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  • Quand le vice fait dans la vertu

     

    Par : Mustapha Hammouche

    Des “militants” de la sobriété courent les rues de certains quartiers pour rassembler des pétitions appelant à la fermeture de débit de boissons. On a la cause qu’on peut.
    La tenue des femmes et la consommation d’alcool constituent, selon le moment et l’endroit, les grandes questions qui préoccupent une société largement dressée à des réflexes de secte.
    On peut se demander, cependant, pourquoi ces rédempteurs de quartier s’excitent aussi nerveusement autour des boutiques d’alcool et des bars résiduels : l’État va plus vite dans son œuvre prohibitive. Depuis une dizaine d’années, l’on a appris l’existence de toutes sortes de raisons “légales” de fermer un restaurant. Et, étrangement, les cafés aux tables crasseuses et tasses sales, les gargotes aux effluves écœurantes, les usines à graisse dégoulinant sur les trottoirs qui ne succombent jamais à la rigueur de la réglementation. Celle-ci est réservée aux établissements dont l’effort d’investissement et d’hygiène autorise leur classification à une catégorie qui leur permet de servir de l’alcool !
    Si la prohibition avait quelque vertu de sevrage, l’Amérique l’aurait prouvé et le monde l’aurait adoptée. Et si notre pouvoir avait un réel souci de santé publique, cela se verrait dans l’état de nos hôpitaux. Non. Effarouché par l’islamisme violent, nos dirigeants qui, un temps, ont fui le pouvoir, et même le pays, pour certains, sont revenus composer avec des islamistes militairement affaiblis : on abandonne les villages et quartiers à votre code “moral” et à votre business informel mais hallal ; vous nous laissez à notre rente et à nos espaces sociaux offshore ! Ainsi se décline, au plan de la gestion morale de la société, le compromis qui fonde la stratégie politiquement dévastatrice et culturellement régressive de la réconciliation nationale.
    La manière dont Sellal, dans une démarche antiéconomique, a cédé le dernier “pour cent” d’intérêt sur les crédits à la création d’entreprises, aux pourfendeurs intéressés du “riba” illustre cette démarche de renoncement à la rationalité pour gagner la reconnaissance de piété. Ce n’est ni le Sheraton ni Riad El-Fath qui ont à redouter les pétitions : ils n’ont pas de voisins. Et comme la jet-set rentière se déniaise plus volontiers dans les bars de Palma ou les boîtes des “Champs”, comme disent ces familiers de la plus belle avenue du monde, les “neveux” de la caste pourront encore longtemps s’éclater en toute sécurité.
    Les enfants du peuple, embrigadés comme vigiles anti-boissons pour beaucoup d’entre eux, une fois le devoir d’assainir le quartier de ses bars accompli, pourront, le soir venu, s’anesthésier à coups de “zetla” et de “cachets” dans les buanderies désaffectées et dans les rues désertes.
    Paradoxalement, la “morale” pieuse, qui traque l’alcool, sert directement la corruption, ce vice national qui, lui, se porte si bien : la pression conjuguée des forces islamistes et de l’État, tous services confondus, met en effet les gérants de restaurant, bar et autres débits de boissons dans un état de précarité intenable qui les met à la merci de fonctionnaires véreux.
    Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : il n’est pas sûr que ce soit dans les bars qu’il faille chercher les pires des vices de notre société !


    M. H.
    musthammouche@yahoo.f

  • no moment

    DIlem du 27 Aout 2013

  • L’Algérie, un pays «stable» à éviter

    ALERTES SÉCURITAIRES AUX VOYAGEURS ÉTRANGERS

    Vue de l’étranger, l’Algérie reste un pays dangereux. Pour nombre d’Etats, la menace terroriste est bien réelle. Petit tour du monde des alertes aux voyageurs.

