (au 1er étage) est consacré à l’établissement de l’extrait de naissance n°12 S. Pour notre interlocutrice, « la création de ce nouveau document ne vise en réalité qu’à compliquer la vie du citoyen ». Au 12 S, il faut ajouter les extraits de naissance n°12 du père et de la mère du prétendant au passeport qu’il faut retirer de la commune de naissance de chacun d’entre eux. Rien que pour ces trois documents, le demandeur de passeport biométrique devra prendre un congé d’une semaine au minimum. Soupçons sur l’identité de 36 millions d’Algériens ? « Si les parents sont issus de deux wilayas différentes, la tâche devient encore plus compliquée. C’est mon cas. Je dois me rendre au moins trois ou quatre fois à Médéa et à Blida pour obtenir les actes de naissance de mon père et de ma mère. Si j’ai de la chance, je ne tomberai pas dans une période où il y a pénurie d’imprimés. C’est ma hantise. J’en ai déjà fait l’expérience par le passé », nous raconte Nabil, qui s’apprête à établir son passeport pour la première fois. « Une fois, j’ai dû attendre 15 jours pour avoir deux exemplaires de l’extrait de naissance de mon père », ajoute-t-il. Ici à Alger, le problème des imprimés de l’acte de naissance n°12 ne se pose pas de la même manière. Du moins ces derniers jours. Pour les Algérois, c’est la durée nécessaire pour l’établissement d’un acte de naissance qui pose problème. « Tu dois formuler ta demande selon ta date de naissance et le document sera prêt dans une heure environ », explique un agent de l’APC d’Alger-Centre. La salle d’attente du service de l’état civil de cette dernière est pleine comme un œuf. Tout le monde, ou la majorité des personnes présentes veulent demander un extrait de naissance. Leur attente risque d’être longue. « J’était ici à 8h. Il est 9h, je n’ai pas encore eu ce que je voulais : un acte de naissance », affirme Ahmed, la trentaine. Il a pris ses précautions. « Je savais que ça prendrait beaucoup du temps, j’ai décidé alors de ne pas aller au boulot aujourd’hui. Je me suis libéré pour toute la journée », soutient-il. La situation est la même dans plusieurs communes du pays. Pour établir un petit dossier constitué d’un acte de naissance, d’un certificat de résidence, d’une fiche familiale ou d’une fiche individuelle, il faut une, voire deux ou trois journées. Beaucoup reste à faire pour réaliser la modernisation de l’état civil… De combien de jours a-t-on besoin pour constituer un dossier de 12 pièces pour le passeport biométrique ? En plus des commentaires sur la surcharge du dossier, les citoyens s’interrogent même sur la finalité de toutes ses nouvelles procédures. « Il paraît que Zerhouni doute de notre algérianité », ironise un quinquagénaire. Les responsables de l’administration communale, eux, prennent la question très au sérieux. « Exiger un nouvel extrait de naissance et un témoin pour établir un passeport est lourd de sens. Cela veut dire que le ministère remet en cause tout le travail accompli par l’administration, depuis l’indépendance à nos jours. Si les autorités doutaient du travail de l’administration, pourquoi ont-elles attendu jusqu’à aujourd’hui pour tenter de rectifier le tir ? », relève un agent qui a requis l’anonymat. « Le ministère a mis en œuvre son propre projet » Outre le côté bureaucratique du projet, les critiques concernent aussi l’atteinte à la vie privée des Algériens. En effet, les demandeurs de passeport et de carte d’identité biométriques doivent fournir des informations plus intimes, qui concernent notamment leurs fréquentations. « C’est un véritable fichage des Algériens », dénoncent des militants des droits de l’homme. Mais il paraît que le ministère de l’Intérieur n’a pas pris en considération les recommandations de la commission chargée de préparer le projet du nouveau passeport. « La commission a travaillé sur le projet pendant une année et demie. Toutefois, aucune de ses recommandations n’a été prise en considération. Le ministère a mis en œuvre son propre projet », déplore un chef de daïra à Alger. Par Madjid Makedhi
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la méme chose,Sans salaire depuis 4 mois : Les travailleurs de Transmet-Bois protestent bof allez àla poubelle comme les chiens
Sans salaire depuis 4 mois : Les travailleurs de Transmet-Bois protestentPlus de 120 travailleurs de l’entreprise de transformation du métal et bois (Transmet-Bois) de Annaba ont débrayé, hier, devant le siège de leur société situé à la sortie est de la ville.
