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  • toujours les greves legales se transforment en illegales avec la justice illegale algerienne pffffffffff

     

     

    Arcelormittal El Hadjar : La grève jugée illégale par la direction

    Gonzalo Urquijo, président du département de l’investissement au groupe ArcelorMittal et responsable des activités produits longs, et Vincent Legouic, directeur général d’ArcelorMittal Annaba, seront reçus aujourd’hui par Mohamed Benmeradi, le nouveau ministre de l’Industrie, de la Petite et Moyenne entreprise, et de la Promotion de l’investissement.

     

    L’objet de la rencontre, selon des sources proches du complexe, portera sur les évènements qui secouent depuis quelques jours la stabilité du complexe dont la prochaine grève prévue pour le 21 juin prochain, mais aussi sur le plan d’investissement établi par le groupe indien dont l’enveloppe s’élève à 200 millions de dollars. Une rencontre à travers laquelle les deux responsables d’ArcelorMittal veulent afficher au gouvernement algérien leur volonté de rester en Algérie et d’exprimer, selon nos sources, leur « mécontentement dû aux entraves syndicales auxquelles ils sont confrontés périodiquement ». A cette réunion, prendra part le chef de cabinet de Sidi Saïd, le patron de la centrale syndicale de l’UGTA, qui a été dépêché à l’effet de chercher un compromis heureux entre les deux parties. La direction générale d’ArcelorMittal El Hadjar a qualifié, hier, la grève annoncée pour le 21 juin d’illégale. « Nous considérons que la grève annoncée pour le 21 juin prochain est illégale », a estimé la direction générale du complexe dans son bulletin Info-Usine distribué aux travailleurs dont une copie est parvenue à notre rédaction.

    Explicite, le contenu du document énonce les points noirs qui ont entaché la démarche du syndicat avant d’aboutir à un préavis de grève remis avant-hier à la direction générale. « Toutes les démarches entreprises ne sont pas conformes à la loi et à la convention collective. L’inspection du Travail n’a pas délivré de procès-verbal de non-conciliation, mais nous continuons à discuter avec le syndicat. L’assemblée générale de jeudi n’était ni demandée par le syndicat ni autorisée par la direction générale. Le processus d’approbation de la grève était irrégulier car il n’y a pas eu de vote à bulletins secrets. Enfin, cette assemblée n’a regroupé que 800 des 6 200 employés de l’usine. Il est rappelé, que conformément à la loi, les jours de grève ne seront pas payés », a argumenté la direction générale d’ArcelorMittal El Hadjar. En contrepartie, cette dernière propose aux travailleurs et leur syndicat d’actualiser la convention collective d’entreprise en septembre prochain, discuter un mois après du régime indemnitaire, mettre en place le système de bonus lié à la performance de l’entreprise en novembre 2010 et négocier en décembre des salaires de l’an 2011.

     

    Par M. F. Gaïdi

  • chekib khelil ne sera pas auditionner tout le monde le sait


    Chakib Khelil sera-t-il auditionné ?

    Des auditions de fond de l’affaire SONATRACH débuteront la semaine prochaine

    Chakib Khelil sera-t-il auditionné ?

    L’instruction relative au dossier Sonatrach va entrer, la semaine prochaine, dans une étape importante. Le juge entamera l’audition de l’ensemble des mis en cause et des témoins dans le fond. La responsabilité de l’ex-ministre de l’Energie pourra-t-elle être établie par la justice ?


    Le juge du pôle judiciaire, spécialisé près la cour d’Alger, va entamer, dès la semaine prochaine, les auditions dans le fond de l’ensemble des mis en cause dans l’affaire Sonatrach, qui avait éclaboussé, le 13 janvier dernier, les dirigeants de la compagnie. Les premières auditions des quatorze prévenus et celles d’une quinzaine de témoins se sont achevées en laissant transparaître une lourde interrogation quant à la responsabilité politique et administrative de l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, dans ce scandale. En effet, que ce soit l’ancien PDG, Mohamed Meziane, placé sous contrôle judiciaire — ses deux enfants sont en détention provisoire — ou les vice-présidents, Benamar Zenasni, chargé de l’activité transport par canalisation — sous mandat de dépôt —, Belkacem Boumedienne, chargé de l’activité Amont – en détention provisoire — et Chawki Rahal, chargé de l’activité commercialisation – placé sous contrôle judiciaire —, il est clair que tous les actes de leur gestion étaient soumis à l’appréciation du ministre de l’Energie, précise-t-on.

    Mieux, des sources proches du dossier révèlent que Mohamed Meziane, l’ex-PDG, « ne faisait rien sans se référer à Chakib Khelil. Même pour le cas de ses deux enfants, l’un travaillant pour Saipem et l’autre pour Contel, les deux sociétés étrangères détentrices des marchés, objet de ce scandale, il en avait fait part à son ministre ». Les marchés de télésurveillance pour les bases du sud du pays ne sont, en général, jamais traités uniquement par le PDG ou ses vice-présidents. « Ils sont tous soumis à l’appréciation de Khelil, dont certaines par écrit… », expliquent nos interlocuteurs. Pour ces derniers, « la responsabilité commerciale » de l’ex-ministre « se profile » à l’horizon, au fur et à mesure que le dossier de l’instruction avance.

    En fait, le juge avait déjà entendu les cadres dirigeants de la compagnie sur les contrats de gré à gré octroyés au groupe algéro-allemand, Contel, portant acquisition d’équipement de télésurveillance (surestimé), dont les montants avoisinent les 140 millions d’euros. Ces marchés ont été obtenus par Contel (créé uniquement pour la circonstance pour obtenir le monopole), grâce à l’un des fils de Meziane, qui est également associé dans cette entreprise, en contrepartie de commissions importantes versées en devises dans des comptes à l’étranger, ainsi que d’autres cadeaux, portant donation d’appartements à Paris et aux USA à certains membres de leur famille.

    Le juge a également entendu les cadres sur le marché avec l’italienne Saipem, portant construction du gazoduc GK3, et qu’elle a obtenu grâce à un de ses employés, le deuxième fils de Meziane. Selon nos sources, « lorsque l’ex-PDG avait découvert que ses deux enfants travaillaient pour le compte de sociétés étrangères qui venaient d’obtenir des marchés, il avait demandé conseil à son ministre et celui-ci a laissé faire. Ce qui démontre que Chakib Khelil était au courant de tout ce qui se passait au sein de Sonatrach. Raison pour laquelle de nombreux avocats comptent demander au juge d’instruction la convocation de l’ex-ministre pour être entendu, mais également confondu avec les cadres dirigeants de Sonatrach.

    Néanmoins, ils craignent que cette demande connaisse le même sort que celle réservée au dossier de l’autoroute Est-Ouest, introduite auprès du juge d’instruction en charge de cette affaire, et relative à l’audition du ministre des Travaux publics, Amar Ghoul ». L’on se rappelle que la défense du secrétaire général, Mohamed Bouchama (en détention provisoire), avait réclamé la présence de Amar Ghoul pour l’interroger sur certains points jugés essentiels dans le dossier d’accusation, mais elle a essuyé le refus du juge.

    « Nous pensons que dans le dossier de Sonatrach, il y a plus de preuves sur la responsabilité du ministre. Ce qui nous permet d’être optimistes quant à sa convocation par le juge. Il y va de la crédibilité et l’impartialité de la justice. Si l’on veut que l’opinion publique croit vraiment à la lutte contre la corruption, il faudra que le juge aille très loin et entende toutes les parties impliquées de près ou de loin dans cette affaire, qui ne peut se limiter uniquement aux dirigeants de la compagnie », a déclaré un des avocats constitués pour ce dossier. En tout état de cause, l’étape des auditions dans le fond, devant être entamée la semaine prochaine, va certainement mettre la lumière sur certaines zones d’ombre restées jusque-là incomprises par l’opinion publique, même si pour l’instant les prévenus jouissent du droit à la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’ils soient condamnés définitivement.