    Tarek Hafid - Alger (Le Soir)
    L’Algérie attire mais continue de susciter des craintes. Il suffit de lire les rubriques «conseils aux voyageurs» des ministères des Affaires étrangères pour le confirmer.
    Le Quai d’Orsay divise le territoire algérien en deux zones colorées : orange au Nord et rouge au Sud. «Les menaces renouvelées d’Al Qaïda au Maghreb islamique contre les intérêts français, la persistance d’attaques menées par les groupes terroristes, principalement contre les forces de l’ordre dans le quart nord-est du pays, mais susceptibles de concerner aussi bien les étrangers et d’autres régions, et la dangerosité accrue de la zone sahélienne, limitrophe de l’Algérie, aboutissent à ce que le risque terroriste reste élevé en Algérie. Ce risque concerne toutes les régions en Algérie, aussi bien les régions du Nord que le Grand Sud».
    Pour ce qui est des centres urbains, le ministère français exige de ses ressortissants de «faire preuve de prudence». «Le risque terroriste est contenu par le dispositif sécuritaire déployé mais il reste nécessaire de faire preuve de prudence. Les villes (dont Alger et Oran) ont pu connaître des mouvements sociaux importants qui dégénèrent parfois en émeutes urbaines.
    Il convient donc d’adopter un comportement aussi peu ostentatoire que possible et d’entourer ses déplacements, notamment dans les quartiers sensibles, de mesures de précaution et d’une attitude de vigilance. Les autorités algériennes ont constaté une recrudescence de la délinquance et de la petite criminalité, ce qui doit amener chacun à adopter les consignes de prudence habituelles dans les villes exposées à ce type de danger. Compte tenu d’une circulation automobile intense, la plus grande prudence est recommandée en ville et sur les routes». Mais les spécialistes des alertes restent les Américains avec leur «travel warning» que le Département d’Etat relance chaque saison.
    La dernière date du 23 août et fait état d’une «menace persistante du terrorisme». «Le Département d'Etat continue de mettre en garde les citoyens américains des risques de voyage en Algérie. Cet avertissement pour l'Algérie remplace celui publié en date du 19 février 2013 suite à une mise à jour des informations sur la situation sécuritaire actuelle en Algérie, la menace persistante posée par le terrorisme, et les informations sur les incidents de sécurité et les recommandations sur la sensibilisation à la sécurité».
    Cette alerte intervient après la décision du gouvernement américain de fermer ses ambassades dans la quasi-totalité des pays arabes. A Alger, cette mesure exceptionnelle n’avait duré qu’une seule journée, soit le 4 août. Mais il semble que certains Etats aient décidé de changer leur perception de la situation sécuritaire en Algérie depuis la prise d’otages de Tiguentourine.
    C’est notamment le cas du Japon, pays qui a perdu dix ressortissants dans cette violente attaque terroriste. Kidnappings, attentats, vols, cambriolages, émeutes… le site du ministère des Affaires étrangères japonais foisonne d’informations sur les risques et les menaces encourues en Algérie. Rien qui ne donnerait envie à un groupe de touristes nippons de venir passer quelques jours en terre d’Algérie.
    La Grande-Bretagne semble avoir une toute autre approche. Le Foreign Office dresse une liste détaillée des régions à éviter (Bouira, Tizi-Ouzou, Boumerdès, Tébessa, Skikda, Illizi et Tamanrasset) tout en précisant qu’il est généralement «sûr de se déplacer dans les grandes villes». Le gouvernement du Canada fait plus dans la logique «à vos risques et périls». Voici comment est présentée la politique d’Ottawa en matière de prise en charge des Canadiens en zone dangereuse : «La décision de voyager relève de vous seul. C’est également à vous seul qu’il incombe de veiller à votre sécurité personnelle à l’étranger. Le gouvernement du Canada prend très au sérieux la sécurité des Canadiens à l’étranger et diffuse des renseignements fiables et à jour dans ses conseils aux voyageurs. Dans l’éventualité où une situation de crise nécessiterait une évacuation, la politique du gouvernement du Canada consiste à assurer le transport sécuritaire des ressortissants canadiens jusqu’au lieu sûr le plus proche. Le gouvernement du Canada ne vous aidera à quitter un pays ou une région qu’en dernier recours, lorsque tous les moyens de transport commerciaux et personnels auront été épuisés. Ce service est offert contre recouvrement des coûts, et vous devrez assumer les frais associés à la poursuite de votre voyage. Les situations varient d’un pays à l’autre et les ressources du gouvernement pourraient, dans certains cas, être soumises à des contraintes susceptibles de limiter son aptitude à offrir de l’aide, notamment dans un pays ou une région où le risque de conflit violent ou d’instabilité politique est élevé.»
    Certains pays ne montrent aucun signe d’inquiétude, l’Algérie n’étant concernée par aucune alerte voyage. La Corée du Sud, la Chine ou encore la Fédération de Russie font partie de ce groupe restreint. Maintenant, posons la problématique autrement : quelles sont les menaces et les risques auxquels pourraient être confrontés les Algériens à l’étranger ? Impossible de le savoir, le ministère algérien des Affaires étrangères ne s’est pas encore intéressé à cette question.
    T. H.

