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  • Mort avant d’avoir mouru

     

     

    La rumeur donne mort un homme que la rumeur donnait malade. Finalement, cette rumeur est démentie par une autre rumeur, qui dit qu’il n’y a pas mort d’homme, mais simplement un malaise. Puis la rumeur est officiellement démentie, ni mort ni malade, ni république intégriste ni Etat policier, ce qui a rendu malades les professionnels de l’information et installé un profond malaise. Mais ce n’est pas une rumeur, l’espérance de vie à la naissance est officiellement de 72,9 ans en Algérie, et tout homme de 75 ans aurait officiellement dû mourir il y a 2,1 ans, surtout si c’est un personnage très officiel. De fait, depuis 2010, il faut s’attendre à tout, à des rumeurs, des malaises, des morts subites, des statistiques macabres et peut-être même des coups d’Etat médicaux. D’où la question : quand le Président mourra vraiment, comment l’apprendrons-nous ?

    Par une rumeur d’abord, amplifiée puis suivie tardivement d’une confirmation officielle ? Ou sans rumeur mais par une information venant de l’extérieur du pays, de Paris ou de Washington ? Ou encore par une information officielle de la Présidence, donnée une minute après la mort ? Si l’on se pose toutes ces questions, c’est bien que les secrets entourant la santé des illustres mortels sont encore plus secrets que ceux entourant le développement du nucléaire en Algérie. Et qu’au-delà de l’au-delà, toutes les informations sensibles sont des informations sensibles, de même que chaque mort est toujours vivant avant sa mort. Avant de passer à l’APS, puis à la télévision, la rumeur a été officiellement démentie par le porte-parole des Affaires étrangères. On aurait aimé qu’il démente aussi la mort de Tahar Touati, diplomate enlevé à Gao par le Mujao. Mais une rumeur dit que les morts ne sont pas les mêmes, surtout quand ils font l’objet de rumeurs. On attend donc maintenant avec impatience l’infirmation de cette triste rumeur.

    Chawki Amari
  • Libérer l’économie des lobbies !

     

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    Après quatre mois d’attente, le nouveau gouvernement a été installé avec peu de changements au niveau des portefeuilles économiques, à quelques exceptions près comme l’arrivée à la tête du département de l’Industrie, de la PME et de l’investissement de l’ex-ministre de l’Environnement, Cherif Rahmani.

     

    Pourtant, ce gouvernement n’a pas été épargné par la critique, notamment pour son traitement approximatif des questions économiques.  
    «Sans remettre en cause les compétences des uns et des autres, on avait l’impression que le gouvernement sortant ne maîtrisait pas tous les paramètres. Il y a des lobbies, des oligopoles et des centres de pouvoirs qui font que certaines décisions lui échappaient», affirme Camille Sari, économiste. C’est donc «mieux quand un gouvernement n’a pas réussi la diversification et la relance de l’industrie d’injecter du sang neuf et l’Algérie dispose de beaucoup de talents, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays». Et c’est justement dans ce département en charge des créneaux clés que sont l’industrie, la PME et l’investissement que le changement a été opéré, Mohamed Benmeradi quittant le département. Une décision loin d’être fortuite, semble-t-on croire. M. Sari note, à titre d’exemple, qu’au «niveau de la PME, il n’y a pas eu d’avancement».

    Cela concerne notamment les volets de «la sous-traitance, de la création de PME et de TPE et la relance de la mise à niveau», souligne Zaïm Bensaci, président du Conseil national de promotion de la PME. Ce dernier se refuse néanmoins de jeter la pierre au ministre sortant. «Il ne sert à rien de regarder dans le rétroviseur, même si les faits sont là. Il y a une nouvelle équipe et une nouvelle dynamique. Il s’agit donc d’obtenir des résultats maintenant», dit-il. A ce titre, l’arrivée d’un nouveau ministre est perçue comme porteuse «d’espoir pour les PME et pour la relance d’un secteur industriel productif». Toutefois, pour un secteur industriel dont la part dans le PIB ne dépasse guère les 5% actuellement, il est difficile de parler de relance sans certains préalables, pensent certains chefs d’entreprise. Mahfoud Megatli, secrétaire général de la confédération générale des entrepreneurs algériens (CGEA) évoque la nécessité de «faire un bilan de ce qui a été entrepris jusque-là, voire même une autopsie de notre industrie, parce qu’elle est carrément anéantie». L’autre condition, ajoute-t-il, concerne «l’ouverture par le nouveau ministre d’un espace de dialogue et d’écouter les organisations patronales afin de parvenir ensemble à mettre en place une véritable politique pour relancer l’industrie».