    A rappeler que cette affaire avait éclaté au début de l’année en cours, à la suite d’une enquête préliminaire menée par des officiers de la police judiciaire du DRS (Département de renseignement et de sécurité de l’armée), et qui a abouti à la présentation au parquet d’Alger de l’ensemble des cadres dirigeants de Sonatrach. Sur les 14 personnes inculpées, 7 ont été mises sous mandat de dépôt, dont les deux fils de l’ex-PDG de Sonatrach, ainsi que l’ancien PDG du CPA et son fils, deux vice-présidents de Sonatrach et un entrepreneur privé, alors que l’ex-PDG, 2 autres vice-présidents et trois cadres de Sonatrach ont été placés sous contrôle judiciaire. La défense avait été déboutée dans toutes ses demandes de mise en liberté provisoire par la chambre d’accusation.


    Par Salima Tlemçani

  • Plusieurs wilayas du pays touchées par les intempéries : Pluie et grelons font des dégâts


    - Un plan Orsec au sud-est du pays.

    (Organisation de secours en cas de catastrophes) a été déclenché pour le réaménagement du réseau de transport de l’électricité dans les wilayas de Biskra, El Oued et Ouargla, frappées depuis lundi par de violentes intempéries, indiquent à l’APS des filiales de Sonelgaz, en assurant que ce travail se fera dans « les meilleurs délais ». « Les pluies et vents très violents, qui ont touché ces wilayas, ont privé d’électricité quelque 50 000 foyers et endommagé plusieurs lignes électriques moyenne tension », avance un communiqué de la Société de distribution de l’électricité et du gaz du centre (SDC), informant qu’un « plan Orsec a été déclenché pour la gestion de cette situation et la prise en charge des lignes endommagées ». L’intervention immédiate de cette société a déjà « permis de rétablir l’alimentation de la majorité des foyers coupés hormis les localités de Zribet El Hamed et d’El M’ghaïer où quelque 16 000 foyers sont toujours privés d’électricité », précise la même source en assurant que ses équipes « sont sur le terrain pour les réalimenter dans les meilleurs délais ».

    - Le sud de Bouira durement touché.

    Dans la wilaya de Bouira, particulièrement dans la commune de Bordj Okhris, les crues ont causé des dommages à plusieurs ouvrages d’art, aux routes et aux habitations. Durant la journée d’hier, des habitants ont affirmé qu’en l’espace d’une vingtaine de minutes, la quasi-totalité des maisons de cette commune ont été inondées. Selon les mêmes témoignages, pas moins de six véhicules, en stationnement dans un parking situé près de l’oued Bordj Okhris, ont été emportés par les crues. Si les dégâts matériels sont importants, aucune perte en vie humaine n’est à déplorer, a-t-on appris auprès des services de la Protection civile. Entre autres dégâts occasionnés, l’on note la dégradation d’un pont se trouvant au niveau de cette agglomération. Un plan de secours d’urgence a été mis en œuvre.

    - Dégâts et frayeurs à Batna.

    Merouana, Barika et Aïn Touta, trois daïras de la wilaya de Batna, ont subi des dégâts matériels considérables suite aux dernières précipitations, accompagnées de la grêle et de vents violents, avant-hier lundi. Selon le bilan établi par la Protection civile, les toits de trois maisons se sont effondrés à Aïn Touta (30 km au sud du chef-lieu de wilaya), tandis que 10 maisons étaient inondées par le refoulement des eaux usées provenant des égouts de Ouled Laïch, à Bitam, dans la daïra de Barika. Des infiltrations d’eau ont été signalées dans plusieurs maisons situées dans les localités de Merouana et de Oued El Ma. Le chef-lieu de wilaya a connu également quelques désagréments suite à ces intempéries.

    - Panique à El Kala.

    Comme à El Tarf et probablement dans toute la région, l’orage a d’abord surpris par sa soudaineté. Il s’est subitement annoncé avec ses lourds nuages noirs, le tonnerre et les éclairs, puis il a semé la panique en déchargeant sa livraison de glaçons. Les dégâts sont importants. De bouche à oreille, sans qu’il n’y ait encore de bilan officiel, on parle de blessés, de toits effondrés, de récoltes saccagées et surtout de très nombreuses voitures endommagées. Carrosserie défoncée, comme si elles avaient essuyer des tirs de balles et bris de glaces.


    Par Amar Fedjkhi , Mohamed. Bechara, R. N., Slim Sadki

  • Said Sadi: un « clan » a pris l'Algérie en otage

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    Said Sadi a critiqué avant-hier soir les tentatives du pouvoir visant à minimiser l’importance de son parti. Le premier responsable du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, RCD, a accusé le pouvoir de vouloir hypothéquer le pays.

    M. Sadi a qualifié les agissements de certains responsables de l’Etat, spécialement le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales, d’actes « dangereux » qui portent atteinte à la crédibilité de la nation. Pour le patron du RCD, qui s’exprimait dans l’émission « Leurs programmes », le comportement de certains walis et chefs de daïra révèle « avec exactitude » le degré de putréfaction du pays. Il a ajouté que de tels actes prouvent, encore une fois, que la politique du pays est basée sur « la corruption, le favoritisme et le régionalisme ».
    Il est revenu sur ses récentes déclarations sur Nourredine Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur et des Collectivités Locales, qu’il a qualifié de « protecteur du clan de Oujda », en précisant que « le pouvoir a pris l’Algérie en otage ». Said Sadi a déclaré que les élus locaux de son parti ont déposé, il y a une semaine, un dossier auprès des services de l’Intérieur pour agréer une fédération nationale d’élus locaux. C’était sans compter, selon lui, sur le mutisme « légendaire » du ministère de l’Intérieur. Il a, par ailleurs, justifié l’absence des députés de son parti au vote du projet de loi de Finances 2008 par sa non constitutionalité. Il est nécessaire, a argué le Dr Sadi, de présenter le bilan de changes de l’ancien budget avant toute adoption.

  • Sarkozy et Cherif Abbas, cherchez la différence !

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    Les relations entre Paris et Alger ont évolué souvent au gré de la météo; celle-là même qui "régule" les élections qu'organise Nourredine Yazid Zerhouni, le ministre de l'intérieur algérien. Voilà qu'on calme le jeu, le temps d'une visite d'Etat, pour mieux rebondir lorsque les intérêts politiciens, des uns et des autres, recommanderont l'ouverture d'un nouvel épisode d'hostilités. Et toujours en instrumentalisant la charge émotionnelle du contentieux historique qu'on évite, d'un côté comme de l'autre, de régler afin de s'en servir et de l'exhiber à chaque fois comme épouvantail. Il y a comme une volonté, des deux régimes, de saborder toute tentative de rapprochement entre les deux peuples, algériens et français. Pourtant, ce désir de rapprochement et de fonder des relations durables entre les deux peuples, sans transgressions de la mémoire, est exprimé chaque jour à travers moult appels lancés par des intellectuels, des historiens et des organisations non-gouvernementales. Des deux rives de la méditerranée, il y a une conscience qui commence à se forger autour de l'incontournable entente entre les deux peuples afin de faire face aux nouveaux défis du monde. Mais ce souhait fait face, depuis au moins le début du siècle, à une offensive d'américanisation du Maghreb, particulièrement de l'Algérie qui a été épargnée jusqu'au milieu des années 90. Cette partie de la Méditerranée, comme d'ailleurs le Sahel, est au centre d'un enjeu géostratégique autour du contrôle des gisements énergétiques. A Alger, c'est une oligarchie pétrolière qui s'est constituée à l'ombre de la Sonatrach. Échappant à tout contrôle institutionnel, certains revenus des hydrocarbures sont redistribués sous forme de rentes à la clientèle politique, dont les organisations dites de « la famille révolutionnaire », et à ses sponsors dans l'armée et dans les services de renseignements qui bénéficient eux, en prime, de certaines ristournes sur des marchés contractés par la Sonatrach (l'affaire BRC n'a pas livrée tous ses secrets). Pensant contenter ses sponsors, Mohamed Chérif Abbas n'a fait qu’exprimer en réalité que ce qu'il a entendu autour de lui. Dépourvu de principes, il n'est que la voix de ceux qui cherchent à empêcher un rapprochement algéro-français afin de renforcer la domination américaine (et tant pis si la politique arabe étasunienne est depuis longtemps alignée sur la position israélienne). Une domination qui garantira à terme les intérêts de l'oligarchie pétrolière et confortera le régime algérien, qui n'avait pas hésité à désigner, avec l'arrivée de Bouteflika au pouvoir, un homme des texans au poste de ministre de l'énergie. Ceux qui veulent nous faire croire avoir réagit pour défendre notre mémoire souillée par les revanchards et les nostalgiques de la colonisation ont trouvé convergence avec le courant ultralibéral en France, incarné par un Nicolas Sarkozy qui n'a jamais caché sa volonté de rompre avec la politique atlantique et arabe du gaullisme et de son continuateur Jacques Chirac.