  • Résultats des négligences dans le secteur de l’énergie Sonatrach et le gaz israélien

     

    A l’insu de ses responsables et surtout ceux de sa tutelle, Sonatrach est, désormais, impliquée dans l’achat de gaz en provenance d’Israël. L’information est confirmée à la fois par les médias égyptiens et israéliens qui font état de l’accord conclu entre la société Union Fenosa Gas SA et des fournisseurs israéliens pour la vente de gaz produit dans l’offshore de l’état hébreux.
    Union Fenosa Gas SA est une société espagnole, dans laquelle Sonatrach est actionnaire à hauteur de 4%, et qui dispose d’une unité de GNL en Égypte. Celle-ci vient de conclure l’accord en question avec la partie israélienne.
    Cette action est justifiée, côté espagnol, par le fait que le marché égyptien ne dispose plus des ressources énergétiques nécessaires au fonctionnement de ses installations de liquéfaction du gaz. Selon la presse égyptienne, en 2012, Union Fenosa Gas SA n’a pu exploiter son unité de Damiette, dans la périphérie de la capitale, qu’au tiers de sa capacité et se trouve dans l’obligation de recourir au gaz israélien pour couvrir ses besoins. Sonatrach se trouve, ainsi, impliquée dans une opération lourde de sens en termes de relations avec l’Etat hébreux.

    Négligence ou complicité ?
    Tous les experts affirment que la Sonatrach et le ministère de l’Energie ne peuvent être complices dans ces transactions entre la société espagnole Union Fenosa Gas SA et les fournisseurs du gaz israéliens. Ils justifient ces jugements par le fait que les investissements de Sonatrach à l’étranger sont délaissés et ne font pas l’objet d’un suivi rigoureux. Les représentants du groupe public à l’étranger sont, quant à eux, sélectionnés dans la plupart des cas sur la base de recommandation et non sur des critères de compétence.
    La Sonatrach aurait pu fournir l’unité de Damiette en gaz si le responsable du suivi des activités de Gas Natural Fenosa avait signalé ce fait. Mais, tel n’est pas le cas.
    Le groupe Sonatrach dispose d’une participation de l’ordre de 4,007% dans le capital du groupe espagnol Gas Natural Fenosa. Fin 2012, il a acquis 2 millions d’actions supplémentaires, pour porter à 40 millions le nombre de titres qu’il détient dans ce groupe énergétique.
    Depuis 2011, Sonatrach est le troisième investisseur dans le groupe espagnol, après la banque Caixa et le groupe pétrolier Repsol. Aujourd’hui, la valeur de la participation du groupe algérien au sein de la compagnie espagnole est estimée à quelque 720 millions d’euros.
    Il convient de rappeler que le différend sur la révision des prix du gaz fourni par Sonatrach en Algérie entre 2005 et 2008 a conduit à une décision d'un tribunal international qui a condamné la partie espagnole à verser à Sonatrach la somme de 1,897 million de dollars.
    L’accord conclu en 2011 portait également sur la prise de participations de Sonatrach dans le capital de GNF et sur une cession de l’ordre de 10% des actions détenues par Sonatrach dans le gazoduc Medgaz, qui relie l’Algérie à l’Espagne.
    Cette opération a été conclue au début du mois de janvier dernier quand Gas Natural Fenosa a acheté, auprès de Sonatrach, 10% du capital de Medgaz pour la somme de 61,9 millions d'euros.
    La filiale Union Fenosa Gas (UFG) a été fondée en 1998 par le groupe Gas Natural Fenosa pour activer dans la liquéfaction, le transport du gaz et la production de l’électricité. En 2003, UFG a conclu un partenariat stratégique avec l’italien ENI qui a pris 50% de participations dans le capital du groupe.
    A travers ce partenariat, le groupe espagnol s’est lancé à l’international, notamment en Égypte et à Oman.
    Entre ces espagnols et ces italiens, la Sonatrach a perdu le Nord à tel point qu’elle se trouve mêlée à du business avec les exportateurs de gaz israélien.
    Mokhtar Benzaki

  • FLN à détruit l'algerie

     


     