Dénonçant ce qu’ils qualifient d’une opération de liquidation programmée, ils ont bloqué la route à toute circulation générant une importante perturbation. Parallèlement, le secrétaire général du syndicat de cette entreprise a déposé une plainte contre le président du conseil d’administration. « Notre entreprise est livrée à elle-même. Même le directeur général est en absence injustifiée depuis le 16 mars à ce jour. Hormis le wali qui nous a accueillis et assistés auprès des autorités nationales, personne ne s’inquiète de notre sort, notamment les responsables du groupe dont l’intention est de liquider notre gagne-pain pour des desseins inavoués », ont tonné les protestataires.
Selon des syndicalistes qui ont pris attache avec le président du groupe, ce dernier compte saisir, à travers un rapport détaillé, le président de la SGP qui aurait refusé de libérer les salaires et le financement de Transmet-Bois Annaba. D’autres sources ne cachent pas leur inquiétude quant au sort de cette entreprise dont le foncier est l’objet de convoitises. Dans ce contexte, 13 cadres de l’entreprise ont saisi officiellement leur tutelle, le 8 avril 2010, à l’effet de dénoncer la situation chaotique qui prévaut à Transmet-Bois Annaba. Il s’agit, entre autres, de la validation avant le 30 avril des travaux d’inventaire pour l’exercice clos et l’arrêt des comptes pour le conseil d’administration, de la menace de résiliation du marché pour absence d’activité, de l’absence de soumission aux appels d’offres concernant le mobilier scolaire et surtout de la déclaration aux assurances.
Par
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les pouvoirs publique et boutef s'en fautent des malades chroniques etant donne' impunite'
Réseau des associations de malades chroniques : Des dizaines de malades décèdent faute de prise en chargeLe réseau des associations des malades chroniques, composé de plusieurs associations pour la défense des droits des malades, lance un énième SOS aux pouvoirs publics pour trouver des solutions à leur situation qui se dégrade de plus en plus.
Des dizaines de malades décèdent faute de soins appropriés, ont tenu à souligner les représentants des associations présents hier au forum d’El Moudjahid. Ils sont unanimes à dénoncer le laxisme des autorités sanitaires, notamment le ministère de la Santé. Pour eux, tous les problèmes résident à ce niveau-là puisqu’aucun suivi ni contrôle n’est assuré par les responsables dans les structures de santé. « C’est bien beau de donner des instructions, mais personne ne veille à leur mise en application », a souligné le président de l’association SOS hépatite, M. Boualag, qui n’a pas manqué de signaler que des personnes décèdent chaque jour par manque de prise en charge.
Il cite entre autres le manque de réactifs nécessaires pour le diagnostic des maladies telles que les hépatites B et C, la pénurie de médicaments nécessaires au traitement de la maladie, les appareillages spéciaux pour les examens complémentaires... « Où sont les budgets faramineux annoncés en grande pompe par le ministère de la Santé ? », s’est-il interrogé. La présidente de l’association d’aide aux malades cancéreux Nouer Edfou, Mme Gasmi, a mis l’accent sur les ruptures de stock de médicaments destinés à la chimiothérapie ainsi que les réactifs. « Des malades ne cessent de nous solliciter pour pouvoir poursuivre leur traitement qui a été déjà entamé. Comme les produits sont aujourd’hui inexistants, il est impossible pour ces patients de bénéficier de nouvelles cures. Ces malades risquent ainsi des récidives et des complications encore plus graves. Lors de nos différentes sorties à l’intérieur du pays, dans le Sud notamment, des dizaines de malades ont été diagnostiqués, mais leur prise en charge n’est pas toujours possible en raison de ces ruptures et les rendez-vous s’étalent généralement de six mois à une année, particulièrement pour la radiothérapie. Comment peut-on ainsi laisser des malades souffrir ? », a-t-elle déclaré en s’adressant au ministre de la Santé. Les insuffisants rénaux vivent pour leur part une situation tragique. Le président de la fédération des insuffisant rénaux, M. Bokhors, n’a pas pu contenir ses larmes lorsqu’il a énuméré le nombre de personnes décédées après des années de dialyse. Parmi elles des enfants et des jeunes adultes.