    Y.R

     

  • QUI DIT QUE BOUTEF N'AIME PAS ISRAELIEN

    Attentats d'Alger : le curieux geste d'Israël

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    (Photo : Bouteflika serre la main à Ehud Barak)

    L'ambassadeur d'Israël aux Nations Unies a signé vendredi un livre de condoléances à l'intention des victimes des attentats perpétrés cette semaine en Algérie, et ce, malgré l'absence de liens entre les deux pays.
    "Israël fait preuve de compassion pour toutes les victimes du terrorisme, quelle qu'elles soient, et dans ce cas précis, en Algérie", a indiqué Dan Gillerman à l'Associated Press.
    "L'Algérie ne reconnaît pas Israël et n'a même jamais fait de pas vers la normalisation de ses relations avec Israël, à l'inverse du Maroc et de la Tunisie dans une certaine mesure", a ajouté l'ambassadeur.
    "Mais lorsque de tels événements ont lieu, l'aspect humain l'emporte sur tout le reste", a-t-il concédé.
    Dix-sept employés des Nations unies ont été tués dans l'attentat qui a visé le siège du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Alger mardi, a annoncé vendredi la porte-parole adjointe de l'ONU, Maria Okabe.
    Les deux attentats quasi-simultanés de mardi contre les sièges du Conseil constitutionnel et du HCR ont fait 37 morts, selon le dernier bilan officiel du ministère algérien de l'Intérieur.

  • De la corruption algérienne



    Omar Benderra, Ghazi Hidouci, Salima Mellah, Algeria-Watch, 24 février 2010

    Quelques années après la rocambolesque affaire Khalifa, les médias algériens nous apprennent à nouveau que les grands projets d’infrastructure de la présidence Bouteflika 1 et 2 et la non moins grande « nouvelle percée » de l’Algérie sur les marchés des hydrocarbures donnent lieu à des malversations de grande ampleur. Nous l’apprenons par les fuites d’enquêtes et par des articles de journaux. Convenons qu’autrement, on n’en aurait rien su. Tout serait demeuré dans l’ombre et relèverait purement de l’ordre des conjectures.

    Et voila que beaucoup souhaitent entendre les voix de l’« opposition » – ou à défaut celles d’opposants – et s’étonnent des réticences de certains à entrer dans une controverse initiée par le régime. Cela pose la question du rôle réel de la corruption dans le système de pouvoir algérien, ainsi que celui des campagnes « anticorruption » régulièrement conduites par celui-ci.

    Sans grande subtilité, la communication sur ces affaires récentes vise deux objectifs principaux. Le premier objectif martelé, de sorte à ce que nul doute subsiste dans des esprits suspicieux, est que les officiers de « police judiciaire » des services secrets – de fait police politique disposant de pouvoirs exorbitants au droit commun – sont l’expression de la régulation souveraine, une police républicaine qui ne mérite que l’éloge et dont le peuple se doit d’être fier. Le second objectif officiel est que le gouvernement n’est pas en reste, il tente d’apporter des réponses. Lui aussi mérite donc confiance et respect ; il a en effet lancé une vaste campagne de lutte contre la corruption dans ses propres appareils, visant, avec une impartialité émérite, jusqu’à ses propres membres.

    Revenue de biens des illusions, l’opinion publique dans toute sa diversité n’est absolument pas surprise par les dérives et les scandales. Les citoyens considèrent très habituellement que le mal est bien plus grand et bien plus profond que ce que les révélations de presse pourraient laisser accroire. L’opinion est également habituée à vérifier qu’au bout du compte, fatalement, seuls des seconds couteaux, voire des innocents, payent. Mais cela n’empêche pas la rumeur publique, cette fois comme les autres, de se mettre en mouvement et d’enfler au fil du temps. Cette réalité sociale mériterait d’être analysée. Cela serait bien plus utile que de perdre un temps précieux dans un débat récurrent qui se résume en fait à n’envisager ces affaires de corruption qu’en tant que spectacle d’une lutte entre le mauvais et le pire ou même entre méchants clans réglant leurs comptes.

    En effet, les gens rêvent toujours, s’acharnent à espérer – et c’est bien trop humain pour qu’on puisse le leur reprocher – de la possibilité d’une justice dans ce pays. Ils sont prêts à y croire, même si cette justice se manifeste subrepticement et comme par accident. Pour un honnête homme, soucieux de donner un sens moral à sa vie, il est dans la nature des choses que, de temps à autre, des coupables soient sanctionnés. Qu’il en aille autrement serait désespérant… accepter l’impunité comme allant de soi est partout inadmissible. Le match supposé – toujours plus où moins truqué – vaut donc le coup d’être regardé. Mais, simultanément, c’est très perceptible, l’opinion n’est pas convaincue ; la qualification officielle des faits, les noms des coupables présumés paraissent peu crédibles et la nature des délits – leur ampleur - fort minorée. La rumeur fait état de dérives qui reflètent mieux l’importance des sommes détournées et désigne davantage de coupables à un niveau élevé de responsabilité dans l’Etat. La confiance, si tant est qu’elle n’ait jamais prévalu, a précédé les harragas : elle a depuis longtemps déserté nos rivages. L’affaire de corruption change de registre, devient plus politique et les gens en arrivent enfin à oublier presque le scandale pour souhaiter la mise en cause du gouvernement ou, plus exactement, au-delà du gouvernement, du vrai pouvoir qui tire les ficelles et n’exerce aucune responsabilité légale dans la conduite des affaires.

    L’opinion n’est pas dupe. Elle devine toutefois que ce pouvoir de l’ombre, non matérialisé, peut toujours, en cas de pourrissement, prétendre qu’il n’exerce aucune autorité et s’afficher comme une alternative. Les citoyens ne sont pas crédules. Ils savent bien que cette revendication ne sera jamais prise en compte, mais ils l’entretiennent pour ne pas perdre totalement espoir et faire comme si le droit au respect et à la dignité leurs étaient toujours reconnu. Un peu comme pour l’équipe nationale de football ; c’est important par défaut et l’illusion tient lieu de stimulant… Il faut bien essayer de vivre, jusqu’à ce que l’exutoire s’évanouisse et que l’on soit amené à penser à autre chose… Tout cela est tellement triste et en même temps compréhensible : nul ne peut jeter la pierre à ceux qui mordent à de tels appâts… Il faut seulement rappeler encore que notre pays n’est pas dans une situation d’Etat de droit, de respect des libertés, de responsabilité et de justice où la corruption serait un sport pratiqué uniquement à la marge de notre vie sociale par des délinquants marginaux comme le serait, par exemple, le vol à l’étalage. La réalité est que le système politique lui-même n’existe que par effraction ; la délinquance contrôle le politique, la violence d’Etat et donc les dimensions financières et commerciales de la vie du pays. Qui se souvient de Mohamed Boudiaf ? Symbole de l’innocence politique poussée à un degré rare, l’homme historique de la guerre anticoloniale a cru pouvoir lutter contre la corruption sans changer le système. On sait ce qu’il advint.