    Le destin injuste du sigle FLN

    Par : Mustapha Hammouche

    Il y a quelque chose de triste dans ce qu’il est advenu du prestigieux sigle Front de libération nationale.
    Les clans, pourvus d’ambitions mafieuses manifestées avant même l’Indépendance, ont flairé, en pleine guerre de Libération, l’avantage tactique à tirer de l’appropriation exclusive du sigle FLN. Ils firent du Front qui associait tous les partis et toutes les sensibilités, un parti… unique qui commandait l’intolérance de toute autre vision que celle de ses propriétaires. Ils firent du libellé de la solidarité nationale l’instrument de l’exclusion autoritaire.
    Des manœuvres et affrontements ont marqué l’été 1962, du lendemain des accords d’Évian à l’élection de l’Assemblée constituante, une ratification de liste unique de ses membres plus précisément, en septembre, aboutissant à la confirmation du coup de force de Tripoli. Ben Bella, entré à Alger avec l’état-major quelques jours plus tôt, est désigné président de l’Exécutif et adopte la “charte” du congrès inachevé de Tripoli, instituant le socialisme et le parti unique, comme programme. Il proclame ce qui sera le véritable programme du FLN-appareil jusqu’à aujourd’hui : “La démocratie est un luxe que l’Algérie ne peut pas se permettre.”
    Mal lui en prit. Son règne durera moins de trois ans. Parce qu’en matière de dictature, ce n’est pas le parti qui contrôle le pouvoir ; c’est le pouvoir qui contrôle le parti.
    Après le coup d’État du 19 juin 1965, comme pour se mettre en conformité avec sa fonction réelle, le FLN adopta ce statut d’appareil jusque dans sa structure : c’est l’appareil du parti qui organise l’activité “politique” : il sert surtout à empêcher l’intrusion dans les institutions de citoyens qui n’ont pas fait la preuve de leur adhésion au système de pouvoir. Une fonction de police politique sans arme.
    Depuis, le sigle n’a pas connu d’autre destin que celui-là : servir de lieu de transposition de légitimation “politique” des choix d’un pouvoir qui sait devoir son autorité à sa seule force et en rien à une “volonté populaire” que le FLN est censé concentrer, soit comme parti unique soit comme parti “majoritaire”. La nécessité d’adapter les hommes et le mode d’action aux nécessités conjoncturelles de maintien du système installé par le couple Ben Bella-Boumediene et entretenu par leurs successeurs, toutes sortes de subterfuges ont été testés pour l’adaptation du personnel et du mode d’action de l’appareil. Et cet appareil, qu’on affuble de l’abréviation sacrée de FLN a été dans toutes sortes de combines qu’illustrent les péripéties du “coup d’État scientifique”, de “la justice de la nuit”, jusqu’à l’actuel feuilleton animé par le BP, le CC et autres “clans des milliardaires”…
    Paradoxalement, c’est sous le régime qui a introduit une réforme constitutionnelle protégeant les symboles de la Révolution, que la dispute autour de l’instrumentalisation de l’un de ces signes connaît une grossière et irrépressible surenchère.
    On ne dira pas qu’il est temps de cesser de compromettre le sigle FLN dans les affrontements autour de la rente : il peut encore rendre trop de services au clan pour que l’appel soit écouté. On pourrait nous répondre par un ricanement à la Chakib Khelil.


    M. H.
    musthammouche@yahoo.f

  • Bosses


    Par Maâmar Farah
    Un lecteur me reproche de ne pas avoir réagi à la profanation de tombes musulmanes dans un cimetière français. Outre le fait que je ne suis pas obligé de réagir à toutes les bêtises, je trouve que beaucoup de journaux le font si bien.
    Mais moi, j’aurais pu réagir si je n’avais pas honte. Honte d’appartenir à un pays où l’on a détruit les croix dans les cimetières chrétiens ; pas seulement les croix, mais également les sépultures et les caveaux ! Honte de faire partie de la communauté où se trouvent ces profanateurs qui ont déterré des cercueils pour sortir des squelettes qu’ils ont dépouillés des bijoux que leurs familles croyaient en lieu sûr !
    Voilà pourquoi je suis incapable de réagir car je ne veux pas être comme le chameau, à ne voir que les petites bosses des autres, alors que les miennes sont énormes !
    maamarfarah20@yahoo.fr