Il estime que la situation des malades, en Algérie, a atteint un niveau des plus catastrophiques. Il accuse le ministère de la Santé d’avoir laissé les patients dialysés livrés à eux-mêmes en « laissant passer les décès sous silence ». « Une connexion corporatiste qui s’est tissée autour de ce malade est devenue un fonds de commerce juteux pour bon nombre d’affairistes de tout bord, dont des médecins », a dénoncé M. Bokhors, tout en soulignant que le malade est malheureusement « le dernier souci des responsables au ministère de la Santé et des médecins néphrologues qui ne courent qu’après le gain facile ». L’orateur n’a pas hésité à qualifier certaines cliniques d’hémodialyse de « mouroirs » où des patients ont été contaminés par les hépatites B et C. Il n’a pas manqué de dénoncer « l’inadéquation du protocole de dialyse dispensé dans certaines unités de dialyse étatiques et privées, en l’occurrence la diminution du temps de traitement, l’utilisation de rein artificiel non-conforme à la norme, de consommables inadéquats pour les enfants, la non-prescription de l’hormone de croissance aux enfants dialysés, le dossier médical inexistant, les fistules payantes... », tout en précisant que ces dysfonctionnements entraînent des complications encore plus graves chez les patients, ce qui nécessite des dépenses médicamenteuses supplémentaires.
Il a souligné que le programme des greffes rénales est actuellement à l’arrêt en raison du manque de médicaments. Pour la présidente de l’association algérienne des hémophiles, Mme Latéfa Lamhane, il est temps de trouver des solutions à toutes ces situations tragiques. Elle a indiqué que sur les 1500 hémophiles, 80% sont handicapés et 50% sont atteints d’hépatites B ou C. « Les malades ne savent plus à quel saint se vouer, nous n’avons aucun interlocuteur. Des produits comme le facteur 8 sont actuellement en rupture de stock, mais personne n’est en mesure de nous répondre, de nous informer et de nous rassurer. Le ministère de la Santé a fermé ses portes aux malades », a-t-elle dénoncé.
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Les médecins prônent la dépénalisation

Séminaire international sur la responsabilité pénale médicale
Les médecins prônent la dépénalisationLa responsabilité pénale médicale reste à ce jour incomprise et difficilement reconnue en dépit du nombre de plus en plus important des plaintes de victimes d’erreurs ou de fautes médicales. Réunis hier à la Cour suprême, magistrats et personnel du corps médical se sont mis d’accord sur la nécessité de réglementer la relation entre le patient et son médecin, et la responsabilité de ce dernier dans l’exercice de sa fonction.
C’est ce qui ressort des interventions des participants au Séminaire international sur la responsabilité pénale médicale, organisé hier par la Cour suprême, auquel ont pris part magistrats et médecins algériens, mais également leurs confrères venus de France, de Belgique, du Liban, du Maroc, du Soudan, de Tunisie et de Mauritanie. Ces derniers ont reconnu tous la difficulté d’établir l’erreur ou la faute grave dans l’exercice de la médecine. Une difficulté que le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, a d’ailleurs relevée lors de son allocution d’ouverture, en affirmant qu’en Algérie, « les magistrats des tribunaux et cours de justice se trompent souvent dans l’établissement de la faute médicale » parce qu’« elle n’a été définie » ni par le code pénal ni par la loi sur la santé. Le ministre a mis l’accent sur la nécessité de la détermination de la faute médicale, car, selon lui, « elle reste étroitement liée à la santé des personnes et au développement scientifique dans les domaines médical et technologique ».
Il a expliqué que le pouvoir d’appréciation conféré au juge par le code pénal permet la détermination des fautes involontaires pour lesquelles la même loi a prévu le recours à l’expert pour la confirmer et construire ainsi son jugement. Il a également parlé des difficultés en matière de responsabilité collective lorsqu’il s’agit d’erreur commise lors d’une opération chirurgicale pratiquée par une équipe de médecins. De ce fait, il a affirmé que le but de ce séminaire est d’arriver à déterminer ou à identifier les normes de l’expertise sur la base de laquelle est définie la responsabilité pénale du médecin et à établir une approche avec la jurisprudence judiciaire dans différents systèmes judiciaires dans le monde. Pour lui, il est important de bénéficier des expériences des pays arabes et européens en la matière.