    Alors où commence et où s’achève la corruption algérienne ? Existe-t-elle vraiment ? Il n’est pas besoin de savantes analyses pour appréhender une réalité brutale connue de tous. Comment nommer corruption la captation criminelle systématique des richesses publiques organisée par ceux-là mêmes chargés de l’interdire et de la réprimer ? Ceux-là mêmes qui libèrent les matraques policières sur les crânes de pacifiques médecins payés au lance-pierre ou de tranquilles enseignants réduits à la misère. Dans l’organisation du pouvoir algérien, le vol est la règle. Ce qui fait exception dans ce système est bien la probité, le sens de l’intérêt général et du bien commun.

    Toute l’économie est organisée sur le mode du prélèvement abusif d’autorité. Au XXIe siècle cette pratique ne peut être affichée ainsi qu’elle a pu l’être à d’autres époques, il faut bien faire croire que nous sommes en République et en Démocratie, que la délinquance est comme partout marginale et qu’il y a une police qui s’en occupe.

    Signifier indirectement – c’est ce que tente de faire cette campagne de presse – que la corruption est une déviance, par définition circonscrite, équivaudrait à en reconnaître le caractère dérogatoire et suggérer qu’elle est une exception à un ordre régulier, fondé sur le droit et la morale. Il est inutile de poser la question de la nature illégale et illégitime du système algérien, l’exercice serait bien trop formel pour susciter autre chose que l’ennui… Et qu’y aurait-il de moral dans ce système politique ? La question ne peut provoquer que le sourire où un haussement d’épaules quand il est de notoriété publique que même le projet de super-mosquée est une source d’enrichissement illicite…

    Le détournement de bien public, la captation illégale des ressources nationales sont la règle et la raison d’être du pouvoir qui régente l’Algérie. Les scandales qui jalonnent à intervalles réguliers la chronique de ce pays sont les péripéties habituelles d’un système qui se régule sporadiquement par élimination de réseaux ou d’individus devenus gênants, comme l’affaire Khalifa, ou relevant de seigneurs de la guerre ayant disparu de la scène, comme pour l’affaire Zeggar. Qui, sous peine de se couvrir de ridicule, pourrait contester ce qui est, de longue date, une vérité d’évidence ? La corruption est bel et bien l’un des aspects naturels du fonctionnement d’un système depuis longtemps arrivé à maturité et stabilisé tant dans ses structures que dans les modalités de sa reproduction.

    L’Algérie appartient à quelques chefs de l’armée – notamment ceux qui dirigent les services de police politique – et à leurs hommes d’affaires, algériens ou non, chargés de maintenir les filières et d’administrer les fortunes disséminées à travers le monde, sous toutes les formes possibles. Personne, nulle part, ne rend compte à des institutions réelles : celles qui existent sont des paravents sans aucune autre fonction que purement théâtrale. La gestion économique et administrative quotidienne est confiée aux clientèles et aux réseaux qui opèrent sur un mode prébendier ou de quasi-affermage. Où serait donc la corruption dans un pays où l’Etat est privatisé de facto depuis des lustres ?

    La nature de l’organisation de pouvoir qui tient en joue la société algérienne est connue et, depuis le temps, parfaitement identifiée, même par les plus naïfs. D’autant que ses mécanismes apparaissent de manière visible depuis l’augmentation significative des prix des hydrocarbures en 1999. Les généraux décideurs sont au sommet du système de prédation, ils en sont les pilotes, la tumeur mère qui diffuse ses métastases dans le corps social. Comment cette organisation pourrait-elle admettre, après 200 000 morts, une autre logique que la sienne ? Le chef de l’Etat (ou ce qui en tient lieu), les ministres et autres figurants d’une cour des miracles politique participent tous d’une économie politique du détournement à ciel ouvert avec toutes les complicités extérieures qu’ils souhaitent. Il est vrai que les dirigeants des grandes démocraties avancées ne sont pas moins vénaux ou cupides que ceux des démocraties spécifiques du tiers monde. La lutte commune contre le terrorisme et le containment de l’islamisme n’expliquent pas tout. Evoluant dans des cadres de droit, l’enrichissement des élites de pouvoir au Nord ne peut provenir que des prélèvements et des rétrocommissions issus des échanges avec des pays comme le notre. Les paradis fiscaux sont fréquentés également par les « civilisés » et les autres. La prédation algérienne est internationale.

    Même s’il est également vrai que d’autres pays, y compris ceux qui bénéficient d’Etats de droit, connaissent le phénomène à des degrés divers, il en est peu où la corruption massive et généralisée se résume, comme c’est le cas en Algérie, à un transfert massif des richesses nationales vers l’étranger. Ce qui se traduit par l’affaiblissement continu et durable du pays et à l’appauvrissement de ses habitants. La corruption n’est pas une fatalité. Certains pays ont même su recycler de manière productive la corruption de leurs élites ; le Japon ou la Corée hier et la Russie, peut-être, aujourd’hui.

    Cela a été dit, mais répétons-le : le crime et la délinquance forment le socle d’un pouvoir hors du droit, hors-la-loi, composé d’individus malhonnêtes et incompétents, cent fois coupables de haute trahison envers leur peuple. Attendre comme le font certains, parfois de bonne foi, que l’« opposition » dénonce la corruption selon l’agenda de ce pouvoir, du fait d’une agitation médiatique autour d’arrestations de subalternes par la police politique secrète serait faire preuve, au moins, d’une admirable crédulité. Après tant d’années de mensonges et de manipulations, de crimes de masses et de vol généralisé à visages découverts, on pourrait penser que les plus naïfs, ou les plus aveugles, auraient fini par comprendre l’environnement criminel installé en Algérie. Dans ce système, la corruption est la loi.

  • Réunion aujourd’hui du 5e Conseil d’association Algérie - UE : L’heure des comptes a sonné





    La tenue aujourd’hui du 5e Conseil de l’Accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne sera l’occasion de mettre à plat les problèmes qui ont rendu quasi impossible une application productive et harmonieuse de l’accord entré en vigueur en 2005.

    Un accord qui, au fil des ans, est devenu la cible de critiques de la part de l’Algérie qui reproche à son homologue européen d’avoir une vision mercantiliste de l’accord, et de tarder à mettre réellement en pratique ses engagements concernant l’investissement, la mise à niveau du tissu industriel et le transfert technologique. Le bilan avancé s’avère, aux yeux des décideurs algériens, clairement en défaveur de l’Algérie qui perd ainsi au change face à son partenaire. Les Algériens en veulent pour preuve le fait que l’accord, signé après de longues négociations, n’a ni favorisé les exportations algériennes hors hydrocarbures ni permis d’installer des IDE européens en Algérie. Pour illustrer ce bilan négatif, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a fait savoir récemment que « pour 1 dollar exporté vers l’UE, l’Algérie importe pour 20 dollars ».

    Du côté des pouvoirs publics, on cite également les pertes fiscales qui se chiffraient, en 2009, à 2,2 milliards de dollars, et on les oppose à la quasi-inexistence des investissements étrangers qui n’ont pas dépassé les 500 millions de dollars. Du côté européen, on cible par contre « le manque de réformes structurelles en Algérie » et on minimise le déséquilibre des échanges. Pour le partenaire européen, la raison des importations trop importantes est à chercher du côté de « la surconsommation de l’Algérie » qui souffre d’un problème de demande intérieure excessive. Un argument comme un autre qui sert clairement à défendre la position européenne vis-à-vis d’un accord qui se révèle de toute évidence plus que bancal.