    Si le remplacement de M. Benmeradi découle d’un constat d’échec, l’on s’interroge alors quant au maintien en place du ministre du commerce, Mustapha Benbada, dont le département a été largement décrié. La spéculation sur les prix et les produits, l’anarchie, l’informel, les pénuries organisées ou conjoncturelles sont autant d’éléments qui plaidaient pour un changement à la tête de ce ministère. Mais M. Bensaci estime que «ce qui est bien pour l’un ne l’est pas fatalement pour l’autre et M. Benbada a mis en place une stratégie qui ne peut donner de résultats qu’à moyen terme. Le fait qu’il reste se justifie par le fait qu’il est déjà au courant de tous les dossiers (informel, marchés de gros…)». Néanmoins, «les avancées dans ce secteur restent très difficiles», dit-il. Une difficulté que le premier ministre sortant, Ahmed Ouyahia n’avait pas hésité à incomber à «une mafia» qui dicte sa loi.                         

     

    Safia Berkouk
  • algerie:Ombres au tableau

     

    La rentrée scolaire se déroule dans les mêmes conditions que dans tous les secteurs de la vie nationale, dans l’improvisation, les incertitudes et la tension. Le pays est depuis trop longtemps installé sous l’empire de l’anarchie à tous les niveaux pour que les choses se normalisent à la faveur d’un simple changement de gouvernement. Loin des débats sur la réforme en profondeur du système éducatif et la promotion du statut des personnels de ce secteur, les interrogations se sont focalisées pendant des années sur l’énigme de la longévité de Boubekeur Benbouzid à la tête de ce département. Le système politique ne s’est décidé à «lâcher» l’inamovible ministre que sous la menace lourde agitée par les syndicats de l’éducation qui avaient, depuis plusieurs semaines, promis des mouvements de grève dès la rentrée des classes.

    Le spectre de la paralysie des activités scolaires, qui a passablement mis à rude épreuve un secteur déjà mal en point, est provisoirement levé, en attendant des signaux forts de la part de la nouvelle tutelle ministérielle. Lorsque le dialogue sera renoué avec les organisations syndicales, en rupture avec la sourde oreille, parfois la répression, dans la gestion passée, il sera alors possible de faire l’état des lieux d’un secteur déclaré sinistré depuis au moins deux décennies, et entrevoir un début de solution pour les nombreux problèmes restés en suspens. Offrir des conditions d’accueil décentes aux élèves s’impose comme une priorité dans l’action gouvernementale, au vu de l’effarante détérioration infrastructurelle du secteur de l’Education. Il est illusoire de vouloir prodiguer le moindre enseignement lorsque les conditions matérielles minimales de scolarisation ne sont pas assurées. Il n’est pas sûr que les autorités centrales aient une idée précise sur la scolarité dans les localités rurales, où le repas froid est la règle et les kilomètres à pied une contrainte au quotidien.

    Les établissements en préfabriqué continuent à accueillir des milliers d’élèves, au-delà de la durée de vie des parois douteuses de ces constructions remontant aux années 1980. Dans un Etat où la réalisation des écoles est menée au même rythme que la rénovation des routes, en différant au maximum les délais de livraison, il n’est pas sûr que les écoliers du pays profond soient tirés du dénuement de sitôt. Quant à la remise à niveau des programmes scolaires pour les hisser aux standards universels, il faudra sans doute attendre un nouveau projet de société au pouvoir, résolument moderne, pas seulement un nouveau gouvernement.

     

    Djaffar Tamani
  • Ces algériens qui achetent des appartements en Espagne

     

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    Vends appartement en plein cœur d’une résidence à Alicante.» Il n’est plus aujourd’hui étonnant de tomber sur ce genre d’annonce sur les pages dédiées à l’immobilier dans la presse ou sur les sites internet consacrés aux petites annonces. Ce n’est pas qu’une ville appelée Alicante ait émergé depuis peu en Algérie, mais c’est bien de la ville espagnole qu’il s’agit.
     

     

    Depuis la déconfiture du secteur immobilier espagnol, le marché suscite l’engouement d’investisseurs algériens à la recherche de placements immobiliers, de résidences secondaires pour les vacances, et de propriétés susceptibles de leur ouvrir l’espace Schengen de manière définitive. D’abord discret, même secret, ce canal s’est, au fil du temps, popularisé et on affiche fièrement, aujourd’hui, ses acquisitions outre-mer, même sur les ondes de la radio publique, pour certains passages d’auditeurs  comme signe d’appartenance sociale. Il est vrai que l’acquisition de biens à l’étranger reste, dans l’imaginaire collectif, l’apanage de la nomenklatura. Le manque de moyens financiers, le contrôle rigoureux des changes ont fermé les possibilités d’investissements immobiliers à l’étranger pour la majorité des Algériens.

    Cependant, les choses changent et à toute vitesse. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les nouveaux acquéreurs de biens immobiliers en Espagne, ne sont pas si riches ou si introduits dans le sérail. Le quotidien espagnol El Pais, qui leur a récemment consacré un article, les décrit comme étant des membres de la classe moyenne, avocats, médecins, entrepreneurs, cadres supérieurs qui voyagent souvent, et qui bénéficient d’une certaines éducation. Ces derniers ont pu profiter de la dégringolade des prix de l’immobilier sur le marché espagnol pour faire de belles acquisitions, depuis l’éclatement de la bulle  immobilière en 2008. On estime encore aujourd’hui à trois millions le nombre de maisons vides dans des quartiers fantômes.