La première communication, axée sur la notion de responsabilité pénale du médecin dans la législation algérienne, a été présentée par Mokhtar Sidhoum, conseiller à la chambre criminelle près la Cour suprême, suivie de celle de Moussa Arada, président du Conseil national d’éthique des sciences de la santé, doyen de la faculté de médecine d’Alger, sur la responsabilité pénale entre considération éthique et enseignement. Ce dernier a estimé que « la problématique doit être traitée dans toutes ses dimensions et d’éviter de la confiner au traitement de l’erreur ou de la faute médicale ». De nombreuses interrogations ont été soulevées lors des débats par un parterre de plus de deux cents professionnels. Elles étaient axées beaucoup plus sur la définition de l’erreur et de la faute médicales, mais également sur la personne habilitée à les prouver devant la justice.
A ce titre, de nombreux participants ont remis en cause la compétence des experts judiciaires auxquels recourent en général les juridictions judiciaires. Le doyen de la faculté de médecine d’Alger a reconnu qu’il y a une iniquité en matière de répartition des médecins spécialistes, les seuls en mesure d’expertiser un acte médical. Il a révélé qu’en dépit des 1250 spécialistes que l’Algérie forme chaque année, la demande reste très forte, notamment à l’intérieur du pays, appelant de ce fait à une répartition équitable des soins pour l’ensemble des citoyens. Pour sa part, Mohamed Bekkat Berkani, président du conseil de l’Ordre des médecins, a appelé à la dépénalisation de l’acte médical, et de ce fait l’erreur qui en découle, et la rendre passible du tribunal civil induisant un dédommagement matériel, en évitant ainsi de priver le médecin de sa liberté. Il a relevé que dans beaucoup de pays, la relation entre le malade et son médecin « est régie par un contrat civil qui implique une couverture par une police d’assurance, qui protège non seulement le médecin, mais également le patient. Un concept qui devrait être appliqué en Algérie ».
Docteur Belhadj, médecin légiste de l’hôpital Mustapha, a, quant à lui, évoqué le volet de l’expertise, qui repose, a-t-il dit, sur plusieurs éléments. Il a souligné les difficultés que rencontrent les experts judiciaires sur le terrain, notamment en matière de manque de formation médicale des avocats et des juges. De ce fait, il a appelé à l’instauration au principe du médiateur médical, un spécialiste en médecine qui maîtrise les lois et le fonctionnement de la justice. Selon le Dr Belhadj, la pratique a montré qu’en matière d’erreur ou de faute médicale, certaines spécialités sont plus touchées : la gynécologie, l’anesthésie-réanimation, la chirurgie esthétique, l’orthopédie et la chirurgie générale. La responsabilité sans faute liée aux infections contractées faute d’hygiène dans les établissements (maladies nocosomiales) vient en dernière position. Ce qui appelle à des experts, choisis parmi les spécialistes de ces disciplines et avec une expérience sur le terrain de plusieurs années.
Paul Mathieu, président de section de la cour de cassation belge, a relevé que dans son pays il existe deux voies de recours – civile et pénale – pour obtenir réparation. Néanmoins, il a mis l’accent sur la nécessité de « réglementer la relation médecin-patient et d’éviter les chasses aux sorcières qui, souvent, mettent les médecins dans des situations de vulnérabilité ». Les travaux se sont poursuivis très tard avec d’autres communications sur le même thème, ponctuées de débats fort intéressants.
Dr Bekkat. Président du Conseil de l’Ordre : « Il faut dépénaliser les actes médicaux »
« Il faut que les actes médicaux soient dépénalisés et que la responsabilité en matière d’exercice médical soit plutôt pécuniaire et non pénale. » C’est ce qu’a déclaré hier le docteur Bekkat, président du conseil de l’Ordre des médecins, en marge des travaux du Séminaire international sur la responsabilité médicale pénale. Interrogé sur la responsabilité des médecins étrangers qui viennent opérer en Algérie et repartent juste après, le Dr Bekkat, tout en soulignant l’importance du recours à des professionnels étrangers dans certains actes très pointus, quand ils viennent dans le cadre de la coopération entre Etats, a néanmoins précisé que lorsque ces médecins sont sollicités par certains privés, le risque qu’ils échappent à la responsabilité est omniprésent. Selon lui, une centaine de médecins ont été poursuivis par l’Ordre et 16 ont été mis en prison pour fautes graves, alors qu’un cabinet a été carrément fermé à Alger, précisant que depuis 2004, le nombre de poursuites a atteint les 600 cas sur le territoire national.