    Cependant, l’argument, même s’il ne peut justifier à lui seul un déséquilibre aussi flagrant dans les échanges, reflète, tout de même, un aspect non négligeable de la hausse des importations algériennes qui ont représenté en 2008 plus de 20 milliards de dollars et qui mettent en évidence la faiblesse de la production de biens en Algérie. Une réalité qui explique en partie la difficulté de l’Algérie à s’imposer dans le cadre de cet accord tant décrié après cinq ans d’application. En prenant les fameuses décisions pour réduire les importations, à la faveur de la loi de finances complémentaire 2009 et la loi de fiances 2010, le gouvernement Ouyahia a tenté de rectifier le tir, il est parvenu rapidement à réduire les importations. Ainsi une baisse de 1,62% a été constatée en 2009, et une autre plus conséquente de 7,8% au premier trimestre 2010 concernant les importations à partir de l’Europe.

    Des baisses qui touchent notamment les biens alimentaires et les véhicules et qui allègent quelque peu la pesante facture des importations algériennes. Un effet positif des mesures qui sont pourtant assimilées à des décisions protectionnistes de la part des Européens qui jugent par exemple la mesure obligeant l’investisseur étranger à céder 51% des parts d’une société à un partenaire algérien, un véritable frein au libre investissement des étrangers en Algérie. Un motif qui a fini par augmenter la crispation des relations autour de cet Accord d’association qui, de toute façon, n’a rien changé ou presque aux relations commerciales entre les deux côtés de la Méditerranée. Exportations d’hydrocarbures d’une part, exportations de biens divers pour les besoins de la consommation et de la production locale, d’autre part, restent une règle immuable.

    Les échanges d’accusations – enrobés de langage diplomatique et de formules de politesse – ne changeront pas la réalité des relations déséquilibrées, rendues encore plus complexes par un environnement économique en crise ou chaque Etat cherche à tirer son épingle du jeu et à minimiser les pertes. Même les grands ensembles économiques plus équilibrés, en apparence, se heurtent actuellement à la nouvelle réalité et on y tend à repenser un positionnement plus égoïste. Alors quelles chances dans ces conditions pour un accord plus équilibré avec l’UE où les échanges seront pensés en termes de partage et de complémentarité au lieu d’être jugés sous la lorgnette des intérêts économiques et financiers des plus influents des partenaires ?

    Par Zhor Hadjam

  • Un gentil interrogatoire a la pizzeria « Freedom »

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    A l’appel du groupe « Bezzzef ! », un rassemblement pacifique devait se tenir ce mercredi 2 juin, devant l’ambassade des Etats-Unis, à partir de 11h, pour dénoncer l’attaque de la Flottille de la Liberté et le silence complice de l’administration américaine devant cet énième carnage.

    Il était 10h25 quand j’ai débarqué à la placette du 11 septembre (ainsi baptisée en hommage a Salvador Allende, mort le 11 septembre 1973 sous les balles de Pinochet avec la complicité de la CIA). Ladite placette est située à hauteur du carrefour de la Colonne-Voirol. J’ai fait un petit tour histoire de jauger la présence policière. Celle-ci était surtout concentrée autour du commissariat du coin. En musardant du côté du Pont de Hydra, je croise un type qui m’interroge sur le rassemblement en question en m’assurant qu’il y serait. Et il a tenu parole. Sauf qu’il s’avèrera que c’est un mec des RG…Sinon, pas âme qui vive. Mobilisation ratée. A 10h50, je prends « position » à la Placette du 11 septembre, affublé d’un t-shirt floqué d’un dessin de Nagui El Ali et d’un keffieh. Un accoutrement qui annonce déjà la couleur et qui me vaut quelques regards suspicieux de la part de policiers en faction. A 10h55, je fonce en direction de l’ambassade des Etats-Unis. Les agents de police qui pavaient le chemin qui monte vers Poirson étaient intrigués, mais comme on ne peut pas interpeller quelqu’un juste parce qu’il arbore un keffieh palestinien, on me laissa passer, si bien que je pus atteindre sans encombre l’ambassade US. Chemin faisant, je croise Sofiane Baroudi, un activiste plein d’entrain qui était là depuis un moment, lui aussi. On gagne ensemble le site ciblé. A quelques mètres de l’ambassade, je sors de mon sac vite fait une pancarte sur laquelle j’avais griffonné quelques slogans de circonstance : « OBAMA + CLINTON = ARIEL SHARON », « ALGER-GHAZA MEME COMBAT », « KOULLOUNA GHAZA », « BEZZZEF ISRAËL », « BEZZZEF T’HINE ! »…Il y avait également un dessin fort pertinent de Ali Dilem montrant deux drapeaux, l’un est celui de la Palestine, l’autre représente un pantalon, allusion aux pantalonnades en série des régimes arabes.

    J’ai donc brandi ma pancarte et ses slogans recto-verso, et tout de suite ce fut la panique au niveau de la cabine vitrée de l’imposant bâtiment en verre de l’ambassade, et où fourmillaient des agents de sécurité. Ils devaient imaginer le pire en voyant ma main farfouiller dans mon sac à dos, sous leur regard incrédule... Mais les cerbères postés aux abords de la plus grande chancellerie étrangère n’iront pas jusqu’à dégainer leur flingue. Ouf ! Mon action durera quelques minutes (quand même), avant que les premiers flics se ruent vers Sofiane et moi pour nous « neutraliser ». S’ensuivit une chamaillade  et des échanges assez vifs. En pareille situation, j’avoue qu’il n’est pas très difficile de « neutraliser » un flic algérien : il suffit de lui rappeler que s’il réprime une action de solidarité avec la Palestine, il devient de facto un agent (objectif) de l’entité sioniste et ça, ça fait très mal. Aussi, les policiers me signifièrent-ils d’emblée leur soutien de cœur à Ghaza.

    Plusieurs officiers accoururent pour s’enquérir du sujet de tout ce raffut. L’un d’eux m’explique : « On n’a rien contre votre action mais voyez-vous, c’est un périmètre ultra sensible. Imaginez que quelqu’un se cache derrière vous et se fasse exploser ! » Il y avait Khalef Mahiédine, l’ancien entraîneur de l’Equipe nationale (c’est son quartier en fait) qui discutait gentiment avec des policiers, et qui suivait cela d’un regard perplexe. Après d’autres empoignades verbales, on m’invita à monter dans une voiture de police. Un officier en civil m’expliqua avec force insistance, à grand renfort de sémantique et de bons sentiments, qu’il ne s’agissait nullement d’une interpellation mais d’une simple opération de routine. « On va juste vous inviter  à un café » me dit-il poliment. Inviter. Tiens, c’est curieux comme ce mot revient dans la bouche de la police. Quand on a été arrêtés, Hakim Addad, Adlène Meddi, Saïd Khatibi et moi-même à proximité du siège de l’ENTV le 3 mai dernier, ils avaient usé du même vocabulaire : « on vous invite au poste… ». Et ils désignaient les journalistes que nous étions sous le sobriquet de « Juliette ». Eh bien, cette-fois ci encore, ils tenaient à mettre les formes avec, oui, ce souci tenace, comme je le disais, de ne pas passer pour des auxiliaires de l’armée sioniste en venant réprimer des militants pro-palestiniens. Aussi insistaient-ils à souligner que sur le fond, ils partageaient totalement notre point de vue mais que les ordres, c’étaient les ordres, et qu’on ne badine pas avec la sécurité de la représentation diplomatique la mieux gardée d’Alger.

    Quelle ne fut ma surprise de me voir convié pour de vrai à un café. Car, au lieu qu’elle s’engouffre dans je ne sais quel commissariat, la voiture de police s’est arrêtée devant une pizzeria située en face de la Présidence de la République, près du ministère des AE. Et cette pizzeria s’appelle… « Freedom », « Liberté », comme la flottille humanitaire qui vient d’être massacrée par les marines israéliens.