    Les prix de l’immobilier ont chuté d’au moins 25%, et la baisse pourrait, selon certaines estimations,  être de 50%. Tout autant de raisons pour alimenter l’engouement des Algériens et créer un véritable phénomène, quitte à passer outre la réglementation de contrôle des changes pour financer les nouvelles acquisitions. Certains n’ont pas tardé à flairer le bon filon. Et quelques agences immobilières se sont spécialisées dans ce créneau. Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de passer par le Net et d’attendre une réponse incertaine pour lancer ce genre de transactions. Des «bureaux d’affaires», installés dans les grandes villes, comme Alger, Oran et Constantine, sont là pour coacher ceux qui voudraient se lancer dans l’immobilier espagnol. Nous avons poussé la porte de l’un d’entre eux, en nous faisant passer pour un client potentiel. Ayant convenu d’un rendez-vous la veille, l’un des employés de l’agence, chargé de vanter les mérites du produit ibérique, nous attendait dans un petit réduit situé en plein cœur d’Alger.

    L’espace d’à peine 20 m2 ne paie pas de mine. Pourtant difficile de croire que derrière ce bureau minuscule se cachent des relais commerciaux transfrontières et un véritable réseau de transfert de capitaux profitant des failles bien connues du système de contrôle des changes. Le commis nous reçoit dans un bureau situé au fond du local et isolé du reste de la surface par des battants en plexiglas, histoire de discuter à l’abri des oreilles indiscrètes. Le commercial commence par demander les motifs d’un tel investissement. Il nous explique que si l’objectif est d’obtenir un titre de séjour dans des délais très brefs, cela ne peut pas «s’opérer» dans l’immédiat. Par contre, l’acquisition d’une propriété en Espagne permettra d’obtenir un numéro d’identification qui donnera la possibilité d’obtenir un visa automatiquement durant au moins 3 années d’attente et de procédures pour l’obtention d’un titre de séjour. Notre interlocuteur précise néanmoins qu’une telle acquisition, aujourd’hui, ne peut être qu’un bon investissement, car la dépression du marché de l’immobilier espagnol ne saurait trop durer et en cas de retournement de situation, l’acquéreur pourra tirer les bénéfices d’un tel investissement. Ce détail pratique réglé, l’agent immobilier sort de son ordinateur un dossier devant faire office de catalogue des produits espagnols.


    Un «magnat» pour assurer les transferts


    L’offre de l’agence, comme celle de nombreuses autres exploitant le même filon, est située principalement à Alicante. La proximité de la ville des côtes algériennes, l’existence d’une liaison en ferry et la connaissance de la localité par les vacanciers algériens sont les principales raisons pouvant justifier une telle localisation. Notre interlocuteur nous explique aussi que l’agence, pour qui il travaille, a réussi au fil du temps à se constituer un réseau de partenaires commerciaux. Le bureau bénéficie d’abord des services d’un prospecteur attitré. Citoyen algérien, celui-ci est installé à Alicante depuis plusieurs années. Il fond aujourd’hui dans le décor et peut mener à bien une négociation grâce à sa maîtrise non seulement de la langue espagnole mais aussi à sa perception du contexte de crise du crédit hypothécaire dans la péninsule ibérique.

    On nous explique aussi que c’est grâce à ces atouts que l’agence bénéficie d’une offre actualisée chaque semaine et qu’elle a pu négocier récemment, pour l’un de ses clients, l’acquisition d’un bel appartement de type F3, situé dans une résidence avec piscine en plein centre-ville d’Alicante, pour 53 000 euros, soit l’équivalent en dinar, en prenant en compte le change parallèle, de 7 millions de dinars. Une proposition qu’on peut difficilement refuser lorsque l’on sait que les prix des appartements à Alger se négocient rarement en dessous de 12 millions de dinars. L’agent immobilier indique également qu’une telle transaction n’a été rendue possible  qu’à cause du poids de l’hypothèque et des menaces de saisie par les banques, qui poussent certains propriétaires à brader leurs biens. Il évoque également une possibilité pour l’acquisition de logements neufs dans la localité touristique de Bonalba. L’agence compte, dans ce sens, sur l’apport d’un partenaire espagnol, promoteur immobilier et devant fourguer le maximum de logements afin de respecter ses échéances.