Kaddour Berradja. Président de la Cour suprême : « Le débat doit être ouvert vu le nombre important des affaires »
« Il faut que les actes médicaux soient dépénalisés et que la responsabilité en matière d’exercice médical soit plutôt pécuniaire et non pénale. » C’est ce qu’a déclaré hier le docteur Bekkat, président du conseil de l’Ordre des médecins, en marge des travaux du Séminaire international sur la responsabilité médicale pénale. Interrogé sur la responsabilité des médecins étrangers qui viennent opérer en Algérie et repartent juste après, le Dr Bekkat, tout en soulignant l’importance du recours à des professionnels étrangers dans certains actes très pointus, quand ils viennent dans le cadre de la coopération entre Etats, a néanmoins précisé que lorsque ces médecins sont sollicités par certains privés, le risque qu’ils échappent à la responsabilité est omniprésent. Selon lui, une centaine de médecins ont été poursuivis par l’Ordre et 16 ont été mis en prison pour fautes graves, alors qu’un cabinet a été carrément fermé à Alger, précisant que depuis 2004, le nombre de poursuites a atteint les 600 cas sur le territoire national.
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le mensonge de l'etat algerien « Quand Hamrouche, Benflis, Louisa Hanoune ou Said Sadi travaillaient pour nous » : Révélations d’un ancien agent du DRS
image La Présidence de la République persiste dans son enquête sur l'assassinat de l’ancien président Boudiaf et du général Saidi Fodil. Cette enquête, rappelons-le, entre dans le cadre de la lutte des clans que se livrent la Présidence et le Département de renseignement et de la sécurité (DRS) du général Toufik. La Présidence l’a lancée au lendemain de la divulgation des scandales de Sonatrach et de l’autoroute est-ouest dans lesquelles sont impliqués des « hommes du président ». Le coordinateur de cette « enquête » qui a pour but de « rendre la monnaie de la pièce » au DRS n’est autre que Saïd Bouteflika, le frère du président. La grande « révélation » à laquelle était déjà parvenue la commission d’enquête en mars, est celle faite par un l’ancien agent du Département de renseignement et de la sécurité (DRS) exilé au Qatar depuis des années et qui a mis à jour dans ses dépositions l’existence d’une structure secrète au sein des services secrets algériens à laquelle il appartenait, unité qui serait impliquée dans les assassinats des feus président Boudiaf et du général Saidi Fodil. Le même agent vient la semaine dernière de faire de nouvelles déclarations à la commission d’enquête, des déclarations qui ont été qualifiées par la Présidence de la république de « très graves » mais « précieuses ». Ces nouvelles dépositions révèlent que dans les années 90, le champ d’action de cette structure secrète s’étendait à des personnalités militaires et politiques algériennes qui faisaient l’objet de chantages en vue de les mettre sous le contrôle total du DRS, sous peine de procéder le cas échéant à leur élimination physique. L’ex agent a affirmé que l’ensemble des agents, dont lui-même, appartenant à cette structure ont eu à travailler sur ses dossiers. Parmi les personnalités citées par l’ancien agent on retrouve les noms de Mouloud Hamrouche, de l’ancien président de la république Liamine Zeroual , Ali Benflis, Abdelhamid Ibrahimi , Ali Kafi, Louiza Hanoune , Said Sadi, le général major Ghziel Abbas, le général Hocine Benhadid , du général major abdelmalek Guenaizia… « Ils n’avaient pas d’autres choix que de travailler pour nous… », a précisé l’ancien agent du DRS qui a mis en cause l’actuel patron du DRS (Toufik) et l’ex chef de l’armée le général major Khaled Nezzar comme étant les premiers responsables de la gestion de ces dossiers. Bouteflika a alors officiellement demandé à l’ancien secrétaire général du ministère de la Défense, le général major Khaled Nezzar d’apporter sa contribution à « l’effort de la commission d’enquête » et de témoigner sur cette « structure secrète » L’unité en question procédait à l’infiltration ou au noyautage des cibles désignées pour ensuite les mettre sous d’énormes pressions en vue de les manipuler directement ou par le biais de leur entourage proche. Par ce mode opératoire, le DRS a fait main basse durant des années sur la vie politique et professionnelle de ces personnalités en s’ingérant par conséquent dans leurs choix et décisions, les concernés savaient pertinemment que s’ils déviaient de la trajectoire dessinée par le