    Ainsi, mes deux accompagnateurs tinrent absolument à me payer un café en se disant mes « frères », et j’ai consenti de bon cœur à prendre une bouteille d’eau fraîche parce que je commençais à avoir soif. L’entretien dura environ une demi-heure, un peu plus. Les deux policiers firent preuve d’une grande amabilité. A un moment donné, un adjudant débarque et l’officier lui dit : « Retournez voir ce qui se passe, et pas d’interpellation. Conduisez-vous gentiment, d’accord ? » L’homme se retourne vers moi, et, me prenant à témoin, il me fait : « Vous voyez ? Ce sont là mes consignes. » Et de m’expliquer que cette petite intrusion dans le périmètre de sécurité de l’ambassade états-unienne aurait pu mettre la police algérienne dans le pétrin : « Imaginez qu’un attentat soit commis dans la foulée ?» renchérit-il à son tour. L’homme m’expliqua ensuite que je faisais l’objet d’un simple « examen de situation » pour savoir un peu qui j’étais, quel était le sens de mon action, et surtout, pour s’assurer que je ne nourrissais pas de desseins louches façon « kamikaze potentiel ». Pour finir, il me conseille de me joindre à l’initiative de Belkhedem et de Hamas et à manifester dans le cadre tracé par la sacro-sainte légalité. Je suis libéré sur cette note douillette, et la même voiture de police me déposa…chez moi.

    Vous l’aurez compris : c’est la version « light » de la police algérienne. Toujours est-il qu’il est interdit de manifester spontanément à Alger, et que pour obtenir une autorisation en règle pour la moindre petite action publique, il faut…euh…rêver…Hier, un rassemblement similaire qui devait se tenir à Oran, a été gâché par la flicaille, c’est dire.

    A signaler que mon ami Sofiane Baroudi a été appréhendé après moi, avant d’être relâché. Notons également que la circulation aux abords de l’ambassade US et de la Colonne Voirol était sensiblement contrôlée selon des témoins, et que les rôdeurs étaient vite priés de déguerpir. Bientôt, il nous faudra une autorisation expresse de Zerhouni pour être en colère même chez soi…

    Mustapha Benfodil
    Membre fondateur du groupe « Bezzzef ! »

  • Belcourt, quinze ans après Yamaha, une heure après Koren

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    Belcourt ne savait déjà plus distraire le désespoir quand Chaouchi relâcha le ballon dans  ses filets, ce dimanche noir où le capitaine Koren, le capitaine slovène, avait tiré et que la cité s’était écroulée, touchée en plein cœur, ramenée à sa condition misérable, tu ne seras pas champion, mon fils, il n’y aura pas de défilé, cache le drapeau et viens fumer un joint,  le cortège est annulé, tu ne seras pas champion, mon fils…

    Du temps des frères Yamaha, Belcourt savait rire de ses désappointements. A la façon qu’avait la plèbe algéroise de rigoler de son destin plutôt que d’en pleurer, Belcourt cultivait le génie inégalable de s’ériger en étranger à sa propre tragédie, de tout traiter avec une goguenarde philosophie, tout, la vie, la mort, le passé, l’avenir, la patrie, les hommes, sa propre misère, surtout sa propre misère et, qui sait, peut-être même Dieu ! J’apprendrai, plus tard, que c’était une façon de survivre. Même dans le quartier de Cervantès, dans Belcourt des pauvres gens, même à Cervantès, assemblage de masures loqueteuses où l’on croupissait jusqu’à la mort, même à Cervantès on avait appris à piéger son malheur dans l’autodérision  pour mieux l’endurer. Un don des frères Yamaha, mi-clowns mi-héros, qui savaient si bien parodier leur propre détresse, quand tous les autres s’en bouleversaient. Avec eux, chômeurs et pères de familles se consolaient de ce que même la solitude et les jours sans pain, même l’hécatombe donc, pouvaient, parfois, ne pas être pris au sérieux et Cervantès survolait alors dignement Belcourt de ses guenilles.

    En ce temps-là, du temps des frères Yamaha, Belcourt ne défilait pas pour un match, mais pour des choses étranges, la dignité, le droit d’exister, la démocratie, slogans d’automnes rouges de sang et de colère, c’était le 5 octobre mon fils, et le capitaine avait tiré, pas le capitaine Koren, l’autre capitaine en treillis, sur un char, et la balle n’était pas de marque Adidas, c’était une balle réelle, un automne de Belcourt où Cervantès ne voulait plus de ces guenilles, un automne de Belcourt, comme l’automne de mon père, ce 11 décembre 1960, sur injonction des édiles de l’ombre, les hurlements de Belcourt bouleverseraient la planète et parviendraient jusqu’aux oreilles des Etats en conclave à New-York, avaient-ils assuré.   « Ce fut ici, mon enfant… », ce fut ici, de ces hauts lieux de l’héroïsme ancien, ce fut ici, dans Belcourt, un matin d’automne, drapeau à la main, à  travers le boulevard Cervantès et les rues miteuses de notre enfance, la rue de l'Amiral-Guépratte puis le marché indigène d’El-Akiba, ce fut ici, dans les quartiers européens, l’emblème vert à la main, dans les quartiers où on n’allait jamais, devant le café Quiko, le Monoprix et le cinéma Roxy, la rue de Lyon et ses belles devantures, la rue de l'Union, puis la rue Lamartine, ce fut ici que je poussai mon dernier cri « Tahia El-Djazaïr ! »
    À la rue Alfred-de-Musset, le capitaine avait tiré. Pas le capitaine Koren, l’autre capitaine en tenue de paras, « bleu, blanc, rouge », et la balle n’était pas de marque Adidas, c’était une balle réelle, un automne de Belcourt où Cervantès ne voulait plus de ces guenilles, un automne de Belcourt, comme l’automne de mon père, une nuit de Toussaint rouge dans les Aurès, mais tout cela, c’est si loin…

    Aujourd’hui Belcourt défile pour un match et Chaouchi a relâché le ballon dans  ses filets, ce dimanche noir où le capitaine Koren avait tiré et que la cité s’était écroulée, touchée en plein cœur, ramenée à sa condition misérable, tu ne seras pas champion, mon fils, il n’y aura pas de défilé, cache le drapeau et viens fumer un joint,  l’un des frères Yamaha est mort, assassiné une nuit douteuse,  personne ne raconte plus rien à nos enfants égarés, ceux-là qui n’ont jamais su de quels péchés ils étaient coupables, que j’ai vus épuiser leurs existences à vouloir rejoindre les récifs d’en face, à périr en mer, solennels et imposants,  dans une noble naïveté, à l’âge encore vert où l’on croit ne connaître aucune raison de vivre et tous les prétextes pour mourir, gamins de Belcourt, chair innocente de nos guerres douteuses, venus au monde après ce qui sera appelé plus tard, l’indépendance, à la fin d’une guerre magnifiée qui eut lieu dans l’exubérance et la duplicité, dans l’enthousiasme et les fourberies, l’indépendance, mon fils, où nous  n’avons pas cessé d’espérer pour nos enfants ce que nos pères avaient espéré pour nous, ce que le temps nous refusait alors, ce qu’il nous refuse toujours, aujourd’hui que les anciens compagnons d’armes, mus par une avidité nouvelle, ont fait rétablir les parapets de Belcourt  et ressuscité Cervantès, ses taudis et ses indigènes, qu’il n’y a plus personne pour pousser le dernier cri, le cri exaucé, « Tahia El-Djazaïr ! », plus personne, seulement « One, two, three », sur ordre des mêmes édiles de l’ombre, Dieu faisait patienter et nos anciens compagnons d’armes avaient ressuscité la nuit…

    Belcourt, un soir que Chaouchi relâcha le ballon dans  ses filets, ce dimanche noir où le capitaine Koren avait tiré et que la cité s’était écroulée, touchée en plein cœur, ramenée à sa condition misérable, tu ne seras pas champion, mon fils, il n’y aura pas de défilé, cache le drapeau et viens fumer un joint,  le cortège est annulé, tu ne seras pas champion, mon fils, pas avant que tu ne devines que les hommes ont le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur, lorsque, devenus adultes, les gamins de Belcourt, fatigués de l’insupportable, referont de ce quartier indigène de Cervantès le temple discret où l’on apprendra la colère puis la dignité puis le bonheur…

    M.B.