    Dans ce cas précis, l’offre disponible dépasse les espérances. Avec des duplex neufs à 120 000 euros et des villas en bord de mer dont la mise à prix est à 400 000 euros pour atteindre les 280 000 euros après négociations, les clients potentiels pourraient se bousculer. Encore faut-il passer par une démarche demandant un peu de temps. La transaction s’opère en deux temps et deux déplacements sur les lieux. Il s’agit pour l’acquéreur potentiel de présélectionner, à partir d’Alger, un certain nombre de sites susceptibles de l’intéresser, puis l’agence prend en charge les formalités de visa, qu’elle n’a d’ailleurs aucune difficulté à obtenir. L’acquéreur doit, pour son premier déplacement, préparer un certain nombre de documents, à savoir un extrait de naissance et 2 certificats de résidence à déposer au niveau d’une banque pour l’ouverture d’un compte en Espagne et chez le notaire, sans oublier de prévoir les arrhes de 10% à verser. Une fois le choix du client fixé, il prépare le reste à payer à partir d’Alger. Plusieurs canaux peuvent alors lui servir. Le canal bancaire d’abord, si la personne en question dispose d’une carte de paiement internationale nominative, Visa.

    Car il faut savoir que ce moyen de paiement international ne situe aucune limite aux transferts de devises vers l’étranger, pour peu que le montant de ces transferts constitue effectivement un dépôt sur un compte devises, et que les dépôts en question soient justifiés de manière légale. Cependant, et vu l’importance des transactions à effectuer, ce moyen de paiement atteint vite ses limites. S’ouvre alors la piste des transferts informels, soit par petites tranches par l’entremise d’amis et proches en déplacement à l’étranger, ou celle de parents résidant en Europe, chargés de faire un virement en devises sur un compte commercial en Espagne, en contrepartie de quoi ils pourront toujours récupérer des dinars à leur venue à Alger. Mais pour les plus pressés, l’agence met à la disposition de ses clients les services d’un  «magnat» chargé d’opérer la transaction et de faire sortir les devises du territoire algérien. Le client peut, à ce titre, déposer des fonds en dinars auprès de l’agence et vérifier quelques minutes plus tard, par Web, si l’équivalent en euros a bien été viré sur son compte bancaire en Espagne.


    Une identité en une semaine


    A partir de ce moment, l’acquéreur est tenu de se présenter au rendez-vous fixé par le notaire en Espagne pour signer les papiers et prendre possession de son bien. Avant cela, il devra s’acquitter d’une démarche simple pour l’obtention d’un numéro d’identification pour étrangers auprès de la brigade de police de la province où il a acquis un bien.  Bien que la procédure ne demande qu’une semaine tout au plus, elle passe par la présentation du document du notaire, de deux formulaires spécifiques à remplir et du passeport en vigueur, avec le tampon d’entrée sur le territoire espagnol. Ce numéro d’identification, joint à toute nouvelle demande de visa, permettra à l’acquéreur de l’obtenir de manière automatique, en attendant les délais nécessaires à l’obtention d’un titre de séjour.
    L’agence, elle, se réserve le droit de se faire payer en monnaie sonnante et trébuchante et surtout en devises. 3500 euros d’honoraires fixes comme pour le bureau que nous avons vu et à charge pour le client de couvrir ses frais de voyage, de séjour et d’ouverture de compte. Non, ce n’est pas une fiction et c’est bien réel, car cela dénote de graves défaillances d’un système de contrôle des changes obsolète et qui, au final, ne sert qu’à enrichir les barons de l’informel et à alimenter les réseaux de fuite des capitaux.

     

    Melissa Roumadi

     

     
  • Le peuple, l’intelligentsia, le système mafieux et la problématique du changement

     

    Posté par Rédaction LQA on sept 8th, 2012 // 9 Commentaires - [ ]

    Adel Herik

     « Encore un énième état des lieux! », diront certains.

    Oui, mais en attendant que le miracle s’accomplisse et que la solution qui nous permettra de nous débarrasser du pouvoir mafieux se trouve à portée de main, nous n’avons d’autre choix que de cogiter, encore et encore, afin de comprendre le problème qui se pose à nous – celui du changement – dans tous ses aspects et ses implications et d’explorer toutes les voies qui sont susceptibles de nous mener à la solution.

    Le changement, pourquoi faire?

    « Pourquoi voulez-vous qu’il y ait un changement dans notre pays? », nous demanderont d’autres. « Voudriez-vous que nous revenions au point de départ, celui de juin 1991, qui a vu les militants du FIS occuper les places publiques d’Alger, demandant à Chadli – surnommé Mesmâr  Dj’ha par Abassi Madani – de se démettre et d’organiser des élections présidentielles anticipées? Vous avez bien vu où cela nous a menés! Notre pays vient à peine de sortir de la terrible tragédie des années 90 et vous voudriez encore le replonger dans de nouvelles turbulences? Non, merci. Et puis, si c’est pour ramener au pouvoir un nouveau parti unique islamiste qui nous imposera un nouveau bâillon et implantera l’économie de bazar, mieux vaut vivre en paix dans la semi-démocratie actuelle. Celle-là, au moins, nous la connaissons. Prenons notre mal en patience, les choses finiront par s’améliorer graduellement. Les vieilles croûtes au pouvoir aujourd’hui, les boutef, toufiq, nezzar, DOK, zerhouni et compagnie, finiront bien par passer l’arme à gauche un jour ou l’autre et une nouvelle génération plus instruite, plus compétente et plus ouverte prendra les commandes du pays. »