Département du renseignement et de la sécurité ils risquaient de perdre leur vie déclarera l’ancien agent du DRS. Il a affirmé que le règlement observé au sein de cette structure était des plus strictes qu’aucun agent du service action ne pouvait le transgresser au péril de sa vie. Dans sa déposition l’ex agent dira qu’il était quasiment impossible d’accéder aux données des dits dossiers, et qu’il prenait avec d’autres agents du services action du DCE ces instruction par le biais de ces deux chefs de réseau, l’agent Benloucif Hakim et l’agent Benseloune Hassan appartenant au contre espionnage, et tous deux originaires de Constantine. La commission d’enquête a demandé de procéder dans les plus brefs délais aux auditions de l’ancien chef du (CPMI) le centre principal militaire d’investigation le général Tertag Bachir, et des agents Bensaif Yazid, Benloucif Badis, Ait ouali mounir, Habchi Nacer, Sadki Louenes, Houari Benhamou, cités dans les dossier du géneral Saidi fodil, Alili mohamed, et qui apparemment ne veulent pas se plier aux convocations de la commission d’enquête ni à celles du procureur général de la première région militaire. Des sources proches du président Bouteflika font état de sa volonté ferme d’aller jusqu’au bout de cette action judiciaire qu’il considère comme une « affaire d’Etat et du peuple », une affaire dans l’intérêt unique serait celui de « faire toute la lumière sur cette structure opaque du DRS afin d’apaiser la mémoire populaire, et que les familles des défunts puissent finalement faire leur deuil. » En vérité, l’objectif est plutôt de neutraliser le DRS pour faire place au clan des Bouteflika. La tension entre la présidence et le DRS aurait atteint des niveaux alarmants, et le président Bouteflika a donné des instructions à ses services de protection de renforcer la sécurité de ses frères et de leurs familles. L.M.
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L'avenir radieux de Nounou La Gaffe (Deuxième partie)
Nous étions à la fin du mois d’août 2007 et le chef de l’ État venait, en cavalier seul, de donner un brusque coup d’accélérateur au pacte avec les intégristes : il accorda aux anciens du Front islamique du salut (FIS, dissous) et à ceux de l’Armée islamique du salut (AIS), le droit de revenir à la politique, contredisant ainsi les lois du pays. Son négoce était clair : obtenir coûte que coûte le cessez-le-feu et se faire consacrer comme l’homme de la paix auquel le troisième mandat serait tout destiné. Les chefs de l’AIS se sont engagés, en effet, à « persuader » leurs amis terroristes encore actifs d’abandonner les maquis.
Dès juillet, ils font parvenir, au nom du président Bouteflika, un « message de paix » aux émirs du GSPC.En contrepartie d’une si louable prestation, les dirigeants intégristes recevraient carte blanche pour créer un « nouveau FIS. »Mais Bouteflika avait violé la loi de la famille : le consensus. Une grande partie de la hiérarchie militaire désapprouvait cette transaction machiavélique, funeste pour le pays, aventureuse pour eux. Les généraux ne sont pas les seuls à grogner. Al-Qaida, par la voix de son représentant au Algérie, Droukdel alias Abou Mossaab Abd el Ouadoud fait savoir le 28 août 2007, qu’elle rejetait l’appel « à déposer les armes » que lui avaient lancé les Généraux par le biais déguisé de l’émir national de l’ex-Armée islamique du salut (AIS), Madani Mezrag.
La riposte était imminente.Elle viendra sous la forme d’une première mise en garde sanglante : le 14 août, une bombe déchiquette la voiture d’un proche de Mezrag, le chef islamiste Mustpaha Kertali, ex-émir de la phalange (katibat) Errahmane. Il en sort vivant mais perd une jambe. « Cet attentat, c’est un message d’avertissement adressé par les ennemis de la réconciliation », dira-t-il sur son lit d’hôpital.
Alors, avec une ruse de diablotin, et comme pour rendre irréversible le pacte avec Bouteflika, Madani Mezrag le rend public le surlendemain 16 août, en conférence de presse, et annonce la création prochaine d’une nouvelle formation politique qui succéderait au FIS. « Des droits politiques et civils nous ont été accordés dans le cadre de l’amnistie, et notamment la participation aux élections, et ces droits inquiètent déjà certaines personnes influentes au pouvoir, qui cherchent à nous barrer la route. Nous concrétiserons ce projet s’il le faut sans l’approbation du ministre de l’Intérieur », ajoute-t-il, laissant entendre l’appui direct de Bouteflika.