  • La main de l’étranger

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    Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, au vu de ce match contre la Slovénie, ma religion est faite : il faut d’urgence promulguer la loi criminalisant le colonialisme.

    L’idée s’est imposée à moi après avoir consacré l’après-midi à jouer au mauvais perdant et à chercher le bouc-émissaire idéal à la débâcle slovène. Comme vous certainement, L’honneur national le commandait, la tradition cocardière l’exigeait et les bons chefs de guerre, eux, l’ont toujours vérifié : il faut savoir trouver un coupable à une mauvaise défaite. Je dois avouer que l’exercice fut interminable, parfois excitant, souvent cacophonique et, au final, totalement inutile. Entre Chaouchi, Sâadane, Ghezal, l’arbitre guatémaltèque, les vuvuzelas et le mauvais œil des Arabes envieux du moumathil el ouahid lil’arab, il fut bien difficile de trancher et mes amis sont repartis avec une intacte frustration. Pour moi, toutefois, la chose était nettement moins complexe et mon idée était faite dès le coup de sifflet final : cette défaite contre la Slovénie, cela sautait aux yeux, c’était bien la faute à l’ancien colonisateur. Parfaitement ! Cinquante ans après, on mesure bien, au vu d’un simple match, dans quel état de sous-qualification la France a laissé le pays qu’elle a occupé 130 ans. On se savait incapable de construire des voitures, des avions, la démocratie, des élections propres, tout cela et bien d’autres choses, mais est-ce juste, diable, de ne pas pouvoir imiter ces maudits Français dans l’usage providentiel de la main en football, eux qui savent se qualifier pour le Mondial grâce à une main, quand nous autres anciens colonisés, nous risquons d’en être éliminés par la faute de cette même main ? Où est le bienfait du colonialisme tant vanté par cette loi surréaliste du 23 février, je vous le demande, quand la science de la main en football n’est dominée que par l’ancien colonisateur,  un heureux reflexe, s’agissant de Thierry Henri et un calamiteux geste

    quand il est le fait de notre Ghezal national ?

    Oui, la première leçon qui s’impose de ce Mondial me paraît sans équivoque : il faut d’urgence promulguer la loi criminalisant le colonialisme. Les ravages vont au-delà de ce que l’on peut tolérer. Pensez donc qu’on s’est fait battre hier par un pays  où le sport le plus populaire  est … le ski alpin, où le Zidane national, un certain  Aleš Gorza est  un slalomeur réputé mais …sur neige, une nation où le football vient en quatrième position, et dont on n’entend jamais parler des clubs, ni même des joueurs, sauf pour ceux qui connaissent Sochaux et leur attaquant Birsa. Un pays qui possède aussi une équipe nationale de bon niveau qui fait partie des huit meilleures nations européennes, mais en basket !
    le plus impardonnable dans l’affaire, est que nos dirigeants ont toujours cru maîtriser la science de la main. De la « main de l’étranger » qui se profile derrière chaque manifestant à « la main de la France » qui guide chacun de nos opposants, on pensait nos gouvernants incollables en la matière. C’était compter sans la main de Ghezal. Celle-là, elle n’est pas inventée.
    Tout le monde n’est pas Thierry Henri…
    Oui, vivement une loi criminalisant le colonialisme.

    Hadj Tifosi

  • Si tu vas en Slovénie…

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    Notre adversaire d'aujourd'hui n’ayant pas la chance de figurer sur la liste des pays les plus corrompus, ni dans celle qui malmènent le plus les droits de l’homme, ni dans celle des 14 pays pour lesquels les procédures de sécurité aérienne ont été renforcées par les Etats-Unis au lendemain de l’attentat manqué contre un avion de ligne américain, par un jeune Nigérian, la Slovénie reste pour nous, une parfaite inconnue. Aussi ne connait-on ni le redoutable HS Olimpija, ni le puissant ŠD Alfa, ni l’invincible HK Slavija ou le ZM Olimpija. Le champion Andrej Jerman ne vous dit rien, pas plus que ,le célèbre Anže Kopitar ou l’imbattable Aleš Gorza ?  Inutile de cogiter : on ne sait rien de notre adversaire de ce soir. La Slovénie, vue d’Algérie, c’est comme le kougloff, le ski alpin ou le hockey sur glace : un « machin » dont on entend parler, sans plus… Tranquilisez-vous, même le président Bush a confondu, publiquement, entre la Slovénie et la Slovaquie. "Tout ce que je sais de la Slovaquie c'est ce que j'en ai appris directement de votre premier ministre qui est venu au Texas, a-t-il déclaré dans une interview avec un journaliste slovaque, en 1999. L’ennui est que la rencontre était en fait avec Janez Drnovsek, le  premier ministre de la Slovénie... Il faut dire que les noms Slovenská Republika (qui signifie République slovaque en slovaque) et Republika Slovenija peuvent en effet prêter à confusion dans de nombreuses langues. Chaque année, un poids considérable de courrier mal acheminé est à réexpédier vers la Slovénie.

    Et bien, pour une fois, on perd à ne pas savoir car, justement, la première nouvelle rassurante est que le sport le plus populaire en Slovénie est … le ski alpin. Suivi du hockey sur glace et du basket ! Le HS Olimpija, le ŠD Alfa, le HK Slavija et le ZM Olimpija ne forment pas des footballeurs mais se contentent d’être seulement les plus grands clubs de hockey sur glace de Ljubljana, la capitale. Andrej Jerman, pour notre bonheur, n’est pas l’avant-centre de l’équipe nationale de football mais seulement le meilleur skieur slovène, un des meilleurs descendeurs du monde.  Aleš Gorza est  un slalomeur réputé mais …sur neige. Quant à Anže Kopitar, lui, c’est le Zidane de la Slovénie mais en…hockey sur glace, un des  joueurs internationalement reconnus, le tout premier joueur de hockey d'origine slovène à évoluer dans la ligue nord-américaine NHL. Donc relax ! On n’affrontera ce soir, ni Andrej Jerman, ni Anže Kopitar, ni Aleš Gorza, seulement une nation où le football vient en quatrième position, et dont on n’entend jamais parler des clubs, ni même des joueurs, sauf pour ceux est un slalomeur réputé qui connaissent Sochaux et leur attaquant Birsa.

    Deuxième bonne nouvelle, la Slovénie possède aussi une équipe nationale de bon niveau qui fait partie des huit meilleures nations européennes, mais en basket, avec des stars comme Jaka Lakovič (FC Barcelone), Radoslav Nesterovič (Raptors de Toronto), Beno Udrih (Kings de Sacramento) et Primož Brezec (Pistons de Détroit).

    Troisième bonne nouvelle : le football est en déclin en Slovénie depuis 2005, ce qui tranche avec l’Algérie où il est en déclin depuis trente ans. La Slovénie, c’est bon à savoir connut une génération dorée au début des années 2000 avec des joueurs tels Zlatko Zahovič, Ales Ceh, Milenko Ačimovič ou encore Sašo Udovič, qui se qualifièrent pour l'Euro 2000 et la coupe du monde 2002.

    Ici commence la première mauvaise nouvelle : avec un football en déclin, la Slovénie a pu éliminer la Russie. Et là, que voulez-vous, là c’est la griffe des grandes nations : dans leur déchéance, il subsiste toujours une part de majesté. Cela est à vérifier aujourd'hui.

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  • PRESSE.........