    Le changement de système de gouvernement est-il vraiment nécessaire? Pourquoi? Évidemment, la réponse à cette question dépend beaucoup de la situation personnelle de chacun. Il est certain, cependant, que tant qu’une grande majorité de la population n’est pas convaincue que sans changement de système de gouvernement la situation de notre pays et celle des Algériens et Algériennes – en dehors, bien sûr, de ceux et celles qui occupent le sommet de la pyramide – ne fera que se détériorer, il n’y aura pas une pression populaire suffisante qui rendra le changement inéluctable et forcera la classe dirigeante à procéder à de véritables réformes ou laisser la place à d’autres. Cette pression populaire est aujourd’hui très faible : seules quelques associations et groupes de militants, dont le nombre est malheureusement très réduit, osent crier leur rejet de l’incompétence et de l’abus de pouvoir dont font preuve les représentants de l’État. La Justice aux ordres du pouvoir mafieux et son appareil sécuritaire surdimensionné se chargent très vite de les faire taire en les mettant derrière les barreaux, dans l’indifférence générale. Cette indifférence de la population, pour ne pas dire sa totale passivité, est un obstacle de taille sur la voie du changement.

    Le changement, et après?

    Alors que la grande masse du peuple, bien qu’étant quotidiennement confrontée à toutes sortes de problèmes et constatant la dégradation continue de la qualité des services publics et du cadre de vie en général, ne fait rien pour manifester son rejet du système mafieux responsable, par sa corruption, son incompétence et sa totale absence de vision, de cet état de fait, et détourne la tête pour ne pas voir les militants que le pouvoir mafieux emprisonne pour un oui ou pour un non, l’intelligentsia opposée au pouvoir, bien qu’étant parfaitement consciente de la nécessité de mettre fin à ce système mafieux, se noie souvent dans une dialectique sinueuse et use ses nerfs et ses claviers dans des combats douteux aux enjeux parfaitement illusoires.

    Ainsi, cette intelligentsia n’arrive toujours pas à dépasser la dichotomie État islamique – État démocratique (laïc?). Dans ce milieu (virtuel?) relativement confiné, où les claviers crépitent en permanence – le mien tout autant que les autres, soit dit en passant  :-D –, les débats tournent toujours – quand ils ne virent pas à l’insulte, l’invective et la foire d’empoigne –  autour de la confrontation entre « islamistes » et « modernistes », islam et Occident, chariaa et laïcité. Ceux et celles qui essaient patiemment de dépasser ce stade de confrontation, en tentant une synthèse entre les deux termes de la contradiction, arrivent difficilement à se faire entendre. Même le retour à la déclaration du 1er novembre 1954, qui parle de l’édification d’un « État démocratique et social dans le cadre des principes islamiques » n’arrive pas à mettre définitivement fin à la division des rangs de cette intelligentsia en deux camps antagoniques. « Quelle démocratie? », demandent les uns, « Celle qui interdit le hidjab et veut confiner la religion dans les cœurs dans un pays où la population est musulmane à 99%? »  « L’islam, oui, mais pas pour en faire un tremplin pour la conquête du pouvoir et la suppression du peu de libertés qui existent », renchérissent les autres. Bref, au niveau de cette intelligentsia plus déboussolée et perplexe que jamais, chacun met ce qu’il veut dans le concept de changement et refuse obstinément de concéder à l’autre la moindre parcelle de terrain.

    Les voies du changement seraient-elles  impénétrables?

    Passivité et indifférence de la population, division de l’intelligentsia sur le type d’État à mettre à la place du système mafieux : voilà déjà deux obstacles majeurs sur la voie du changement. Ce ne sont, hélas, pas les seuls. En effet, en sus de la division au sein de l’intelligentsia entre partisans de l’État islamique et partisans de l’État démocratique (laïc?), il y a aussi une autre division en deux camps : les tenants de la méthode du tsunami populaire et ceux qui penchent plutôt pour un travail de sensibilisation et de mobilisation par l’intermédiaire des partis politiques.  Une troisième méthode a également des adeptes : de temps à autre, l’Armée est appelée à prendre ses responsabilités, afin d’imposer le changement et dégager les vieilles croûtes dont les rides enlaidissent le paysage politiques. Changement imposé de l’extérieur du système – tsunami populaire ou action des partis politiques – ou de l’intérieur – par le biais d’un coup d’État mené par un groupe d’officiers au sens patriotique particulièrement aiguisé : voilà les alternatives qui s’offrent à nous s’agissant de la méthode.