    «A propos de ton billet de jeudi, voici un programme, chanté par Gérard Lenormand, que j'adopterai volontiers : Si j'étais Président de la République, jamais plus un enfant n'aurait de pensée triste.»
    Tata Aldjia

  • ÉGYPE Le ratage des frères musulmans et les mensonges d’Al Jazeera

     

    Du Caire, Hassane Zerrouky
    Vendredi, l’appel de «l’Alliance contre le coup d’Etat», regroupement de 33 mouvements islamistes dont les Frères musulmans et leur bras politique, le Parti de justice et de la liberté, lors de la mobilisation contre le pouvoir égyptien a été un ratage monumental. Les Égyptiens appelés à «manifester par millions» n’étaient pas au rendez-vous. Le «vendredi des chouhada» n’a pas eu lieu. Même la libération surprise de Hosni Moubarak, intervenue à la veille de ce vendredi des martyrs, et dénoncée par les «Ikhouane», n’a pas eu l’effet escompté. Elle est passée presqu’inaperçue.
    Au Caire, ville qui compte près de 19 millions d’habitants, entre trois et quatre mille personnes ont répondu à l’appel de l’Alliance.
    Sur les 28 marches de protestation programmées, il n’y en eu que cinq.
    Et ce, contrairement aux images mensongères d’Al Jazeera, qui a diffusé des vidéos amateurs dont on se demande si elles n’avaient pas été prises avant ce «vendredi des martyrs». Anticipant l’échec des islamistes, les autorités égyptiennes ont même allégé le dispositif sécuritaire. Seuls quelques axes stratégiques, dont la place Tahrir afin d’éviter des heurts entre pro et anti-Morsi, étaient gardés.

    Place Ramsès, pas l’ombre d’un policier. La mosquée El Feth, théâtre de violents affrontements, où des snipers islamistes étaient embusqués sur le haut du minaret la semaine précédant ce «vendredi des martyrs», évacuée samedi dernier après un siège de 24 heures, est fermée ce vendredi officiellement «pour travaux», indique un petit écriteau sur la grille de l’édifice.
    Dans ce quartier, les traces des violences sont visibles. Voitures calcinées dans les ruelles adjacentes, quelques habitations endommagées par un début d’incendie, les trottoirs, dont le carrelage a été arraché pour servir de projectiles, n’ont pas été réparés. Derrière son étal, Omar, appelons-le ainsi, vend des lunettes de soleil mais aussi des posters de Nasser et du général Al Sissi ainsi que l’emblème égyptien. «C’est de là que les terroristes tiraient sur les militaires» en indiquant le sommet du minaret.
    Ailleurs dans la ville, des prières ont été annulées sans explication.
    Place Rabaa al Adwiya, à Nasr City, là où des dizaines de milliers de militants islamistes campaient avec femmes et enfants dont une partie de gamins drapés de linceuls de martyrs, la mosquée était également fermée pour «réparation» ! Sur cette place, qui a été le principal lieu de contestation des «Frères», avant d’être évacuée par la force au prix de centaines de victimes, il n’y avait qu’un camion des forces de sécurité. Ce vendredi, brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit «ma mort est le prix de ma liberté» — il n’y a pas eu de morts bien sûr — ils étaient au plus près de 200 islamistes à fustiger le «coup d’Etat», déchirant sous l’œil des caméras étrangères les portraits du général Al Sissi, et exigeant la libération et le retour de Mohamed Morsi au pouvoir.
    Dans le quartier des Mohandissine, ils étaient près d’un millier à défiler. A Gizeh, quelques centaines ainsi qu’à Helouan. Autrement dans le reste de la ville, comme sur l’île de Zamalek, ce fut un vendredi calme. A Alexandrie, théâtre de heurts violents durant le mois de Ramadhan, il n’y a pratiquement pas eu de manifestations.
    A l’intérieur du pays, excepté peut-être Tanta dans le delta du Nil où les affrontements entre pro et anti-Morsi ont fait deux morts, le «vendredi des chouhada» n’a pas eu plus de succès, sauf sur El Jazeera ! De fait, on assiste à un retour à la normale. La tension a sensiblement baissé.