    Presse Colloque à Paris sur la liberté d’information dans les pays du Maghreb Chaque année, les pays du Maghreb confirment leur triste gloire en se situant dans le bas du classement mondial de la liberté de la presse publié par « Reporters sans frontières ». En Algérie, le secteur de l’information demeure encore largement contrôlé par l’Etat. La radio et la télévision sont toujours sous monopole étatique en dépit du code de l’information de 1990 qui prévoit leur libéralisation. L’utilisation abusive par le pouvoir de ces médias persiste, voire se renforce depuis le début des années 1990 sous prétexte de l’état d’urgence. Les moyens d’impression sont encore largement sous contrôle étatique et la publicité continue d’être un moyen de pression et de chantage sur la presse privée à travers l’Agence Nationale d’Edition et de Publicité (ANEP). Celle-ci est une entreprise étatique qui peut décider quel organe de presse peut bénéficier de la manne publicitaire des entreprises publiques et des administrations. La pression sur les journalistes qui échappent au contrôle direct des clans du pouvoir est constante : tracasseries diverses, intimidations, emprisonnements. Au Maroc, une série de procès intentés par le pouvoir contre des journalistes et des internautes a révélé que la liberté de la presse s’arrêtait aux portes du palais royal. La liberté d’expression est garantie par la constitution mais le gouvernement contrôle la presse à travers un système de subventions et le budget publicitaire. Le ministère de l’Intérieur peut suspendre définitivement ou provisoirement toute publication jugée offensante pour le régime. Des publications ont déjà été interdites par décision administrative avant même que la justice ne se prononce. Le code de la presse prévoit des sanctions financières, et même de la prison, pour les journalistes et éditeurs qui outrepassent les restrictions concernant la remise en cause de la monarchie, de la marocanité du Sahara et de l’Islam. En Tunisie, la presse étrangère est souvent interdite et la presse locale, dont une bonne partie est contrôlée directement ou indirectement par le pouvoir, se caractérise par l’uniformité de ton et l’absence de toute critique de la politique du gouvernement. La publicité des institutions étatiques et para-étatiques est contrôlée par l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE) sous tutelle de la présidence de la République, ce qui permet à celle-ci d’exercer une véritable pression sur les publications. Les journalistes qui s’aventurent à manifester leur esprit critique sont l’objet de harcèlements, de pressions, d’agressions physiques, de procès et de condamnations. Internet est étroitement contrôlé et surveillé par une « cyberpolice » qui place la Tunisie parmi les pays les plus répressifs du Net. Colloque organisé à l’initiative du Collectif au Palais du Luxembourg, siège du Sénat (Salle Monnerville), 15 rue de Vaugirard, Paris 6ème Samedi 19 juin de 14h à 18h Inscription obligatoire : maghrebddh@yahoo.fr Le collectif comprend : AMF (Association des Marocains en France), APADM (Association des parents et amis de disparus au Maroc), ASDHOM (Association de défense des droits de l’Homme au Maroc), ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France), CFDA (Collectif des familles de disparus en Algérie), CISA (Comité International de soutien au syndicalisme autonome algérien), CORELSO (Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme au Sahara occidental), FMVJ (Forum marocain Vérité Justice), FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives). Avec le soutien de Human Right Watch (HRW) Programme La liberté d’information en péril dans les pays du Maghreb Le mot de bienvenue, Alima Boumediene-Thiery (sénatrice) Introduction générale et modération, Ayad Ahram (enseignant, Membre du collectif MDH) 2000-2010 une décennie noire pour la presse algérienne, Mahmoud Mamart (journaliste El Watan) La presse marocaine : Indicateur d’une transition politique factice, Aboubakr Jamai (ancien directeur du Journal Hebdomadaire) Le paradoxe tunisien, les règles d’or d’une censure organisée, Lotfi Hadji (ancien Président du Syndicat des Journalistes Tunisiens) Internet au Maghreb, entre volonté de contrôle et censure, Ahmed Dahmani (enseignant-chercheur, Membre du Collectif MDH) Conclusion générale, Nassera Dutour (Membre du Collectif MDH)

  • Saïd Sadi dans une conférence à Paris : Il faut en finir avec l’autisme politique

     


    Saïd Sadi dans une conférence à Paris : Il faut en finir avec l'autisme politique


    Invité par le Club des journalistes algériens de France (CJAF) à l’occasion de la sortie de son dernier livre, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Sadi, a dressé un bilan à charge contre le pouvoir algérien.


    Paris

    De notre correspondant

    Le constat est sans appel : « Les jeunes se réfugient au maquis où se jettent à la mer, les cadres fuient pour préserver leurs enfants d’un système éducatif suicidaire et le divorce entre peuple et dirigeants n’a jamais été aussi patent », diagnostique le docteur Saïd Sadi. Avec son sens de la formule qui fait tilt à chaque fois, le président tire au bazooka sur la politique du gouvernement. Pour lui, il n’y a plus d’Etat, mais un « conglomérat de clientèles lié par des archaïsmes tribaux d’où des risques évidents de dérapages ». Il en veut pour preuve la gestion des conflits souvent par la violence et ne cache pas son écœurement sur le manque de visibilité, de lisibilité de l’action gouvernementale. Un peu comme si l’Algérie navigue à vue et sans aucune ambition affichée. « Pour se rassurer, les différentes sectes se réfugient dans le recrutement tribal, chacune squattant l’espace qui lui est dévolu. Il n’y a plus d’Etat en Algérie. Les archaïsmes régionalistes ont étouffé les valeurs nationales laborieusement configurées par la guerre de Libération. Cet évanouissement éthique et la confusion politique qu’il génère ont transformé l’Algérie en jachère où divers concurrents se disputent les restes d’un cadavre. »

    Face à la presse internationale, Saïd Sadi n’a pas manqué de lancer un appel pour arrêter « la complicité » vis-à-vis des autorités algériennes. « Il reste que la communauté internationale doit assumer sa part de responsabilité en mettant un terme à une complaisance sinon une complicité avec des acteurs politiques de toute façon disqualifiés et dont l’incurie constitue aujourd’hui une menace régionale géostratégique. Les Algériens auront à prendre leur responsabilité pour réhabiliter leur nation dans l’unité en s’engageant pour un changement de régime et non un changement dans le régime. » Pour lui, la condition sine qua non pour un retour à un régime crédible, il faut que l’Occident arrête de cautionner les fraudes électorales.

    Revenant sur la polémique suscitée par son dernier livre, (Amirouche, éditions L’Harmattan), il dit qu’il a voulu un débat historique et qu’il a eu droit à une réaction hystérique. « Je viens de publier un livre sur le colonel Amirouche dont le parcours et la séquestration de ses restes par Boumediène sont un vrai condensé de l’histoire algérienne d’avant et d’après-indépendance. Les réactions massives, passionnées et souvent violentes soulevées par cet ouvrage sont, me semble-t-il, un double signal. D’une part le peuple algérien veut connaître la vérité sur son passé, d’autre part, du côté du pouvoir il n’y a aucune volonté à admettre la nécessité de prendre acte de la fin d’une époque pour en anticiper les suites et éviter au pays une fin de règne chaotique. » « Il en a été ainsi du pluralisme politique qui n’a vu le jour qu’après la tragédie d’octobre 1988, alors qu’à l’évidence le régime de l’époque était à bout de souffle. Du coup, l’irruption de la démocratie arriva par effraction et sous contrainte ; ce qui fait que l’on en mesure aujourd’hui les limites. L’Algérie ne vit certes pas sous le parti unique, mais elle est toujours régie par la pensée unique. »

    Pourtant dans cet océan de désespérance, il y a des îlots d’optimisme. « Des syndicats autonomes défiant les services de sécurité se rencontrent et fédèrent leurs énergies, y compris avec leurs collègues étrangers pour briser la tutelle du syndicat du parti unique. Des universitaires s’impliquent dans des contributions en appelant à une alternative au pouvoir et des anciens maquisards invitent publiquement à mettre le FLN au musée pour entreprendre une nouvelle Algérie d’après-guerre. » Après le « centralisme démocratique de Lénine », le « jacobinisme français » et l’unicisme de Khomeiny (sic), des forums et une journée citoyens ? Le psychiatre rêve d’un autre avenir pour son pays.


    Par Rémi Yacine