    Chacune de ces voies présente un certain nombre de difficultés. Pour ce qui est de la voie du soulèvement populaire, la plus grosse difficulté réside dans la totale imprévisibilité d’un tel phénomène. Quel est le rôle de l’intelligentsia? Doit-elle attendre que la population descende massivement dans les rues pour s’y précipiter aussi, afin d’encadrer et orienter le mouvement? Ou bien doit-elle réfléchir à la meilleure manière de provoquer ce soulèvement – jugé inéluctable – le plus vite possible?

    La voie de l’action partisane, si elle permet à l’intelligentsia de définir clairement son rôle – c’est celui du schéma classique de la révolution bolchévique de 1917, qui reste, pour certains, le modèle parfait de toute révolution populaire des temps modernes –, présente du point de vue de ses détracteurs maintes failles. L’argument que ces derniers avancent le plus souvent afin de disqualifier cette méthode est l’apport quasiment nul à la dynamique du changement de tous les partis politiques qui existent déjà – en dehors du FLN et du RND, qui sont les partis du pouvoir mafieux – depuis 1989, c’est-à-dire 24 ans. Ces partis – même celui de la sémillante Louisa, qui l’eut cru, et peut-être aussi le  « vieux » FFS – ont tous fini par être mis en orbite autour du pouvoir mafieux par le machiavélique DRS. Comme un rat des champs fasciné par le serpent qui s’apprête à le dévorer, ces partis sont totalement paralysés et tournent à vide, pendant que leurs chefs s’adonnent au sport favori de la classe politique algérienne qui gravite autour du pouvoir (il s’agit, vous l’aurez deviné, de la conjugaison du verbe manger à la mode de chez nous).

    Reste la solution du patriote en treillis – une sorte de réincarnation du colonel Boumediene à l’ère du cyberespace – qui se réveillerait un bon matin de son long sommeil pour prendre le taureau par les cornes, convoquer quelques lieutenants tout aussi mal réveillés que lui, se rendre aux Tagarins, sortir toufiq de son bureau et l’embarquer dans une jeep, puis dévaler en trombe le boulevard Frantz Fanon, emprunter, toutes sirènes hurlantes, le boulevard Salah Bouakouir, puis l’avenue de Pékin, jusqu’au Palais d’El-Mouradia, où se niche le petit boutef, le prendre par le collet et le traîner jusqu’à la jeep où il irait, pauvre petit vieux chauve terrifié et tremblant de tous ses membres, prendre place sur la banquette arrière aux côtés de son alter-ego toufiq-la-muerte, impassible et emmuré à tout jamais derrière son image mythique de  «rab edzayer » machiavélique et cruel. Je ne vous raconte pas la suite, car cela commence à ressembler à un mauvais thriller politique des années 70.

    Le peuple, l’État et la culture mafieuse

    Après ce bref tour d’horizon dans le monde clos (virtuel?) de l’intelligentsia qui se consacre à la réflexion sur la nécessité, les buts, les voies et les moyens du changement dans notre pays, revenons maintenant à la réalité du terrain.

    Si quelqu’un s’amusait à juxtaposer, en utilisant les puissants moyens informatiques du 21ème siècle, une tranche de réalité algérienne de 1962 avec une autre tranche de réalité, prise au même endroit, mais en 2012, il verrait immédiatement la mutation qui a eu lieu en 50 ans et qui a fait passer le pays d’une culture patriotique majoritairement rurale, teintée d’idéalisme et enracinée dans des traditions séculaires de horma, de nif, etc., à une culture mafieuse majoritairement urbaine, celle de la bête de proie toujours prête à happer tout ce qui passe à proximité, ou bien encore celle du proxénète ou du gangster, qui ne connaît d’autre loi que celle de son couteau ou de son revolver. Cette culture mafieuse est aujourd’hui partout, dans tous les rouages de l’État et dans tous les quartiers de nos grandes villes.  « Malheur au faible! », telle est la devise des mutants qui ont aujourd’hui pris la place des Algériens et Algériennes de jadis.

    Un véritable changement sera-t-il possible sans éradication de cette culture mafieuse qui a contaminé toute la société? Et quid de l’État? N’est-il pas totalement infesté par la vermine mafieuse? Faudra-t-il tout détruire et recommencer à zéro? L’expérience des peuples de notre région qui nous ont précédés dans la voie du changement nous donne tous les jours à voir et analyser les progrès – et les souffrances aussi – de ces peuples dans la mise en œuvre du processus de changement. Du cas extrême libyen, où l’État – ou semblant d’État – a disparu avec son fondateur et chef Kadhafi, au cas syrien, où la classe mafieuse au pouvoir a entraîné l’opposition dans une guerre impitoyable qui finira elle aussi par briser l’État en même temps que le pouvoir mafieux, en passant pas le cas égyptien, où le président Morsi a réussi à se débarrasser de manière élégante de son adversaire galonné, le maréchal Tantaoui, il y a matière à réflexion. Il apparaît clairement, à travers ces expériences, que le changement ne se fera pas sans casse, que c’est un processus qui comporte énormément de risques et qu’il peut capoter à tout moment. La culture mafieuse ne cèdera pas facilement le terrain conquis depuis des décennies à la culture patriotique.