    Le Caire retrouve des couleurs
    L’échec du «vendredi des martyrs», une semaine après le «vendredi de la colère» qui avait peu mobilisé, est-il l’indice d’ un essoufflement de la mobilisation que d’aucuns en Égypte qualifient de tournant ? Il est sans doute trop tôt pour l’affirmer. Les Frères musulmans sortent affaiblis mais ils sont loin d’être morts politiquement. En fait cet échec s’explique par plusieurs facteurs.
    A commencer, on ne le dit jamais assez, par les deux années de pouvoir des Frères musulmans, qui n’ont pas servi la confrérie. Arrivés au pouvoir sous le slogan «l’Islam est la solution», les Frères n’ont tenu aucun de leurs engagements d’amélioration des conditions sociales d’existence du plus grand nombre, et ce, en dépit des milliards de dollars versés par le Qatar et des pays du Golfe.
    En deux ans, ils se sont retrouvés face à la société et la colère des gens qui ont voté pour eux. L’entêtement de Morsi, qui s’est comporté comme un chef de secte et non comme un homme d’Etat responsable devant tous les Égyptiens sans exception, à prendre la mesure des réalités, refusant d’appeler à des élections anticipées, a fait le reste.
    Qui plus est, en privilégiant l’affrontement face à un pouvoir auréolé par le soutien de millions d’Égyptiens – 67% des Égyptiens ont approuvé l’intervention de l’armée contre les frères selon un récent sondage – les Frères musulmans ont fait une erreur stratégique.
    D’abord, il n’y a pas eu de scénario syrien : en médiatisant à outrance via les réseaux sociaux et El Jazeera, des cadavres de militants tués par l’armée, les Frères croyaient dur comme fer, qu’ils pouvaient rééditer le scénario syrien, et inciter par l’image tout ou partie de l’armée à basculer dans l’opposition. L’armée est restée unie.
    Ensuite, l’ampleur de la répression – 1 200 morts dont près de 200 militaires et policiers – ne s’est pas traduite par la division des forces progressistes et libérales, et ce, à la seule exception de Mohamed El Baradei, qui a démissionné en signe de protestation contre le recours à la force. Les policiers égorgés dans le Sinaï ont choqué et nui à l’image des Frères qui n’ont pas condamné cet acte.
    Enfin, les autorités égyptiennes ne sont pas tombées dans le piège tendu par les islamistes, à savoir l’interdiction de leur mouvement, pour les pousser à la clandestinité. Et plus que la répression et les arrestations ciblées des responsables et cadres de la confrérie, sur fond de couvre-feu empêchant l’utilisation des mosquées dès la nuit tombée comme ils le faisaient avant (même sous l’ère de Moubarak), les Frères musulmans ont surtout perdu la légitimé morale, le statut de musulmans intègres et l’image de «martyrs» et la posture de «victimes», qu’ils ont de tout temps cultivés.
    Enfin, autre erreur des Frères, c’est le fait d’avoir sous-estimé le retour du Nassérisme au sein de la société et de l’armée. Le mouvement Tamarod, à l’origine de cette formidable mobilisation qui a fait chuter le pouvoir de Mohamed Morsi, s’en réclame ouvertement.
    Les portraits de Nasser, le «raïs», sont partout. Les Égyptiens, notamment les jeunes, redécouvrent les discours du raïs prononcés dans les années 1950 et 1960, notamment ceux tournant en dérision les Frères musulmans et les Etats-Unis, lesquels sont diffusés en boucle sur les télés et les réseaux sociaux.
    On rappelle que Nasser, aussi autoritaire soit-il, était un homme intègre. «Il n’avait que 80 livres égyptiennes sur son compte, pas de biens privés, et ses enfants, aujourd’hui enseignants, n’ont pas bénéficié de passe-droits comme ce fut le cas des enfants de Moubarak», explique ce marchand de journaux.
    Aussi les Égyptiens voient-ils en le général Al Sissi, un héritier du nationalisme progressiste prôné par Nasser. Et le fait qu’Al Sissi, actuel ministre de la Défense, ait refusé de décrocher le téléphone pour répondre à Obama puis à John Kerry, en a fait un héros national aux yeux du petit peuple du Caire.
    Cela étant, bien que sortis fragilisés politiquement, les Frères musulmans escomptent bien retrouver à terme la scène politique. La question sera alors de savoir s’ils vont tirer les leçons de cet échec et quelle sera alors leur stratégie.
    A Istanbul, al-Tanzim Dawli, à savoir l’Organisation internationale des Frères musulmans, basée à Londres, a tenu une première réunion pour discuter de l’échec égyptien et ses conséquences dans les pays arabes et islamiques où existent des branches de la confrérie.
    H. Z.