C’est là qu’entre en scène l’auguste baladin qui va redonner son lustre au vaudeville : Yazid Zerhouni. Le Grand Vizir hérite, en fait, dans cette foire d’empoigne, du rôle ingrat de greffier gaffeur. Instruit par Bouteflika, il se résigna à confirmer, le 2 septembre, les propos de Mezrag : « Les activistes de l’Armée islamique du salut dissoute, qui ont fait part de leur intention de revenir à l’activité politique dans un nouveau parti, peuvent présenter leurs dossiers ! »
Bien que rien ne surprenait plus de la part d’un personnage aussi lourdaud, les propos du Yazid Zerhouni jetèrent le trouble au sein de l’opinion. Ils sont, en revanche, chaudement accueillis par les dirigeants du parti dissous. « Yazid Zerhouni a agi en tant qu’homme d’État qui respecte la loi et la Constitution ainsi que le droit des citoyens à s’organiser dans un cadre légal » déclare aussitôt Madani Mezrag à El Khabar.
Les choses s’accélèrent et deviennent limpides. Mustapha Kertali, qui avait survécu à un attentat quelques jours auparavant, reçoit une lettre de sympathie de Bouteflika. Bien qu’Al-Qaida ait revendiqué l’opération contre lui, Kertali regarde ailleurs : « Al-Qaida a peut-être perpétré et revendiqué l’attentat mais les bénéficiaires de cet acte sont ailleurs. »
À quelle heure de la nuit les « parrains d’en face » ont-ils fait à Yazid Zerhouni « une proposition qu’il ne pouvait pas refuser » ? Le mardi 4 septembre, fidèle à sa renommée, le ministre se rétracte à partir de Jijel, déclarant devant des journalistes ébaubis : « Tout retour des responsables du parti dissous sur la scène politique est exclu. Ceux qui évoquent aujourd'hui le retour des anciens responsables du FIS à l'activité politique semblent oublier que la plaie du terrorisme est encore ouverte » La pirouette fit rire tout Alger. « Si ça continue comme ça, on va finir par attraper un vilain rhume ou pire une méchante grippe ou pire encore, une angine carabinée, se gausse le chroniqueur du Soir, Hakim Laâlam. M’enfin ! Arrêtez de fermer et d’ouvrir cette porte du FIS sans arrêt ! » Deux jours plus tard, un attentat suicide est perpétré à Batna où se trouvait Bouteflika.
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L'avenir radieux de Nounou La Gaffe (Première partie)
Yazid Zerhouni, ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable aux Algériens en tant que ministre de l'Intérieur, mais on s'en rappellera longtemps comme de l'homme politique le plus burlesque que l'Algérie ait jamais connu. Coincé entre les exigences politiciennes de Bouteflika et la réalité, Zerhouni n'en finit pas d'inventer les pirouettes.Ah ! si le péril terroriste était aussi hilarant qu'il ne l'est dans la bouche de Zerhouni. Nous serions sans doute tout aussi nombreux à mourir, mais de rire.Le péril terroriste, justement : malgré les récents attentats terroristes commis en Algérie et qui ont fait plusieurs morts et et de nombreux blessés, notamment l’attentat meurtrier qui a récemment causé la mort de sept agents de sécurité et d’un soldat dans la wilaya de Béjaia, Zerhouni jurait, hier, que la situation sécuritaire s’est améliorée en Algérie et que les services de sécurité et l’ANP ont une grande maîtrise de la lutte contre le terrorisme.
Justifier l'échec d'une entreprise politique par la menterie est un exercice fort périlleux. Il faut avoir de sérieuses prédispositions pour le canular et un certain talent pour le faire gober. Zerhouni ne possède ni l’un ni l’autre. L’homme n’a, pour exprimer l'embarras sans nom du pouvoir, que d'émouvants galimatias et de pathétiques lapalissades auxquels
s’ajoute cette vieille et incorrigible tentation pour la bêtise laquelle, il devrait enfin le savoir, consiste à avoir une réponse à tout.D'où vient cette grande maîtrise de la lutte contre le terrorisme en période de réconciliation ? Zerhouni a une réponse : au lieu de capturer ou d’éliminer les terroristes, le ministre de l’Intérieur suggère qu’il faut leur mettre la pression pour les faire fuir d’une région à une autre jusqu’à ce qu’ils se décident à se rendre et profiter des gros avantages réservés aux terroristes repentis par la charte pour la réconciliation nationale.
Il fallait y penser !
G.F.