    Conclusion?

    A la fin de ce rapide tour d’horizon sous forme de questionnement, que pouvons-nous dire en guise de conclusion? Rien de définitif, hélas. Chacun(e) de nous se situe dans un camp et a une préférence pour une méthode, mais nous avons tous aujourd’hui en commun notre sentiment d’impuissance face à une situation qui nous apparaît comme étant fondamentalement dégradante et indigne, celle d’un peuple qui a réussi à se libérer de la colonisation au prix de lourds sacrifices, qui dispose d’une manne pétrolière que lui envient ses voisins moins chanceux et de potentialités naturelles et humaines appréciables, mais qui végète depuis trop longtemps dans la mal-vie et la désespérance, sous la botte d’une clique mafieuse qui a pris le pouvoir par la force et qui le conserve par la force, la ruse et la manipulation. Nous rêvons pour ce peuple – le nôtre – d’un avenir brillant, à la mesure de ses potentialités. Ce rêve, nous finirons bien par le réaliser, inchallah – et si ce n’est pas nous, ce seront nos enfants. En attendant, nous devons chasser toute forme de désespoir et continuer à cogiter et à chercher, tout en gardant clairement à l’esprit ces deux vérités que tous les combattants pour la dignité et la liberté à travers l’histoire connaissent : premièrement, le peuple – et lui seul – peut accomplir des miracles; deuxièmement, sans union de tous les patriotes, aucun combat ne peut être gagné. Ce que les militants chiliens contre la dictature de Pinochet avaient, en 1973, résumé par la formule « el pueblo unido, jamas sera vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu).

  • Fermeture du tronçon autoroutier Lakhdaria-Bouira : Les scandales se succèdent

     

     

    El Watan le 09.09.12

    Encore un scandale dans le dossier du projet du siècle, l’autoroute Est-Ouest !

    Quatre ans à peine après sa mise en service par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lors de sa visite effectuée le 27 juillet 2008, à Bouira, le tronçon autoroutier Lakhdaria-Bouira, sur une distance de plus de 30km, sera fermé aux usagers. Confié à l’entreprise nationale Cosider, qui avait chapeauté cette partie des travaux, le tronçon enregistre des dégradations avancées. Ces anomalies d’ailleurs, comme nous l’avions annoncé dans notre édition du 21 août dernier, sont un danger de mort pour les automobilistes.

    Et pour remédier à cette situation inexplicable, due essentiellement au bricolage des services techniques du ministère des Travaux publics et également à la mauvaise qualité du bitume et des travaux effectués, un projet de réfection vient d’être attribué au groupe ETRHB. En effet, tout au long de ce chemin, des plaques de signalisation indiquant l’installation prochaine des engins du groupe ETRHB de Haddad «avertissent» les automobilistes sur le lancement des travaux de réfection.

    «Le groupe Haddad travaille pour vous», peut-on lire sur l’une des plaques installées dans plusieurs endroits. Il reste à savoir si cette entreprise a obtenu ce marché conformément au code des marchés publics ou de gré à gré. Les procédures d’attribution des marchés publics ont-elles été appliquées ? Cependant, aucune date n’a été donnée quant à la fermeture de ce tronçon. Hier, nos diverses sources ont indiqué que les travaux seront lancés au cours de cette semaine. Le délai accordé à l’entreprise détentrice de ce projet, toujours selon nos sources, est de 15 mois. De ce fait, les milliers d’usagers seront désormais invités à emprunter la RN5, via les communes d’Aomar et Lakhdaria, avant de reprendre l’autoroute à partir de l’échangeur de Lakhdaria. Le scandale n’est pas encore fini, puisque des ouvrages d’art sont menacés d’effondrement. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Deux ouvrages enregistrent des dégradations.

    Une fissure qui s’étend sur des dizaines de mètres est visible sur le tablier du pont de Bouira, réalisé pourtant à coups de milliards de centimes. La bretelle autoroutière située à l’entrée de la commune d’El Adjiba se trouve également dans un état lamentable. Outre son exiguïté, on constate que le goudron de la chaussée présente des ondulations allant jusqu’à 10 centimètres de hauteur causées par le passage en masse d’engins et autres poids lourds. Notons que les ouvrages d’art dans la plupart des endroits sont réalisés par des entreprises étrangères, comme l’italienne Todini et la chinoise CITIC-CRCC. Face à ce danger, des automobilistes, notamment les chauffeurs de camions de gros tonnage, préfèrent éviter ce tronçon pour emprunter la RN5 via la localité d’Aomar, avant de reprendre l’autoroute à la sortie sud de Djebahia.

    Amar Fedjkhi
  • Mokrane Aït Larbi :«Il faut des actes et non pas un changement de personnes»

     

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    Mokrane Aït Larbi. Av

    ocat et défenseur des droits de l’homme

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    El Watan le 09.09.12

     

     

    Les Algériens auront attendu près de quatre mois pour connaître la composante du nouvel Exécutif post-législatives 2012. Si certains ont espoir que ce nouveau staff pourra donner corps au «changement», maître Mokrane Aït Larbi, avocat, ancien sénateur et défenseur des droits de l’homme, estime que le statu quo sera maintenu. L’avocat, qui se refuse à «commenter la nomination de telle ou telle personnalité, qui sont des émanations du système», affirme que le régime tente, par cette méthode, de gagner du temps et de calmer la fronde populaire.

    - Un nouveau gouvernement a été nommé, mardi dernier, avec à sa tête un nouveau Premier ministre. Le changement promis aura-t-il lieu ?

    Non, je ne pense pas. La nomination de ce nouveau gouvernement n’est pas un événement. Il faut rappeler que ce remaniement intervient tout de même près de quatre mois après la tenue des élections législatives. Comment expliquer que cela ait pris autant de temps ? La seule analyse que je fais à ce sujet est que le pouvoir ne s’attendait pas aux résultats de ce scrutin. Non pas en termes de sièges, mais en termes de participation. Les autorités avaient appelé à un nouveau «1er Novembre», mais n’ont pas été suivis par les citoyens. Les slogans du régime clamaient : «Notre révolution par les urnes». Seulement, ces élections ont été vécues par les Algériens comme un non-événement et l’engouement tant espéré n’a pas eu lieu, ce qui a constitué un embarras pour le régime. Certains expliquent le retard pris dans la désignation d’un nouveau gouvernement par des tractations, des négociations et autres luttes internes. Mais entre qui et qui ? Et pourquoi ? Le système, dans sa globalité, est d’accord sur les programmes, sur les démarches à suivre ainsi que sur les grandes lignes politiques. Il n’y a pas d’enjeux réels, puisque tous les programmes sont centrés autour du «programme du Président». Dès lors, rien ne changera à la situation du pays, car ce qui est effectué est un remplacement de personnes et non pas de système.

     

    - Ces nominations ministérielles ne représentent pas les schémas résultant des élections législatives. Comment l’expliquer alors ?

    L’on ne peut pas parler de fraude électorale et ensuite estimer qu’il y a une majorité non respectée. Le Président nomme qui il veut, sans respecter un quelconque schéma ou autre, d’autant plus que toute la politique du pays est de son fait. Toutes les lois et tous les amendements introduits ces dernières années ne sont pas le fruit de l’APN. Depuis 1999, le Président gouverne par ordonnance, avec pas moins d’une trentaine de décrets. Aucun projet de loi significatif n’a été introduit par l’APN. Ce qui prouve l’inutilité de cette institution dans la composition d’un Exécutif ou dans le fonctionnement de la vie politique. Ahmed Benbitour a bien été chef du gouvernement, alors qu’il n’avait aucun député qui siégeait à l’Assemblée. De plus, c’est toujours le même principe rentier qui prédomine. Il y a un cahier des charges à respecter pour quiconque qui accepte un poste ministériel. De nouveaux partis ont fait leur apparition dans cet Exécutif, mais ils adhérent tous aux mêmes programme et tendance. Ils ne seraient pas au gouvernement dans le cas contraire. Il n’y a donc, en définitive, aucun changement à attendre.

     

    - Ce lifting gouvernemental n’est-il, au final, que de la poudre aux yeux, ou prépare-t-on 2014 en haut lieu ?

    Je ne pense pas que ce remaniement soit un positionnement ou une préparation en vue de l’élection présidentielle de 2014. Ce scrutin ne se prépare pas deux ans à l’avance chez nous, mais tout se décide quelques mois avant, tout simplement parce que personne ne sait ce qui va se passer d’ici là. J’estime que le pouvoir tente de gagner du temps, de calmer l’opinion publique et les citoyens. Mais tente seulement, car il n’est pas évident qu’un simple colmatage puisse apaiser les tensions. Il ne faut pas oublier qu’il y a une grave crise de confiance entre le peuple et les gouvernants. Et seuls des actes pourront y remédier.
    Ces actes en question ne sauraient être une question de personnes à remplacer. Tant que le système n’est pas démocratisé et transformé dans ses fondements, le changement ne sera pas pour demain. Sous le gouvernement Ouyahia, un syndicaliste a été mis sous mandat de dépôt. Sous le gouvernement actuel, il a été requis une peine de prison ferme à son encontre. Et ce n’est pas un nouveau ministre de la Justice, par exemple, qui pourra faire que la justice ne soit plus aux ordres. Il exécutera les mêmes lignes. Le tout répressif ne disparaîtra pas.
    De même, les réunions nécessiteront les mêmes autorisations des autorités locales, les partis politiques devront toujours fournir à l’administration la liste des membres des directions régionales pour être «suivis de près». Le changement ne sera donc pas pour demain.

    Ghania Lassal